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Full text of "Amusement microscopique tant pour l'esprit, que pour les yeux : contenant cinquante estampes dessinées d'après nature et enluminées, avec leurs explications"

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^-nl’ Cto  tinette 


DEUXIÈME  CINQUANTAINE 

DES 

AMUSEMENS 

MICROSCOPIQUES. 

DE 

• V .'t- 

MONSIEUR 

MARTIN  FROBENE  LEDERMULLER, 

Confeiller  de  Juftice  & Infpe&eur  du  Cabinet  de 
Curiofîtés  naturelles  de  S.  A.  St  Monfeigneur  le  Marggrave  régnant 
de  Brandebourg -Coulmbac  ; Afiocié  de  l’Academie  Impériale 
des  Naturalises,  & de  la  Société  Teutonique 
d’ Altorf. 


Chés 

ADAM  WOLF  GANG  WIN  TERSCHMID  T, 

/ 


Graveur  & Marchand  d’Eftampes 
d Nuremberg  t ? 6 6» 


Digitized  by  the  Internet  Archive 
in  2017  with  funding  from 
Getty  Research  Institute 


https://archive.org/details/amusementmicrosc21lede 


AMUSEMENS 

MICROSCOPIQUES 

DEUXIÈME  CINQUANTAINE. 

/ 

TABLE  LL 

Le  Nerf  optique  d’un  Veau. 

\ 

es  Savans  & furtout  les  Anatomiftes  ne  font  pas  encore 
d’accord,  fi  les  Nerfs  ont  les  Tuïaux  creux,  ou  non.  Il 
y en  avoit  qui  croioient,  qu’  ils  étoient  folides  & nulle- 
ment creux  ; d’autres  les  comparoient  à des  Joncs  d’Efpag • 
ne  y ou  à des  Cannes  de  Sucre ; Il  y en  avoit  peu  qui  les  cruffent  creux  & 
la  plupart  e'toit  fur  ce  chapitre  dans  une  incertitude  ennuieufe* 

A z 


Partie  l L 


C’elt 


4 


TABLE  Lï.  Le  Nerf  optique  d’un  Veau. 

C'  eft  ainfi,  p.  e . que  Severin  a dit  que  les  Nerfs  optiques  étoient  creux 
WiUis  en  a dit  autant  des  Gutturaux  & Thomas  Bartholin  des  uns  & des  au- 
tres. * 

Déscartes  en  fait  la  Defcription  la  plus  exacte  à peu  près  en  ces  Ter* 

; 

mes  : 

„ Les  Nerfs  font  un  Paquet  très  compaéte  de  petits  7 uïaux,  dont 
„ chacun  eft  revêtu  & enveloppé  par  dedans  & par  dehors  d’une  Pel- 
»,  licule.  Ils  partent  tous  des  deux  Mer  es  du  Cerveau ♦ 

Feu  Mr.  le  ProfelTeur  Heifter  les  décrit  des  Particules  longues, 
menues,  rondes,  (Partes  teretes)  blanches,  relfemblant  à des  Fibres,  ou  à des 
filets , & qui  ont  pour  fluide  une  Matière  fpiritueufe , qui  eft  l’Emanation  la 
plus  déliée  du  Cerveau  ; de  forte  qu’on  ne  fauroit  les  regarder  comme 
de  Amples  fibres;  mais  plûtôt  comme  de  petits  Vaijfeaux.  Jl  allégué  dix 
puiffantes  raifons,  qui  le  font  donner  dans  ce  fentiment,  dont  je  ne  rap- 
porterai que  la  quatrième,  que  Voici  : ** 

„ Puisque  la  Partie  du  Corps  , dont  on  fépare  ou  coupe  un  Nerf , 
„ perd  tout  aufiitôt  la  Vie,  le  Sentiment  & le  Mouvement,  & qu’  elle 
„ ne  reçoit  plus  de  Nourriture  ; il  faut  neceifairement,  que  le  Nerf 
3,  féparé  ait  contenu  quelque  chofe  d’approchant  d’un  Efprit  Vital , 
„ qui  a nourri  auparavant  la  Partie  morte  & qui  1’  a fait  fentir  &cmou- 
„ voir . 

Mon  illuftre  Ami,  Monfieur  le  Confeiller  Treu,  aux  fages  Ordon- 
nances & aux  Soins  infatigables  duquel  je  fuis  redevable,  après  Dieu, 
de  ce  que  je  puis  commencer  cette  fécondé  Cinquantaine  d’ Obferva- 
tions  microfcopiques,  étant  hors  d’Apparence  que  je  dûiTe  parachever 

le 

• Vidi  ego  cauitatem  & publiée  demonftraui  in  cadaucre  &c,  funt  verba  Th.Barthol, 

in  Anatome.  Pag.  662.  Edit.  Lugd.  Batav,  1673, 

8*  In  Compend,  Anatom,  &c, , 259.  p,  149, 

r\  • - \ 


T 


TABLE  LI.  Le  Nerf  optique  d’ uti  Veaü. 

le  premier.  Mr.  Treu,  dis-je , compare  les  Nerfs  à la  Conflitution  des 
Queues  du  Fruit  des  Arbres , & croit , que  ce  qu’  on  prend  pour  Ouvertures 
ou  Cavités  dans  les  Nerfs,  ne  font  que  des  Interftices , Or  de  même  que  c7 
cft  par  eux,  que  la  Sève  peut  pénétrer  dans  le  Fruit , & que  le  refie  des 
Tïhmens  delà  Queue  n’  eflpas  creux,  mais  deflinéà  d’autres  Operations 
fecrettes  de  la  Nature  ; il  en  peut  être  tout  ainfi  du  Nerf  Optique,  qui  ré- 
préfente ici  la  Queue , & l'Oeil  le  Fruit,  * 

Quelques  divers  que  foient  ces  fentimens  , que  j’  abandonne  tous 
de  bon  cœur  au  Jugement  du  Leéleur  ; ils  fe  réuniffent  tous  fur  la  Do- 
élrine  de  leur  Ufage,  qui  efl  en  peu  de  mots,  que  les  Nerf  fervent  h pro- 
curer la  Nourriture , la  Fie,  le  Sentiment  & le  Mouvement  d toutes  les  Parties  ex- 
ternes & internes  du  Corps, 

C’  efl  par  ces  nobles  & précieux  Organes  que  nôtre  Efprit  & nôtre 
Ame  font  mus  & agités.  C’  efl  par  eux,  que  nous  éprouvons  des  Sen- 
timens  de  Joïe,  de  Gaîté,  de  Douleur  & de  Trifteffe.  Ils  naiffent  de  la 
Tête  & du  Cerveau  ; & c’  efl  donc  par  leur  Moïen  que  nous  penfons. 

Mais  helas  ! combien  de  malhûreux  Effets  ne  produi/fent- ils  pas 
au  dedans  & au  dehors  de  l’Homme.  Tels  font  p.  e,  la  Crampe,  la  Para - 
type,  la  Scyatique,  le  Mal-caduc , Y Etourdiffement,  la  léthargie,  la Laffitude , la 
Surdité,  Y Aveuglement,  Y Apoplexie,  la  Perte  du  Goût,  la  Démence , la  Folie,  le 
Spafme  & tant  d’autres  maux  terribles.  Trilles  Fruits,  dont  les  hu- 
mains font  martyr ifés,  par  le  Miniftère  des  Nerfs! 

Avant  que  d’entrer  dans  l’Explication  de  l’Eflampe,  je  m’envai 
donner  au  Leéleur  un  Evénement  des  plus  remarquables,  tiré  du  pré. 
mier  Tome  des  Nouveaux  Aües  de  P Academie  Impériale  des  Naturalises,  ** 

A 3 Un 

* Je  puis  dés  à préfent  aflurer,  que  les  Fibres  les  plus  déliées  des  Queues  du  Fruit 
font  creufes. 

**  Nova  Aâa  phyfico-Medica  Acad.  Caef.  Leop.  Carol.  Nat.  Curiof.  T.  I,  Norioîb, 
17J7.  Obferv.  VI,  D,D,G.  C.  Materni  de  CiJanop.  ïG.Tab.  I.fig.  I. 


6 TABLE  LL  Le  Nerf  optique  d’uta  Veau. 

Un  Manoeuvre  , qui  fervolt  des  Charpentiers,  s’étoit  fourré  pat 
Mégarde  un  Clou , qui  tenoit  verticalement  à un  Poutre , qui  étoit  par 
Terre,  dans  la  Plante  du  Pié  droit , & les  Nerfs  en  avoient  été  fort  endom- 
magés. Le  Coup  fût  fuivi  de  cuifantes  Douleurs  & d‘une  fi  exorbitan- 
te Enflure  du  Pié,  de  la  Jambe  & de  la  CuifTe,  que  ne  pouvant  fe  tenir, 
fes  Camarades  furent  obligés  de  l’emporter  chéslui.  On  le  mit  au  Lit; 
mais  il  ne  pût  pas  y demeurer  long-tems  étendu,  à la  façon  d’autres 
Malades.  La  bleflure  du  Nerf  lui  caufa  une  Crampe  fi  terrible,  qu’  elle 
alla  jusqu’  à lui  retirer  le  gros  Nerf  de  1’  Epine  du  Dos  & à réduire 
ce  pauvre  malhûreux  à la  figure  d’un  Demi  - cercle,  de  for- 
te qu’il  fût  contraint  de  pafler  16.  Jours  & autant  de  Nuits,  com- 
me un  Arc  bandé,  fur  le  derrière  de  la  Tête,  le  Bout  des  Coudes  & 
îes  Extrémités  des  Talons.  En  même  tems  la  Crampe  lui  boucha  tou* 
tes  les  Iflues  naturelles  de  la  Veflie  & de  l’^flomac,  fans  qu’aucun  Remè- 
de pût  le  foulager.  Enfin  la  Mort  vint  au  Bout  du  16  ie  jour  le  ré- 
tirer de  cet  Etat  de  Défefpoir.  Après  fa  Mort  1’  on  fit  les  derniers  Ef- 
forts, pour  reddrelfer  ce  Corps  ainfi  courbé  ; mais  ce  fût  peine  perdue. 
Il  fallut  ainfi  le  laiffer  dans  cette  trille  fituation  & faire  accomoder  le 
Cercueil  à fa  poflure,  pour  le  pouvoir  enfevelir. 

L’Auteur  de  cette  Obfervation  fait  la  Remarque  judicieufe,  qu’  à 
la  Honte  de  la  Chirurgie,  ceux  qui  s’  en  difent  les  Seélateurs  voulurent 
faire  pafler  ce  pitoïable  Speélale  pour  l’Effet  de  la  Magie  : & leur  fait 
voir,  que,  s’  ils  avoient  eu  quelque  Teinture  delà  Nervologie,  ils  auroient 
apperçu,  que  ce  ne  font  pas  des  Caufes  furnaturelles,  mais  de  natu- 
relles, qui  produifent  de  pareils  Accidens  ; tout  Apprentif  d’Anatomie 
devant  favoir,  que  le  Nerf  de  la  Plante  du  pié  vient  de  la  Moitié  Spinale , 
qu’il  traverfe,  fous  le  Nom  de  gros  Nerf  lfcbiade , 1*  Os  Sacrum , defeend 
le  long  de  la  CuifTe,  de  la  Jambe  & du  Pié,  & va  fe  terminer  aux  Orteils, 
& que  par  conféquent  cet  Effet  peut  être  très  naturellement  produit 
par  la  Liaifon  de  tous  ces  Nerfs . 


Cette 


TABLE  Lï,  Le  Nerf  optique  d’un  Veau.  7 

Cette  Hiftoire  & mille  autres  triftes  Evenemens  prouvent  affés,  que 
es  dignes  Suppôts  d’Hygée  font  obligés  de  connoître  très  exa&ement 
les  Nerfs  tant  par  dedans  que  par  dehors,  quelque  grand  que  Toit  leur 
Nombre  ; C’  eft  aufli  ce  qui  a întéreifé  non  feulement  des  Savons  du 
premier  Ordre , mais  même  des  Academies  entières  à découvrir  avec 
folidité  leur  vraie  Figure  & leur  Conftitution. 

Déjà  Galien  a cru,,  qur  il  faloit  pour  cela  prendre  de  gros  An'f 
maux:  prétendant,  félon  le  Témoignage  deBartholin,  avoir  vu  quête 
Nerf  optique  d’  un  Bœuf  étoit  creux* 

Mais  F Expérience  de  nos  Jours  a fait  voir,  que  les  plus  gros  Ani- 
maux nr  ont  pas  répondu  à cette  efpérance*  Car  l’Academie  des  Scien- 
ces de  PetersBourej  aïant  examiné  en  1727.  les  Nerfs  d’un  Eléphant* 
elle  ne  les  a trouvé  ni  creux9  ni  plus  gros  que  ceux  de  nos  Animaux  de 
la  Campagnev  * > 

Je  doute  que  l’on  connût  alors  à Petersbourg  les  Aficrofcopes  Nro 
1.  o.  & 00.  où  le  GroJJijfement  au  Deux  cent  millième , qu’  il  faut  cependant 
avoir,  pour  trouver  & reconnoître,  que  les  Nerfs  font  creux* 

L’  Explication  fuccinte,  que  je  m’en  vai  donner  de  l’Efhmpe  LIj 
dont  la  Defcription  circonftanciée  eft  inferée  dans  le  Journal  de  Franconie, 
Chap.  27.  Nro  U.  va  conftater  mon  Sentiment. 

Etant  à Erlang,  il-y-aun  An  paffé,  à m'  entretenir  avec  Mr,  leCon- 
feiller  & Profefleur  Delius,  mon  illuflre  Ami,  fur  le  Chapitre  dès  Nerfst 
que  je  croiois  dèslors  être  creux  ; il  me  confeilla,  d’aller  bien  fur  dans 
cette  Recherche,  & d’en  faire  F Experiment  plus  d’une  fois»  Jefuivis  ce 
fage  Avis,  & pris  pour  cela  le  Nerf  optique  cFun  Veau*  Dabord  je  parcou- 
rus avec  la  Loupe  Nro  7,  la  Surface  du  Nerf  coupé,  & déjà  j’apperçus 
plufieurs  petits  Trousy  fur  lesquels  êtoit  un  Suc  blanc  & épais  qui  ref- 
fembloit  à du  Lait  a).  Là  dèflus  j’  en  coupai  avec  une  Lancette  u» 

petit 

* Comment,  Acad,  Scient,  lmp*  Petrepolit,  Tcm.ï,  pag?  37*-384-  ad  an»  17*7* 


f TABLE  Lt.  Le  Nerf  Optique  d’un  Veau; 

petit  Morceau  en  rond  très  mince,  b)  & l'aiant  examiné  par  le  Micros- 
cope manuel  Nro  3.  je  découvris  quantité  de  Globules  blancs  & quelques 
petits  Tuïaux  fortans  ; à T Ouverture  desquels , je  vis  aufli  ce  Suc  blanc 
c).  Puis  je  coupai  perpendiculairement  du  Nerf  (a)  le  Morceau,  d)  ; je 
l’examinai  avec  le  Microscope  Nro  O.  & je  vis  un  Paquet  de  petits  Tuï - 
aux  joints  enfemblé,e)  dont  quelques  uns  avoient  encore  à l’Ouverture 
ce  Lait , ainfi  que  je  l'ai  defliné  f)  ; dans  d’ autres  Tuïaux  ce  Suc  étoit 
defcendu  plus  bas  ; de  forte  qu’on  pouvoit  regarder  dans  les  Tuïaux  g). 

Je  deflinai  le  tout  avec  Soin,  & aïant  été  enfuite  à Erlang,  pour 
d’autres  affaires,  j’  eus  occafîon  de  l'expofer  au  Jugement  deMr.Delius. 
Bien  que  je  ne  m’ attendifTe  à rien  moins,  qu’  à des  Doutes  ou  à des  Ob- 
jections j Mr.  le  Profelfeur  ne  laiffa  pas  d’être  d’avis,  que  ces  Tuïaux 
pouvoient  bien  n*  être  que  les  lnterftices  des  Nerfs . 

Je  concevois  bien  la  poffibilité  de  ces  lnterftices  ; mais  j’ avois  un 
Dépit  fecret,  de  voir  cette  Obfervation  fujette  à tant  de  Contradiction 
& de  Recherches  pénibles,  & à mon  retour  je  jettai  tout  ce  Tracas  dans 
un  Coin  bien  refolu,  de  ne  me  plus  mêler  de  le  débrouiller. 

Au  bout  de  quelque  Tems,  mes  propres  Nerfs  m’ aïant  obligé  d’a- 
voir Recours  à Mr,  le  Confeiller  Treu,  dont  j’ai  déjà  parlé  ; dans  fa 
Vifite,  le  Chapitre  des  Nerfs  fut  mis  fur  le  Tapis,  Je  lui  produifis  mes 
anciens  Dejjeins , pour  apprendre  le  Sentiment  de  cet  habile  Anatomiïlc: 
Mais  il  me  fit,  ainfi  que  j’ai  dit  plus  haut,  le  même  ObjeCtion,  que  Mr, 
Delius,  c'eft  que  ces  Tuïaux  pouvoient  être  des  lnterftices,  comme  dans 
les  Queues  du  Fruit  ; & que  l’on  pourroit  faire  des  Obfervations  plus 
certaines  fur  des  Nerfs  fecs  &c.  A peine  mon  Aefculape  fut  forti,  que 
je  cherchai,  pourvoir  fi  je  ne  retrou verois  pas  mes  vieux  Veux  de 
Veau.  Ma  Peine  ne  fut  pas  perdue.  Je  les  trouvai  tous  deux  , mais 
durs  comme  Corne.  J’examinai  tout  de  fuite  le  Defius  & le  Defîbus  de 
Punde  ces  Nerfs,  coupé  perpendiculairement,  & je  découvris  par  le 

fimple 


TABLE  LU.  La  Punaife.  9 

(impie  Nro  f.  quantité  de  Filament  d’ un  jaune  brunâtre  très  ferrés  les 
uns  aux  autres  en  Ligne  perpendiculaire.  J’ en  humectai  une  Partie 
avec  de  l’Eau,  & je  parvins  hûreufement  enéflcurant  & foulevant  dou- 
fement  avec  une  greffe  Epingle,  à détâcher  & à redreffer  quelques  unes 
de  ces  Fibres , telles  qu’elles  fe  voient  h)  de  Grandeur  naturelle,  Je 
coupai  un  Couple  de  ces  petits  Morceaux  détâchés,  i)  & les  alant  mis 
fur  le  Porte-Objet,  je  les  examinai  avec  mon  meilleur  Microscope  Nrooo, 
& les  trouvai  être  de  longs  Tuïaux  creux  kk,  qui  ne  fauroient  fe  mieux 
comparer  , qu’  à des  Cheveux  de  Tête  ; puis -qu’on  y peut  clairement 
difeerner,  comme  à ceux-ci,  leTiffu  & l'Enlacement  fubeil  de  U Peau  ex- 
térieure, de  même  que  les  Tuïaux  clairs,  qui  les  parcourent  tout  du  long 
en  ligne  perpendiculaire.  Ce  que  j’ai  aufli  très  exactement  obfervé 
dans  le  Nerf  de  l’Aîle  de  Mouche  Tab.  LUI,  c. 

Si  l’on  peut  après  tout  cela  douter  encore  de  leur  Cavité , c’eft  ce 
que  j’abandonne  au  Difcernement  du  LeCteur  impartial. 

TABLE  LII. 

La  Punaife* 

La  préfente  Eftampe  ne  répréfente  qu’une  Femelle:  a)  montre  un 
large  Mufeau  camard  ; b)  deux  Antènes;  c)  de  gros  Yeux  perlés; 
& d)  fix  Piés  dont  les  extrémités  font  armées  de  deux  Serres  e)  comme 
les  autres  Infeïïes . Ce  puant  Animalcule  eft  au  refte  répréfenté  par  le 
Dos , fur  lequel  on  peut  voir  félon  leur  vraie  Situation  & Figure,  la 
Quantité  d’ Anneaux,  &de  poil,  de  même  que  les  Entrailles  g,  h.  i.  k.  1,) 
qui  reçoivent  leur  Nourriture  des  Vaiffeaux  f.)  le  tout  ainfi  qu’  il  a été 
obfervé  par  la  Lentille  Nro  6.  L’  on-voit  m)  une  Ouverture  ronde,  qui  ne 
fe  voit  point  au  Mâle , &n)  montre  la  Groffeur  naturelle  de  la  Punaife. 
Je  donnerai  une  autre  fois  le  Mâle  du  côté  du  t'entre  avec  P Aiguillon  ; & 
c’  eft  jusque  là  queje  remets  leRefte  delà  Defcription  de  cette  Créature. 

B TAS- 


ïo  TABLE  III.  Une  Aîle  de  Mouche. 

TABLE  III. 

Une  Aîle  de  Mouche. 

J’ai  d’abord  examiné  r Aîle  de  Mouche  a)  avec  la  Lentille  Nro  ç.  & je 
l’ai  vû  telle  qu’  elle  eft  fîdelemënt  deflinée  fig.  b)  avec  fa  Membrane  ou 
peau  fubtile  Couleur  d’Arc-en-eiel,  Tes  petites  Plumes  déliées  & fes  Nerfs, 
J’en  ai  examiné  une  Particule  par  le  Microscope  Nro  i.  avec  Tes  Plumes; 
Vû  d)  & fans  Plumes  e)  aïant  eu  foin  d’ôter  & de  laver  les  plumes  de  cel* 
le  ci.  LaNature  afans  doute  muni  de  Plumes  les  Ailes  de  la  Mouche , de 
même  que  celles  des  autres  Papillons,  de  peur  que  la  Pluie '&  l’Humidité 
ne  les  empêchât  de  voler.  Car  fans  ces  Plumes,  la  tendre  Peau  fe  rélâ- 
cheroit  bientôt  dans  l’Eau.  Mais  avant  que  de  finir  cette  Obfervation, 
je  dois  dire,  que  pour  avoir  P Aîle  bien  entière,  je  l’ai  arrachée  un  peu 
avant  dans  le  Dos  de  la  Mouche.  Par  là  j’ai  eu  auffi  le  Nerf  de  1‘  Epaule  c) 
auquel  tenoit  l’Aîle,  qui  dans  fa  Figure  naturelle  étoit  de  beaucoup  plus 
fin  qu’un  Cheveu , & qui  s’  eft  préf  nté  à la  Vue  par  le  Nro  o,  de  la  même 
façon  que  les  Nerfs  optiques  ont  été  décrits  Tab.  LI.  * 

Je  crois  que  fi  l’on  avoit  foin,  quand  on  arrache  une  Aîle  de  Mouche , 
de  la  prendre  bien  ayant  dans  le  Dos,  & de  la  tirer  tout  d’un  Coup, 
l’on  pourroit  toutes  les  fois  arracher  le  Nerf  entier  ; ainfi  que  je  l’ai  éprou- 
vé, & l’on  verroit  avec  Etonnement,  que  dans  le  Microscope  il  rdfem- 
ble  parfaitement  à un  Cheveu  de  Tête. 

TABLE  LIV. 

Figure  i. 

Un  Bout  de  Dentelle  fine  de  Brabant. 

Figure  2. 

La  Moitié  d’une  petite  Toile  d’ Araignée. 

La  Comparaifon  que  j’ai  faste  de  r Aiguillon  de  l’Abeille  avec  la  Pointe 
d’ une  Aiguille , a été  ü bien  reçue  , que  des  Perfonnes  de  haut  Rang 

m’ont 

* V.  V Explication  des  Eftaïiipes  XXXIV.  XXXV.  XXXVI.  XXXVII,  XLï.  & XUI. 
de  la  3.  Partie, 


T AB.  LIV.  Fig.  i.  Un  Bout  de  Dentelle  &c.  Fig.  z,  La  Moitié  &c,  it 

m’ont  ordonné  de  continuer  à donner  des  Obfervations  de  cette  Efpèce. 
C’eft  ce  qui  m’a  obligé  d’en  defliner  deux  fur  cette  Eftampe  ; dont  la 
prémière  répréfentc  un  Chef  d*  oeuvre  du  Beau  Sexe  ; & l’autre  l'Ouvrage 
journalier  du  plus  vilain  des  Infeéles. 

En  mettant  ces  Ouvrages  vis-à-vis  l’un  de  l’autre,  l’on  ne  peut  fans 
Injustice  refufer  la  Préférence  à l’Araignée.  Cette  Fileufe  & Tapifliére 
infatigable  n’  a eu  qui  que  ce  foit  pour  lui  apprendre  à filer  & à faire 
fon  Tiffu.  Il  ne  lui  faut  ni  Destin,  ni  Patron , ni  Epingles,  ni  Métier , ni  Rouet9 
pour  fon  Travail,  & cependant  rien  ne  l’égale  pour  l’Art,  l’Ordonnance 
& la  Force. 

Car  autant  que  ce  Bout  de  Dentelle  Fig.  i,  paroit  beau  hors  du  Microsco- 
pe, & autant  qu’un  Voile  transparent  de  la  Dentelle  la  plus  fine  orne  une 
Gorge  bien  arrondie  ; aufii  mauvais  effet  fait  elle  dans  le  Microscope, 
où  l’on  ne  voit  qu’  une  Enlaçûre  grolfière  & confufe  de  Noeuds  & de 
Lacqs  de  Ficéle  & de  Corde  b).  On  n’y  reconnoît  ni  Deifein,  ni  la  moin- 
dre Ordonnance  ; de  forte  qu’on  ne  le  peut  voir  fans  rire. 

Mais  que  nous  montre  le  Tijju  de  l’induftrieufe  Arachné  Fig,  a.  De- 
dans & dehors  du  Microscope,  rien  qu’ Egalité,  que  Dejjein , et  fi  j’ofe  le 
dire,  qu’  Intelligence.  Car  pour  rendre  fa  Toile  durable,  elle  ourdit  dou- 
bles les  Fils  qui  font  les  plus  expofés  au  Choc  des  Mouches  & d’autres 
plus  gros  Animaux,  & qui  doivent  foutenir  fon  Corps  & celui  de  fes 
Enfans  , Voi  a)  b).  Pour  ceux  qui  ne  lui  doivent  fervir  que  d’ Echêlons , 
ou  de  Filets  & de  Lacqs  pour  envelopper  fa  Proie,  elle  ne  les  ourdit  que 
fimples  c)  & les  attache  à ceux  de  Traverfe  b).  Et  quelque  pénible, 
régulier  & artificiel  que  foit  cet  Ouvrage,  elle  y efl  infatigable  ; quand 
même  on  le  lui  détruiroit  chaque  Jour,  Je  renvoie  à un  autre  Tems 
d’en  dire  davantage  fur  ce  Tijfu,  Je  me  contente  pour  le  coup  de  re- 
marquer, que  j’  ai  trouvé  tous  ces  Fils  creux  & de  la  Grolfeur  marquée 
a)  b)  c),  mais  qu’il  faut  faire  cette  Obfervationpar  les  Mroi.  ou  o. 

B i TABLE 


x%  TABLE  LV.  La  Peau  de  l’Homme  & fe$  Pores. 

TABLE  LV. 

La  Peau  de  l’Homme  & fes  Pores. 

Bienque  la  Conftitution  de  nôtre  Epiderme  ne  foit  pas  encore  des  plus 
exaétemens  établie  & décrite,  & que  bien  des  Gens  n’en  aient  au- 
cune Connoiflance  ; Elle  n a pas  laiffé  de  faire  l’Objet  des  Récherches 
des  Naturaliftes  de  l’Antiquité, 

Timée  le  Locrien,  fur  le  Syfteme  duquel  Platon  a fondé  fa  Philofophie 
naturelle,  peut  paffér  pour  le  prémier,  que  nous  fâchions  , qui  ait  donné 
une  Defcription  & une  Définition  exaéle  de  l'Epiderme  de  l’ Homme  & 
de  fes  Pores  *, 

Après  lui  eft  venu  Hypocrate , Père  de  la  Medecine,  qui  a enfeigné, 
que  tout9  le  Corps  de  l'Homme  eft  fait  de  façon  quen  puant  & en  tirant  V h alêne, 
il  peut  tranfpirer  & infpirer.  Et  fes  dignes  SuccefTeurs  Sanïïorius  à Saniïo- 
rîis , Nicolas  Sténo , Marcel  Malpigbius , & Nehemie  Grew , nous  ont  donné 
d’excellens  Ecrits,  moins  à la  vérité  fur  fa  Conftitution , que  fur  fou 
Utilité. 

Monfieur  Hoerel,  récommandable  Phificien  de  nôtre  Ville,  lorsqu’ 
il  prit  le  Grade  de  Docteur  en  Medecine  en  1732.  nous  donna  auffi  une 
très  do£te  Dilfertation , fur  les  avantages  des  Pores , de  l'Epiderme  de  P Hom- 
me **.  Et  j’ofe  afilirer , fans  Lui  vouloir  faire  Compliment,  que  , félon 
moi,  Ton  ne  fauroit  lire  cette  Pièce  fans  en  recueillir  du  profit  & de  la 
Satisfaction. 

Pour  moi,  je  ne  fonge  qu’  à expofer  à la  Vue  la  Figure  extérieure  de  la 
Peau  & de  fes  Pores,  en  abandonnant  le  Kefle  aux  Dépofitaires  des  Secrets 

d’Efcuîape, 

je  n’en  ai  vu  que  deux  Dejfeins  gravés  en  Taille-douce  j l’un  de  Lee- 

vven- 

* în  Timaeo  pag.  491.  Edit.  Lugd,  Anno  1 $88. 

**  De  primario  ufu  Pororum  in  fuperficie  corporis  humani,  Altorfii  1732. 


TABLE  LV.  La  Peau  de  l’Homme  & Tes  Pores.  13 
vvenboetk,  * l’autre  de  Grew  **«  J’avoue  ingénument,  que  celui  de 
Grew  eft  plus  naturel  & plus  fur  que  celui  de  Leewenhoeck,  car  j’ai 
trouvé  les  Obfervations  & les  Figures  du  Premier  fort  reflemblantes  aux 
Miennes;  aulieirqueje  n’ai  point  encore  découvert  dans  la  Peau  les 
Ecailles  à cinq  Angles,  que  Leewenhoeck  prétend  être  couchées  à trois 
Rangs  les  unes  fur  les  autres. 

Car  ce  que  le  Doéïeur  Grew  a/Ture  avoir  obfervé  ; que  les  Pores 
des  Pies  & des  Mains  de  l’Homme  font  plus  grands  & plus  larges,  que 
ceux  des  autres  parties~du  Corps  ; que  la  Peau  y eft  garnie  d’une  Infinité 
de  Lignes , de  Triangles  & d3  Elypfes  Sphériques , entre  lesquelles  l’on  peut  mê- 
me appercevoir  les  Pores  avec  l’Oeil  nud  ; que  ces  Pores  reflemblent 
fous  le  Microscope  à de  petites  Sources , au  Centre  desquelles  l’on  voit 
des  Goûtes  d’Eau  claire,  qui  rejaillirent  toutes  les  fois  qu’on  les  efilue  &c. 
Tout  celafe  conftate  par  l’Experience  la  plus  moderne  & la  plus  quoti- 
dienne ; & pour  s’en  convaincre,  il  n’y  a qu’à  confulter  les  Microscopes 
communs  Nro  4.5. 

Selon  moi  l’Epiderme  eft  compofé  de  Lignes,  de  Fentes  ou  Crevajjes,  de 
Pores  & d’ Ecailles. 

Cette  fj-ièmc  Eftampe  montre  Fig.  1.  un  Doigt  répréfenté  par  la  fim- 
ple  Vue,  fur  lequel  on  peut  déjà  appercevoir  des  Lignes  elyptiques  & de 
petits  Pores ♦ Fig . 2.  ne  donne  que  la  première  Jointure  d’un  Indice,  groftîe 
par  le  Nro  6.  dont  l’ Epiderme  avoit  reçu,  par  le  Maniment  inconfidéré 
de  l'Eau-forte,  plufieurs  Ouvertures  & Fentes  & s’étoit  entièrement  feparé  du 
Doigt . Je  pris  d’abord  ces  Fentes,  Felures  ou  Crevaftes,  fur  lesquelles 
fe  voioient  les  Pores , & que  j’avois  remarquées  entre  les  Lignes , pour  les 
véritables  Ecailles  que  Leewenhoeck  avoit  décrites  ; mais  j’en  fus  défa- 
bufé  par  une  Récherche  ultérieure. 

B 3 Car 

• Defcriptio  acufuspororumineutemanuum  atquepedum  translata  ex  transaâ,  Angl* 
Menf.  Maji  1684.  n-  » î9.  V.  Acta  Erud,  A..1685,  T,  . 5. 6,  p.  {56. 

**  Arcan,  Nat,  Tcm,  3.  pag.  413. 


14  TABLE  LV.  La  Peau  de  l’Homme  & Tes  Pores. 

Car  aïant  mis  dans  le  Porte - Objet  une  de  ces  prétendues  Ecailles , 
dont  la  Groflèur  naturelle  fe  voit  Fig . c)  & P aïant  examinée  par  Nro  o. 
je  découvris  feulement  quantité  de  petites  Ecailles , dont  le  plus  haut 
Groflilfement  par  Nro  oo.  fe  voit  individuelement  d)  & qui  font  fi  peti- 
tes, qu’on  en  peut  couvrir  zoo.  avec  un  Grain  de  Sable. 

Je  ne  faurois  donc  concevoir  pourquoi  Leewenhoeck  a deffiné  plu- 
sieurs de  ces  Ecailles,  aufîigroifes  que  Fig . 3.  a)  & quelques  unes  couchées 
troisfois  les  unes  fur  les  autres  b)  le  tout  d'après  fon  Dejfein . Jusqu’  ici, 
malgré  tous  mes  Soins,  je  n’ai  pas  eu  le  Bonheur  de  voir  fur  la  Peau  de 
D’Homme  des  Ecailles  dont  le  Volume  allât  au  delà  de  d)  & e)  Fig.  f. 

La  Fig.  4.  répréfente  un  petit  Morceau  de  Peauy  dont  la  Grandeur  natu- 
relle eft  la  même  que  c)  & qui  eft  prife  du  Milieu  de  la  Main.  Les  Lignes 
& les  Pores  y font  fidèlement  marqués,  tels  que  je  les  ai  vus  par  Nro  4. 

Les  Amateurs  n’ont  qu’à  en  faire  l’Epreuve  par  les  Verres  Nro?. 
ou  4.  à la  Clarté  du  Soleil  ou  à celle  des  Bougies  & ils  pourront  voir 
aifés  clairement  \z  Sueur  tomàre  hors  des  Pores • 

Au  refie  je  lailfe  au  Le&eur  à voir  fi,  pour  avoir  quelque  particule 
de  Peau  humaine,  il  juge  à propos  de  fuivre  le  Confeil  fuivant  qui  eft  de 
Mr,  Backer  : 

,,  Pour  bien  voir  les  Pores ^ dit-il , qu’on  coupe  avec  un  bon  Rafoir 
j,  une  Particule  bien  mince  de  l'Epiderme;  & puis  une  fécondé  à la 
„ même  Place,  & qu’on  en  préfente  au  Microscope  autant,  qu’on  en 
„ pourroit  couvrir  avec  un  Grain  de  Sable  &c. 

Je  ferois  tenté  de  croire,  que  le  fécond  Coup  de  Rafoir  iroit  jus- 
qu’ au  Vif. 

Cependant  Raillerie  à part,  il  n’eft  pas  fi  aifé  que  l’on  croit  d’avoir 
une  Peau  d’ Homme  qui  foit  propre  aux  Récherches  Microscopiques, 
Qifon  ne  croie  pas  p.  e.  qu’on  puiife  faire  Ufage  de  la  Peau  d’une  Main, 
à laquelle  le  Travail  a caufé  des  Durillons  ; quand  ce  feroit  celle  de  la 
Dame  la  plus  belle  & la  plus  délicate. 


Une 


TABLE  LV.  La  Peau  de  l’Homme  & fes  Pores,  t$ 

Une  telle  Peau  des  Durillons  efl  de  beaucoup  trop  épaiffe  ; elle  tient 
m ême  plus  de  la  Corne  que  delà  Pc*u,  & elle  n’eft  point  du  tout  trampam 
rente. 

J’ ai  e'té  obligé  de  différer  plusieurs  Années  à faire  cet  Experiment 
faute  d’Objet;  jusqu’à  ce  qu’  il-y-a  quelques  femaines,  qu’il  m’ efl  arrivé 
l'Accident,  que  voulant  nétoïer  quelque  chofe  avec  de  V Eau  forte,  je  me 
fuis  tellement  endommagé  t Indice  delà  Main  droite,  que  l’Epiderme  s’ 
en  eftfe'paré  ; ainfique  j’ai  dit  ci-devant.  Ce  qui  m’a  fourni  cafuelle- 
ment  & fans  beaucoup  de  Mal  une  affés  bonne  Provilion  de  Peau  pour 
mes  Obfervations  Microscopiques. 

Je  ne  puis  finir  fans  faire  Mention  du  Calcul  des  Pores , qui,  félon 
Leewenhoeck,  fe  trouvent  dans  tout  le  Corps  d’un  Homme. 

Il  fuppofe  que  Cent  pores,  les  uns  derrière  les  autres  dans  une  Ligne, 
font  la  Vingtième  Partie  d’un  Ponce . Un  Police  en  contiendroit  don© 
looo.  & un  Pié  n ooo.  dans  une  Ligne  ; Mais  le  Pié  en  Quarré  en  contien- 
droit 144.  Millions. 

A fuppofer  donc  comme  certain,  que  la  Superficie  d’un  Homme  a 14; 
Piés  en  Quarré  ; la  Superficie  de  toute  fa  Peau  auroit  Deux  Mille  & Seize 
Millions  de  Pores.  - 

Du  Refte  je  fouhaite  de  bon  coeur  au  Leéteur,  que  tous  fes  Pores 
falîent  exaélement  les  Fondions  auxquelles  la  Nature  les  a deftine's,  & 
qu’ils  ne  tranfpirent  ni  trop,  ni  trop  peu  * l’un  & l’autre  étant  contraire 
à 1a  Santé. 

Ceux  qui  ont  des  Microscopes  folaires , peuvent  voir  contre  une  Paroi 
blanche  & éclairée  la  Tranfpiration  des  Mains  monter  des  cinq  Doigts, 
comme  une  Papeur  épaiffe,  Amufement  délicieux,  que  plufieurs  de  mes 
Amis  & moi  nous  fommes  donné  plus  d’ une  fois  dans  une  Chambre 
obfcure. 

Comme  il  vient  de  me  tomber  entre  les  Mains  une  Idée  finguliére 
de  Mr.  Maillet,  par  laquelle  il  veut  faire  de  tout  le  Genre  humain  au- 
tant 


TABLE  LV«  La  Peau  de  T Homme  & fes  Pores. 


1 6 

tant  d’ Animaux  acquatiques , je  ne  puis  m’empêcher  de  mettre  ici  cette 
Saillie  neuve  & originale,  & de  l’abandonner  à l’Examen  du  Leéteur. 

” L’ on  trouve  en  même  tems  en  l’Homme,  dit - il,  un  Carattère  cer- 
,,  tain,  qu’il  tire  fon  Origine  de  la  Mèr.  En  Effet  il  n’y -a  qu’à  en 
„ examiner  la  Peau  avec  un  Microscope  tel  qu’on  en  a inventé  de 
„ nos  Jours,  & qui  p.  e.  porte  un  Grain  de  Sable  jusqu’  à la  Groffeur 
j,  d’un  Oeuf  d’ Autruche.  Vous  verres  par  là  que  toute  la  Peau  ed 
„ pleine  de  petites  Ecailles  qui  reffemblent  à celles  de  la  Carpe. 

Si  l’on  veut  ajouter  que  l’Experience  journalière  nous  fait  voir  des 
Hommes  fi  tigneux , que  l’on  apperçoit  par  l’Oeil  nud  les  Ecailles  qui  cou- 
vrent leur  Peau,  il- y- aura  bien  encore  là  dequoi  mieux  conftater  leur 
Origine  marine.  * 

NB.  Puisque  je  fuis  fur  le  chapitre  des  Mains  ecailleufes  de  Mr.  Ma- 
illet, je  me  rappelle  d'avoir  vû  une  telle  Main  en  Taille  - douce  dans  le 
Commerce  littéraire  **,  prife  des  Transactions  pbilojopbiques  ***.  Le  célébré 
Haturalide  Anglois,  Mr.  George  Edwards  ****  a peint  cette  Main  d1 
après  nature  et  l’a  décrite  telle  qu’il  l’avoit  vue  et  examinée  lui  même 
en  un  Païfan.  Elle  êtoit  conditionnée  d’une  façon  dont  aucun  Savant 
n’a  encore  parlé;  car  elle  confldoit  en  une  Infinité  de  petits  Tu'iaux 
brun-noirâtres,  en  Cylindre,  et  heriffés  de  près  d’un  demi  Pouce  ; les- 
quels étoient  fi  diadiques,  qu’ils  bruïoient,  quand  on  y paffoit  la  Main 
deffus;  & c’étoit  à leur  Pointe,  qu’on  appercevoit  les  Pores. 

Cette  Hidoire  m’  a fait  faire  toutes  fortes  de  Reflexions  fur  le  Cha- 
pitre des  Ecailles  de  nôtre  Peau,  Et  Monfieur  le  Confeiller  Trew  , qui 

a eu 

* Teliamed  ou  Entretiens  d’un  Phiîofophe  Indien  avec  un  Miflionaire  françois  fur 
la  diminution  de  la  Mer,  la  formation  de  la  terre  l’Origine  de  l’Homme,  mis  en 
ordre  fur  les  Mémoires  de  feu  Mr.  Maillet.  Amû.  1748.  in  8vo  p.206. 

Annus  1734.  pag.  243*  Tab.  y.  Fig.  7.8.  9» 

***  Vol.  37.  Num.  424.  an.  1731. 32.  Tab,  I.  Fig.  r. 

a***  Gleandings  of  Naturel  Hiftori  by  George  Edwards.  London  1758.  C.  t,  Pla. 

212.  p.  3, 


TABLE  LVI,  Un  peu  de  la  Cornée  d’un  Oeil  de  Hanneton.  17 

a eu  la  bonté  de  me  communiquer  V Hiftoire  naturelle  à’  Edwards , m’aïant 
honoré  aujourdhui  d’une  Vifite,  je  me  fuis  ouvert  à ce  célébré  Anato- 
mifte,  & i]  a eu  la  complaifancc  de  m’éclaircir  infiniment  cette  Matière, 
par  l’Experiment  fuivant, 

Monfieur  le  Confeiller  a eu  donc  la  bonté  de  me  dire,  qu’  il  avoi* 
mis  pendant  quelque  Tems  tremper  une  Tête  à' Homme  dans  de  l’Eau, 
pour  faire  quelque  Epreuve,  & qu’ enfuite  aïant  palfé  par  hazard  le 
Doigt  fur  le  Nés  de  cette  Tête  en  1’  examinant,  il  l’avoit -trouvé  fi  macé- 
rée pur  l’Eau,  que  V Epiderme  du  haut  du  Nés  s’enleva  & ,y  refta  pendu 
au  Bout.  En  examinant  la  Superficie  de  cet  Epiderme , qui  tenoit  aupa- 
ravant à la  Peau  proprement  dite,  il  n’avoit  appcrçu  qu’un  Amas  velu 
de  Filamens  fortis  des  Pores  de  l'Epiderme  & rcftés  attachés  à la  fécondé 
Peau  ; Aiant  enfuite  confidéré  en  dehors  cette  Pellicule  enlevée,  fes  Pores 
te  trouvèrent,  comme  de  Raifon,  beaucoup  plus  grands  & plus  larges, 
que  d’ordinaire.  S’il  eft  donc  certain,  que  les  Pores  de  l’Epider- 
me ( cuticuU ) ne  font  que  les  Ouvertures,  par  où  fort  le  fu- 
perflu  des  Humeurs  ; ainfi  que  l’a  prouvé  Ruifcb  par  P Expérience,  en  ré- 
futant la  DoBrine  des  Glandes  de  Leevvenhoeck,  de  Malpigbiu : & de  Sténo  ; 
il  eft  aifé  de  trouver  la  Gaule  qui  a produit  la  Peau  écailleufe  & pleine  de 
Tuïaux  du  Païfan  Anglois.  Ce  Principe  même  peut  nous  donner  en  gé- 
néral des  Idées  naturelles,  faciles  & polftbles  de  la  vraie  ftruélurc  de  nô- 
tre Epiderme, 

Mais  que  tous  ces  Tuïaux  ne  foient  pas  de  la  même  efpèce,  & qu» 
il. y- en  ait  qui  contiennent  une  Matière  buileufe  ,•  c’eft  ce  que  Mr.  le  Con- 
feillér  à découvert  par  dâferentes  Obfervations,inferées  dans  le  Commerce 
littéraire  *. 

T A BILE  LVI. 

Un  peu  de  la  Cornée  d’un  Oeil  de  Hanneton. 

La  Partie  extérieure  de  l’Odl  de  toutes  les  Créatures,  Hommes  & 
Bêtes , porte  bien  le  Nom  de  Tunica  cornea  ou  de  Cornée  ; mais  ce- 
pendant la  Conftitution  n’en  eft  pas  la  même.  Dans  les  Hommes  & les 

C gros 


* Ann,  174$.  p.  24<S.  Tab,  i.  fig.  *4, 


ï%  TAIJLË  LVI.  Un  peu  de  la  Cornée  d’un  Oeil  de  Hanneton, 

gros  Animaux,  on  la  trouve  unie  comme  une  Glace  & fans  Comparti- 
mens,  Mais  dans  les  Infeétes  elle  eft  formée  tout  autrement  & dans  la 
plupart,  d’une  Infinité  d’Hexagoncs.  On  la  voit  aufli  fouvent  triangu- 
laire ; mais  cela  vient  des  fes  Lumières  transparentes , qui  font  des  Reverbe * 
rations  différentes  & qui  ont  toujours  du  rapport  à nôtre  Attitude  & à nô- 
tre Point  de  Vue,  Il  en  effc  de  même  du  Jour,  Car  s5  il  n’y-a  qu’une  Partie 
du  Microfcope  qui  foit  éclairée,  & que  l’autre  ne  le  foit  pas,  il  n’  en  faut 
attendre  que  d’ Angles  faux.  11  ne  faut  donc  pas  s’abufer;  car  il  eft 
certain  que  les  Yeux  des  Infeétes  furtout  des  Abeilles , des  Mouches , des  Han- 
netonsq des  Sauterelles  &c.  font  compofés  des  Réfeaux  les  plus  fins,  en  Hexa- 
gones géométriques,  qui  refiemblent  en  dedans  à des  Miroirs  concaves, 
que  nul  Géomètre  ne  fouvoit  imiter. 

Cette  Cornée  eft  très  fine  & mince  dans  certains  Infeétes , tels  que 
la  Mouche  & le  Cou  fin,  dans  d’autres,  comme  dans  l'Abeille  & le  Hanne- 
ton, elle  elt  fort  épaiife. 

La  diverfité  de  la  Couleur  de  la  Cornée  vient  de  la  Liqueur , qui  eft 
entre  elle  & l’Llvée.  Car  celle-ci,  félon  Scbvv  animer  dam,  n’eft  point  au 
Fond  de  l’Oeil,  mais  d’abord  au  deffous  de  la  Cornée.  La  Liqueur  elle 
même,  qui  eft  entre  deux,  eft  rouge,  ou  verte,  ou  bleue,  ou  jaune,  ou 
blanche,  ou  noire,  ou  brune,  ou  mêlée;  & la  diverfité  de  la  Couleur 
extérieure  dans  les  Yeux  des  Infeétes,  vient  de  ce  que  cette  Liqueur  pa- 
sroit  à travers  la  Cornée, 

Le  célébré  Naturalise  Hoocke  a compté  Quatozre  Mille  de  ces  He- 
xagones ou  Yeux  difFérens  dans  la  Cornée  de  la  Demoifelle.  J’ aime  bien 
mieux  l’en  eroire  fur  ce  Calcul,  que  de  le  faire  ; bienque  ce  feroit  un 
a fie  s joli  Amufement  & affés  facile  pour  un  Amateur.  Il  n’y-auroit  qu’ 
à divifer  une  Cornée  par  Portions  égales  & en  mettre  une  fous  un  bon 
Verre  dans  le  Microscope  folaire,  pour  compter  à fon  aife  contre  la  Pa- 
roi, combien  cette  Portion  auroit  d 'Hexagones;  & cela  feroit  trouver 
fans  Peine  la  Totalité  des  autres  Parties» 


31 


TABLE  LVÏ,  Un  peu  de  la  Cornée  d’un  Oeil  de  Hanneton»  19 

Il  me  refie  à repondre  à la  Queflion  : Pour  quoi  la  Sage  Providence  a 
donné  tant  d’Yeux  à des  Infeélcs,  qui  nous  paroiffent  fi  vils , préférablement  à 
toutes  les  autres  Créatures  ? Je  m’en  vai  donner  un  Racourcide  ce  que  les  plus 
grands  Naturalises  ont  dit  fur  cette  Matière, 

Comme  les  autres  Créatures  peuvent  remuer  leurs  Yeux , ce  que  les 
Infcïïes  ne  fauroient  faire  ; la  Sage  Providence  a compenfé  ce  défaut  de 
Mouvement  pâr  la  Quantité,  & elle  a formé  leurs  Yeux  de  Façon  que 
pouvant  voir  en  tous  Sens  à la  fois,  ils  peuvent  fe  mettre  en  garde  con- 
tre les  Embûches  de  leurs  Ennemis,  les  Araignées,  les  Moineaux,  les  Hi- 
rondelles &c.  & appercevoir  de  tous  côtés  leur  Nourriture  & leur  Proie. 
L’on  peut  en  voir  davantage  dans  Leevvenboeck , Hoocke  ♦ Nieuvventyt , 
Scbvvammerdam , & dans  bien  d'autres,  dans  lesquels,  & furtout  dans  la 
Bible  de  la  Nature  de  Schwammerdam,  l’on  trouve  la  Réfutation  des  Ob- 
jections faites  contre- la  Multiplication  & t Errement  de  la  Vue,  & la  Preuve, 
que  chaque  Hexagone  a fon  Nerf  optique  particulier.  Nous  même,  avec 
deux  Yeux,  nous  ne  voïons  pas  les  Objets  doubles.  J’ai  encore  à dire 
un  Mot  fur  la  Manière  de  préparer  la  Cornée  de  /’ Infeïïc  pour  le  Mifcro- 
fcope. 

Si  l’on  veut  faire  cet  Examen  fur  des  Bêtes  vivantes,  ce  qui  efl  bien 
le  plus  fur  ; l’on  n’a  qu’à  féparer  la  Tête  de  la  Mouche , Abeille  ou  Saute- 
relle; qu’à  la  partager  en  deux,  & qu’  à couper  bien  proprement,  avec 
de  petits  Cifeaux,  la  Peau  velue  qui  environne  l’Oeil. 

Puis  on  attache  avec  deux  Epingles  cet  Oeil  encore  plein  de  fon 
Humeur  & reffemblant  à un  demi  Globe  fpbérique , à une  Planche  de  Tilleul 
bien  life  ; & l’on  en  torche  bien  proprement  la  Liqueur  intérieure  avec 
un  Pinceau  & de  l’Eau  fraîche.  Pendant  cette  Operation,  l'on  apper- 
cevra  à Vûe  d’Oeil  le  Changement  de  la  Cornée , & l’ on  découvrira  infen- 
fiblement  la  Rétine  argentée,  brochée  de  Milliers  d’ Hexagones.  Il  faut 
continuer  à torcher,  jusqu’  à ce  que  la  Cornée  foit  aufîi  transparente, 
que  du  Verre  & aufîi  molle  que  du  Papier.  Ce  n'efl  pas  en  vain  qu’on 
la  nomme  Cornée  j car  elle  efl  aufîi  dure  & aufîi  roide,  que  de  la  Cor- 

C z ne| 


ïo  TABLE  LVL  TJn  peu  âe  la  Cornée  d’un  Oeil  de  Hanneton. 

rie  j aufli  caflfe~t-elle  comme  le  Verre  & la  Corne,  quand  on  la  p relie 
avec  violence.  Il  eft  ainfi  bon  de  mettre  entre  les  deux  Verres  du 
Porte-Objet,  la  Cornée  encore  humide,  après  l’avoir  bien  nettoîée  &rendue 
transparente.  Car  de  cette  façon,  ou  la  peut  plier  & l’y  mettre  entiè- 
re ; au  Lieu  qu’elle  prendroit  des  Fentes,  fi  l’on  vouloit  la  plier  étant 
fêche. 

L’on  peut  à la  vérité  la  tirer  plus  aifément  d’un  Infeéle  délfêché  & 
gardé  ; mais  il  faut  auparavant  faire  tremper  un  couple  de  Jours  cet 
Oeil  ou  cette  Cornée  dans  de  l’Eau  ou  de  l’Efprit  de  Vin  & la  bien  purger, 
comme  ci  - delïus,  de  toute  l’Ordure  qui  y tient. 

11  ne  faut  pas  non  plus  pour  cela  toute  une  Cornée,  une  Particule 
rendant  le  même  Service.  Celle  de  la  Oemoifelle  (Lybelle)  efl  la  plus 
commode  pour  fa  Groflfeur  Scfa  Transparence. 

Cette  ç6me  Eftampe  répréfente  un  brin  delà  Cornée  d’un  Escarbot  doré 
des  Indes,  dont  l’Epaiiïeur  eft  bien  quatre  Fois  aufli  forte,  que  celle  de  la 
Peau  de  fon  Corps  ou  de  fon  Aile. 

L’  on  voit  a)  t Oeil  entier  & la  véritable  Figure  de  cet  Escarbot  de 
Grandeur  naturelle.  L’on  en  montre  b)  un  Morceau  grolîi  par  Nro 
avec  fa  multitude  de  Miroirs  Sphériques,  dont  la  Couleur  fe  préfentoit  jau- 
ne doré. 

NB.  La  çime  Fftampe  étant  déjà  gravée  & fes  Explications  impri- 
mées, je  reçus  la  favante  D e fer iption  de  l'Oeil  de  /’  Homme  deMr  le  Profef- 
feur  deGcetingue  Zinn,  que  la  Mort  a trop-tôt  ravi  à l’érudition,  accom- 
pagnée de  magnifiques  Eft  amp  es  * dans  lesquelles  j’ai  vu  avec  Surpri- 
fe  ; que  le  Nerf  optique  étoit  tout  autrement  répréfenté,  que  je  ne  l’ai  pu 
obferver  jusqu’ici.  C’eft  donc  pour  prévenir  tout  fiéproche,  que  j’ai 
fait  très  fidèlement  copier  & imiter  le  Deflfein  de  feu  Mr.  le  Profelfeur 
fur  cette  Fftampe  Fig.  2.  fans  Enluminure , où  eft  répréfenté 

a)  le  Nervus  opticus  comme  un  petit  Tuïau  féparé,  fitué  au  Milieu  5 

b)  Vagm&  nervi  optici  lamina  exterior , & 

O Val' 

% Dcfcrîprio  anatomica  oculi  humani  Iconib.  illuftrata  AuÔ.  Dr,  Joh.  Gottefr,  Zinn. 

Gœting*  1755. 


TABLE  LVII.  Des  Criftaux  de  l’Alun. 


n 


c)  Vag.  nervi  opt.  lam.  interior  ; 

d)  pia  mater  nervi  optici . Ce  font  les  propres  Termes  de  l’Auteur. 

N’  aïant  donc  jamais  apperçu  le  Nerf  optique  de  cette  façon,  j’ai  fait 

graver  à Coté  mon  Obfervation  Fig.  3.  J’ai  bien  trouvé  dans  b)  & c) 
les  deux  Gaines  extrêmement  minces  ; mais  je  n’ai  pas  trouvé  dans  a) 
un  petit  Tuïau  particulier  ; mais  bien  quantité  de  petites  Fibres  très  dé- 
licés,  ainfi  que  3’  ai  expliqué  ci-devant. 

J’avoue  que  je  n’ai  pas  encore  eu  Occafion  d’examiner  la  Cornée  d’ 
un  Oeil  humain.  Peut  etre  que  la  Différence  vient  de  ce  qu’ Elle  eft 
autre  dans  l’Homme,  que  dans  le  Refte  des  grandes  Bêtes.  Or  comme 
j’en  doute, j’attends  que  l’Occafion  fe  préfente  de  m’en  éclaircir. 

Pour  s’épargner  la  Peine  de  diffequer  une  Tête  de  Veau,  je  puis  a f- 
furer  à mon  Leéleur,  qu’il  peut  faire  des  Teux  de  Poule , d'Oie  & d’ autre 
Volaille  le  même  Ufage,  que  de  ceux  des  plus  grofTes  Bêtes,  pour  examiner 
le  Nerf  optique . 

TABLE  LVIÏ. 

Des  Criftaux  de  l’Alun. 

J’  ai  été  bien  du  Tems  à pouvoir  porter  cette  Obfervation  au  Point 
de  Perfeélion,  que  je  la  défirois.  La  Goûte,  bien  loin  de  fe  vou- 
loir Criftalifer  dans  le  Verre,  ne  vouloit  pas  même  fe  configurer.  J’avois 
toujours  dans  le  Porte-Objet  une  MaJJe  gluante,  comme  de  la  Colle  ou  de 
la  Gemme  ; & cela  me  fît  aufît  abandonner  entièrement  cette  Récherche. 
11  n’  y- a que  quelques  Semaines,  queleHazard  rn’  a fait  attraper  le  Se- 
cret d’y  reiiffir.  Je  m’en  vai  donc  communiquer  fàdelement  la  Manière 
d’imiter  cet  Experiment  avec  Facilité. 

L’on  prend  un  petit  Morceau  à’ Alun  auflî  clair  & Transparent,  qu’ 
on  le  peut  avoir.  Il  s’en  trouve  par  fois  d’auffi  clair,  que  le  Chriftal. 
L’on  en  met  la  Quantité  qu’on  veut  dans  un  petit  Mortier  de  Verre  bien 

C î 


net 


2t 


TABLE  LVII.  Les  Criftaux  de  l’Alun, 

net,  avec  à peu-près  trois  fois  autant  d’Eau  froide,  & on  le  broie  jus- 
qu’à ce  qu’il  foit  prèfqu’  entièrement  fondu  & diflbus.  En  fuite  l’on  en 
pofe  avec  la  Pointe  d’une  Plume  ou  d’ un  Pinceau  bien  propre  une  très 
petite  Goûte  fur  le  Porte-Objet,  laquelle  on  laiffe  fêcher  d’ elle  même,  ou 
pour  gagner  du  Tems,  on  la  fait  fêcher  fur  une  Plaque  ; mais  il  faut  qu’ 
elle  ne  foit  que  médiocrement  chaude.  Dés  que  l’Oeil  nud  apperçoit, 
qu’elle  prend  un  Cercle  blanc , il  faut  mettre  le  Porte-Objet  fous  le  Micro- 
fcope,  pour  remarquer  & admirer  jusqu’  à la  Fin  les  Operations  de  1a 
Nature- 

Dabord  il  fe  préfentera  des  Points  Couleur  d’ Arc-en-ciel,  en  Forme 
d 'Etoiles,  mais  qui  enfin  fe  produiront  en  différentes  Figures  Géométrique- 
ment régulières  & en  Crijlaux , dont  rien  n’  égale  la  Beauté.  J’  ai  tou- 
jours remarqué  parmi  ceux  - ci,  quantité  de  Crijlaux  de  Vitriol  & de  Sel 
ordinaire,  & j' ai  fidèlement  répréfenté  fur  cette  f 7™e  Ejlampe  tous  ceux 
qui  me  font  tombés  fous  les  Yeux. 

C'eftainfip,  e,  qu’  a)  répréfente  une  Figure  à 14.  Superficies,  donc 
chaque  Coté  en  a 7.  entre  lesquels  ceux  du  Centre  font  des  He- 
xagones réguliers,  & Ceux  des  Extrémités  confiflent  en  3. 
Quarrés  &c  3.  Hexagones * 

b)  cft  un  Oïïogone  de  huit  Triangles  rectangles  \ de  même  que 

c)  qui  ne  fe  préfente  autrement  à la  Vue,  que  parce  que  cette  Fi- 

gure femble  porter  fur  fa  Bafe. 

d)  répréfente  un  Crifial  de  14.  Superficies  à Angles  obtus  & 

e)  un  Corps  géométrique  compofé  de  14.  Côtés,  n,  Quarrés  & 1,' 

Hexagones. 

f)  efl  un  des  plus  beaux  Criflaux  & des  plus  réguliers,  lequel  polir 

fes  Trapezoïdesi  fes  Angles  obtus,  fes  Triangles  & Prifmes  eft  plus  pro- 
pre à donner  de  l’Admiration  qu’à  être  décrit. 

g)  une  Pyramide  ou  Cube,  qu’on  voit  d^ordinare  dans  le  Sel  de  Mèr, 

de  Pierre,  de  Fontaine,  & même  de  Cuifine, 

h)  un 


TABLE  LVIII.  La  Configuration  de  V Aluni  a# 

h)  un  Pentagone  oblong,  dont  il  - y en  a par  fois  3.  à 4.  de  jonchés 

les  uns  fur  les  autres  ; & qui  paroît  être  la  Moitié  de  la  Figure 
du  Criftal  dj 

i)  eft  comme  b)  un  Oïïogone  en  forme  de  Lofange , qui  n’aïant  fait 

que  changer  de  Pofition,  fe  préfente  autrement  à la  Vue. 

En  comparant  tous  ces  Criftaux  entr’eux,  l’on  eft  tenté  de  croire  que 
T Alun  n’eft  qu’  un  Minéral  compofé  de  Sel,  de  Vitriol,  de  Salpêtre  &c.  puis- 
qu’on trouve  diftinétemcnt  dans  g)  les  Cnflaux  du  Sel , dans  f)  ceux  du 
Salpêtre ;;  & dans  b)  ceux  du  Vitriol  verd.  J’y  aivûaufli  Quantité  de 
Criftaux  du  Vitriol  blanc  5 comme  l’Explication  fuivante  va  le  conftatex. 

TABLE  LVIII. 

La  Configuration  de  l’Alun. 

Puisqu’il  faut  encore  ua  autre  Savoir  faire,  pour  effeéluer  la  Configu- 
ration de  P Alun. j je  m’en  vai  auftl  le  communiquer  avec  toute  la 
Concifion  poflible. 

Il  y entre  bien  l’Eau  d 'Alun  qui  a fervi  pour  les  Crifiaux  ; mais  quel» 
que  faturée  qu’elle  foit  encore  d’ Alun , il  faut  pourtant  la  mettre  fur 
une  Plaque  & la  faire  »chaufer  fur  de  la  Braife  pas  trop  ardente,  ou  à la 
Chandelle  ; afin  de  délier  de  nouveau  les  Crifiaux , qui  fe  font  pofés  au 
Fond.  Enfuite  on  la  laiffe  refroidir,  & procède  avec  une  Goûte,  ainfi  que 
ai  marqué  touchant  les  Criftaux  de  i*Alun>  D’  abord  on  ne  voit  que  ta- 
peur;  mais  elle  fe  difiipe  bientôt,  & JailTe  un  Ciel  clair  avec  quantité  de 
grands  & de  petits  points  étoilés  ; ce  qui  fait  un  Effet  charmant,  fur  tout 
confidéré  de  Nuit  à la  Chandelle. 

Mais  une  Goûte  ne  fe  configure  pas  comme  P autre.  Tantôt  c’eft  Y 
Edifice  de  Perches , e)  tantôt  les  Raïons,  a)  tantôt  le  Quadre  criftalifè  b,  B.) 
& tantôt  les  points  étoilés  c. 

Cependant  les  Etoiles  a Queue  f,  le  g)  font  toujours  les  dernières 

Appa- 


*4 


TABLE  LIX.  Un  peu  d’Ecaiüe  de  Merluche. 

i 

Apparitions.  Il  faut  bien  de  la  Patience  pour  faire  cet  Expérimenta 
inais  un  Amateur  n’aura  par  certainement  Regret  à fa  Peine. 

J’ai  choifi  pour  cette  Eflampe,  entre  tant  d’autres,  la  plus  belle 
Képréfentation , pour  la  defliner,  dans  laquelle  les  Raïons  a)  fe  produi- 
firent  fubitement  J puis  elle  forma  dans  B.)  un  Couple  de  Crijtaux  de 
Fïrtiol  blanc  & de  Sel  ; enfuite  dans  b)  le  demi  Quadre  d’une  Infinité 
de  petits  Criftaux  d'Alun\  Enfin  vinrent  les  Points  radieux  c). 

A ces  Changemens  fucceda  la  Configuration , dont  les  Figures  denteüée s 
relfembloient  au  Sel  ammoniac  & à celui  de  Vitriol  verd  ; après  cela  il 
parût  fubitement  des  Chevrons  longs , les  uns  allant  horifontalement  de 
droit  à gauche,  les  autres  perpendiculairement  de  haut  en  bas  jusques 
au  delfous  du  Milieu  du  Cercle,  & formèrent  enfin  une  Paroi  de  chevrons 
brifés , que  le  plus  habile  Artifan  n’auroit  pû  mieux  conftruire. 

Dèsque  cette  Paroi  fut  en  ordre,  il  fe  forma  d'abord  des  Etoiles , f) 
des  points  radieux  & enfin  les  Figures  reifemblantà  des  Comètes  gjéesquel* 
les  finirent  toute  l’Operation. 

TABLE  LIX. 

Une  petite  Ecaille  de  Merluche. 

Quel  vil  Objet  que  cette  Ecaille  hors  du  Microfcope!  Voiés  la  dans 
a)  de  Grandeur  naturelle.  Mais  avec  quel  Eclat  ne  fe  préfente- 
t-elle  pas  dans  le  Microfcope  à l’Oeil  attentif!  Voie's  b.)  Que  de  Beau- 
tés, quel  Ordre  dans  ce  petit  Volume  ! Preuve  authentique  de  la  Sa- 
geife  infinie  du  Toutpuifiant*  Comme  fil  ne  fuffifoit  point  à fa  Bonté 
d’avoir  couvert  tout  le  Corps  de  ce  poilfon  d’une  Infinité  à'EcaiÜes ; 
il  a voulu  décorer  chaque  Ecaille  en  particulier  de  je  ne  fais  combien  d’ 
Ecujfons.  Ici  l’Ouvrage  fait  l’Eloge  du  Maître,  & l’on  peut  dire  avec 
Syrac:  Il  faüoit  un  grand  Maître  pour  faire  tout  cela . Qudn  confidère  le 
Nombre  des  Ecailles  d’une  feule  Merluche,  lequel  va  bien  au  delà  de  Cent 

Mil- 


TABLE  LX.  Une  petite  Goûte  de  Lait  de  Carpe.  zj 

Mille  ; qu’on  ajoute  l’Art  avec  lequel  une  feule  eft  travaillée;  qu’on 
reflêchifie  fur  la  Quantité  étonnante  de  cette  feule  Elpèce  de  Poiffon, 
dont  on  charge  des  Flottes  entières  feulement  à Terre-neuve,  & qu'on  re- 
monte enfin  à la  Main  qui  a tout  fait  & qui  crée  encore  tous  les  Jours, 
& l’on  ne  pourra  s’empêcher  de  reconnoître  audefius  de  nous  quel- 
que Chofe  de  fi  Grand,  qu’il  mérité  à jufte  Titre  la  plus  profonde  Vé- 
nération & l’Amour  de  toutes  fes  Créatures.  Je  finis  par  l’Aveu  in- 
génu que  je  fais,  que  les  Amateurs  découvriront  par  la  Voie  du  Micro- 
feope,  infiniment  plus  de  Beautés  dans  l ‘Ecaille  même,  que  la  Main  de 
l’Artifte  quelque  favantc  qu’elle  foit  n’en  fauroit  graver  fur  une  Planche ♦ 

TABLE  LX, 

Une  petite  Goûte  de  Lait  de  Carpe. 

’on  me  fit  un  Jour  Préfent  d’ une  belle  Carpe,  que  je  fis  d’abord 


I j vuider  en  ma  préfence,  afin  d’en  tirer  un  peu  de  la  Laite,  pour  P 
examiner  avec  le  Microfcope.  Au  Commencement  je  n’apperçus  que 
des  Obiets  confus  avec  quelque  Mouvement t mais  point  de  Corps.  Puis 
en  examinant  une  autre  Goûte  fraîche  dans  un  plus  haut  Degré  de 
GroJJijJèment,  j’y  aperçus  des  Millions  de  Créatures  vivantes,  formées  en 
Oeufs , & qui  marquoient  un  Mouvement  libre.  Quelque  tems  après,  je 
me  remis  à cet  Experiment  en  Préfence  de  quelques  uns  de  mes  Amis, 
& nous  apperçumes  ces  Animacules  petits  au  delà"  de  toute  Expres- 
fion,  d’une  Manière  fi  diftinéle,  qu’elle  ne  nous  lai/fa  plus  aucun  Doute 
fur  leur  Fie . Il  faut  cependant,  que  j’obferve  en  palfant,  que  l’on  ne 
trouvera  point  ces  immaculés  dans  le  Lait  d’une  Carpe  male , qui  péfera 
moins  de  z.  Livres. 

C’eft  un  des  Experimens  le  plus  agréables  en  ce  que,  l’Examen 
fini,  l’on  peut  fe  mettre  à Table,  fe  faire  fervir  la  Carpe  bien  alTaifon- 
née,  la  manger  & l’accompagner  d’un  bon  Verre  de  Vin» 


D 


Mais 


i6  TABLE  LX.  Uiï  petite  Goutte  de  Lait  de  Carpe. 

Mais  pour  venir  à l’Experiment  même  ; je  n’ai  rien  vû  à travers  les 
Nro  5.  4.  2c  5.  Avec  Nro  2,  j’ai  apperçu  quelques  Mouvement  de  certains 
Corpufcules  clairs  & de  Figure  ronde.  Et  avec  les  Nro  1.  & o.  j’ai  dé- 
couvert enfin  les  Animalcules  & leur  Mouvement  libre. 

Or  voici  comment  il  s’  y faut  prendre  pour  imiter  cet  Experi* 
ment  avec  facilité. 

L’on  prend  d’abord  une  Carpe  Laite'e,  ou  mâle;  On  l’ouvre  le  long 
du  Ventre,  depuis  la  Tête  jusqu’  à la  Queue,  en  la  tenant  renverfée  fur 
le  Dos.  L’on  en  tire  la  Laite,  que  l’on  fépare  du  Refie  des  Entrailles,  & 
l’on  en  met  ce  qu’on  juge  à propos  dans  une  TafTenette. 

La  Laite  de  la  Carpe  eft  à la  Vérité'  couverte  d’ une  petite  Membrane^ 
qui  la  contient,  comme  celle  de  Y Ovaire  ; mais  il  n’eft  pas  befoin  de  la 
lever.  11  n*  a qu’  à y faire  un  trou  avec  un  Tuïau  de  Plume  non  taillée, 
ou  avec  le  Bout  du  petit  Doigt,  Il  fort  de  ce  Trou  une  Liqueur  blan* 
che  & flluide,  qui  coule  dans  la  TafTe  & que  je  prends  pour  la  Sperme  de 
la  Carpe.  L’on  en  met  à peu  près  de  la  GrolTeur  d’une  Lentille  fur  le 
Porte-Objet , & on  l’examine  par  les  Nro  1.  ou  o.  les  CrofTiffemens  moin- 
dres ne  fuffifant  pas,  afnfi  que  j’ai  infinué,  à voir  vivre  ces  petits  Ani- 
maux. Mais  Nro  o.  en  fera  obferver  une  Infinité  qui  fourmillent  en- 
femble.  Que  fi  l’on  délie  avec  de  l’Eau  cette  Alajjè  étant  fur  le  Verre., 
on  en  apperçoit  des  Individus  , qui  fe  iéparent  de  la  Troupe,  &:  cui  fe 
meuvent  par  des  Marches  en  Rond,  en  Lignes  fpimles , droites,  obliques  & 
■tortueufes;  ainfi  que  je  les  ai  fait  graver  fur  cette  6orre  Eflampe  tout 
au  tour  de  la  Majje. 

Quant  aux  Obfervations  que  j’ai  faites  fur  les  petits  Animaux  /permet- 
tiques,  je  renvoie  le  Lecleur  à Deux  Pièces  , que  j’en  ai  publiées*.  Jon- 
fion , Blaife,  Rondelet,  Ruijcb  & Petit  ont  donné  aulTi  des  Hifloires  de  la 

Carpe, 

* 1.  OMcrvstioîis  phifiques  fur  les  petits  Animaux  Spermatiques,  faites  avec  les 

meilleurs  Microfcopes  p.  M F.  L.  1 7fd. 

2 EfTai  d'une  fnlide  Apologie  des  Animaux  Spermatiques  Nuremberg  1758. 

NB.  Ces  deux  Titres  font  traduits  de  d Allemand. 


TABLE  LXI.  Un  peu  de  l’Ovaire  d’une  Carpe.  x'ç 

Carpe.  La  Récenfion  des  Ecrits  du  dernier  Te  trouvé  dans  le  Commerce 
littéraire  * où  j’  ai  trouvé  la  Defcription  fuivante  de  la  Laite  de  ce  Poijjbn: 
„ C eft  une  partie  de  la  Carpe  mâle,  confiftant  en  deux  parties  inégales , qui 
„ font  les  Tefticules,  oh  la  Semence  eft  Séparée  **. 

Je  pourrai  avec  le  Tems  Toucher,  encore  quelque  chofe  des  Animal- 
cules Spermatiques , & répondre  à quelques  nouvelles  Objeélions. 

La  Semence  de  la  Carpe  Ce  préfentc  ici  a)  de  Grandeur  naturelle, 
& b)  bien  grofîie  par  Nro  o. 

TABLE  LXI. 

Un  peu  de  l’Ovaire  d’une  Carpe. 

Peut  être  Perfonne  n’a  jamais  tant  aimé  à voir  faire  des  Experimens 
fur  les  Poiffons , que  ma  Femme.  A’  peine  y- avoit-  il  deux  Jours 
que  j’avois  fait  celui  delà  Laite  de  Carpe  ; qu’elle  vint  me  demander,  d'un 
air  qui  fentoit  fon  Envie  d’en  manger,  s’il  ne  me  faudroit  pas  bientôt 
quelque  Poijfon  pour  mes  Obfervations  Microfcopiques.  Comme  je  n’ 
avois  fait  encore  aucun  Fffai  fur  la  Carpe  femelle  ; je  ne  fus  pas  fâché  de 
faire  d’une  Pierre  deux  Coups,  en  fatisfaifant  d’un  côté  l’Apetit  de  mon 
Epoufe  & de  l’autre  ma  Curiofité.  Je  lui  répondis  donc,  qu’oui  & que 
la  dernière  aïant  été  une  Carpe  laitée , j’en  voudrois  aujourd’hui  une  Oeu~ 
vée.  Celle  ci  fut  ouverte  comme  la  précédente,  j’en  tirai  l’Ovaire,  & 
après  en  avoir  mis  peut-être  la  Centième  partie  fur  une  Afîiette  propre, 
j’abandonnai  tout  le  Refte  à ma  petite  Moitié,  qui  m’en  fît  un  fouper  déli- 
cieux, pendant  que  je  m’occupai  à examiner  foigneufement  les  Oeufs  de 
cette  Carpe.  Il  n’y  - a qu’  à prendre  de  cet  Ovaire  de  la  Groffeur  d’une 
Lentille , le  mettre  fur  un  Porte-Objet  fimple,  le  regarder  par  Nro  f.  & l’on 
verra  déjà  parce  Grcffifîement  modique,  Quantité  de  Globules  d’un  Jaune 

D t pâle, 

* Ann.  1739.  Hebd.27.  28,29.  30.  P.112.  221.227.238. 

**  La&es  pars  funt  cyprini  maris  duobus  conltans  corporibus  albis  ad  modum  irregu- 
laribus,  funt  hæc  eorpora  tefticuli  in  quibus  femen  feparatur. 


*8 


TABLE  LXI.  Un  peu  de  l’Ovaire  d’ une  Carpe, 

pâle,  dont  la  Figure  revient  à celle  de  l'Orange,  & qui  font  conférves  & 
enveloppés  dans  un  Réfeau  trelfé.  Que  fi  on  veut  l’examiner  dans  ua, 
Grolîiffement  plus  confidérable,  l’on  trouvera  ces  Globules  pleins  de  pe- 
tites Taches  & le  Rézeau  doublement  treffé  3 & je  ne  fais  aucun  doute, 
que  ce:  Experiment  n’ait  dequoi  charmer  les  Yeux  & l’Efprit.  Car 
d’abord  l’on  reconnoît  la  Providence  du  Créateur,  qui  en  enfermant  ces 
Oeufs  dans  une  Enveloppe  en  Forme  de  Rézeau,  a tant  de  Soin  de  les  fi 
bien  rejoindre,  qu’ils  n’en  peuvent  fortir  avant  le  tems,  & ainfi  fe  gâter. 
Enfuite  mon  Efprit  admire  les  foins  qu’a  pour  nousle  Créateur  de  tou- 
tes chofes,  dans  cette  Quantité  incroïable  d’Oeufs.  Tel  Erochei  en  a paf- 
fé  2000.  dans  fon  Ovaire . Et  Mr.  le  Profeffeur  Hannovv  de  Danzig  * 
décrit  dans  fes  Curiofués  certains  Ovaires  de  PoilTons,  & fur  tout  d’une 
groife  Carpe,  qui  contenoit  1036800.  Oeufs.  L’on  peut  voir  un  plus 
grand  Nombre  d’Experimens  , fur  la  Quantité  des  Oeufs  de  la  Carpe, 
dans  le  Commerce  littéraire  de  l'Année  1739.  Semaine  29,  pag.  217.  Quelle 
Bénédiction  du  Créateur  envers  les  Hommes  ! Cette  Obfervation  de 
Mr.  le  Prof.  Hannow  eB:  trop  belle,  pour  ne  pas  regaler  le  Lecteur  de 
quelque  Morceau  remarquable,  qu’il  ne  fera  pas  fâché  de  lire.  Voici 
fes  propres  Termes  : 

„ Suppolé,  que  la  Carpe  ne  fraïe  pas  fon  Ovaire  tout  d’ un  Coup,  & qu* 
,,  elle  n’en  lâche  tous  les  Ans  qu’une  Partie,  quelle  Quantité  d’ Alevins 
„ nefortira-t-  il  pas  d’une  Carpe  ? Une  feule  pourroit  peupler  Cent 
„ Etangs,  chacun  de  9.  à 10000.  Carpes.  Que  fi  l’Ovaire  n’êtoit  que 
„ pour  une  Fraie  & pour  un  An,  cela  feroit  dans  Dix  ans  9.  à 10.  Mil- 
j*  lions. 

„ Mais  fuppofé  encore,  qu’il  n’en  vînt  à bien  que  la  Centième  Par- 

îj  t,ei 

* Ctt'ioütés  naturelles  & œeonomiques  de  Mr.  Jean  Daniel  Titius , Profefleur  ordi- 
naire en  Philofophie  8c  en  Mathématiques  , 8c  Palatin  de  la  Cour  Impériale  à 
l’LInî verfité  de  Wittenberg,  T I.  p.  607. 

NB.  Ce  Titre  eü  traduit  de  F Allemand. 


TABLE  LXI.  Ün  peu  de  l’Ovaire  d’ne  Carpe,  25 

„ tie  ; il  ne  laifleroit  pas  d’ y-avoir  un  Gain  très  Confiderable  à faire 
„ fur  une  Carpe  mâle  & une  Femelle  ; qu’on  les  Achetât  l’une  & l’autre 
„ i.fl.  & que  la  Fraie  s’en  vendît  au  Bout  de  3.  Ans  à 9.  Gros  la  pièce  , 
„ l’on  pourroit,  fans  Ufurc  illicite,  gagner  dans  1’ Efpace  de  10  à 13» 
„ Ans,  par  ces  deux  Poilfons  dans  les  prémier  Cas,  qui  feroit  le  moin- 
„ dre  2799.  fl.  dans  l’antre  3110.  à la  troifième  Fraie  29990.  & à la 
- ,,  quatrième  3110.  fl.  Mais  pour  cela  il  faudroit  bien  purger  l’Etang 
„ au  Frai  de  tout  ce  qui  dévore  le  Poiflon,  tel  que  les  Brochets , les 
„ Perches  &c.  & tâcher  d’ y introduire  bonne  Nourriture. 

‘ . Il  cft  fur  que  les  Ecrevijfes  ont  tous  les  Ans  leur  Ovaire  nouveau,  qui 
leur  vient  fous  la  Queue  ; mais  lorsque  celle-ci  en  eft  pleine,  l’on  n’en 
trouve  aucune  Trace  en  Dedans  ; & une  Ecrevifle  a 120.  130,  jusqu’  à 
i$o.  Oeufs  & même  davantage, 

Leewenhoeck  foutient,  qu’un  Eturgeon  renferme  plus  de  Poiflbns, 
qu’  il  n’y  a d’ Hommes  dans  le  Monde  *. 

Toutes  ces  Confidérations  ne  peuvent  que  remplir  la  Cre'ature  rai- 
fonnable  de  Sentimens  d’Aétions  de  Grâces,  d’Amour,  de  Confiance  & 
de  Vénération  pour  l’Etre  fuprème.  Pour  moi,  tout  ce  que  j’ai  encore 
à dire  au  Sujet  de  cette  Eftampe , c’  efl:  que  dans  a)  l’ on  voit  le  Morceau 
d 'Ovaire,  qui  a été  examiné  de  Grofleur  naturelle  ; dans  b)  leRéfeauqui 
le  renferme  ; dans  c)  les  Oeufs  enveloppés,  groflïs  par  Nro  3.  dans  d) 
un  de  ces  Oeufs  crévé  , & dans  e)  la  Liqueur  fluide , compofée  de  Globules 
comme  le  Sang  ou  le  Lait . 

TABLE  LXII. 

Etincelles  de  Feu  tirées  de  l’Acier. 

Il  paroît  d’abord  ridicule,  qu’on  entende  parler  d’examiner  des  Etincelles 
par  le  Microfcope,  Il-y-a  même  bien  des  Gens  qui  regardent  com- 

3 me 


* Arcan.  Nat.  Ep  ad  Grew,  T,  2.  p.  8 


30  TABLE  LXII,  Etincelles  de  Feu  tirées  de  l'Acier. 

me  paradoxe  la  Poffibilité  d’ obferver  à travers  un  Verre  une  Etincelle 
qui  part  & qui  fe  diffipe  comme  un  Eclair. 

Cependant  bien  loin  que  le  Fait  foit  impoffible,  il  efl  même  très 
aifé  de  voir  groffir  des  Etincelles , de  les  enfermer  entre  les  deux  Ferres 
du  Porte-Objet , & de  les  y conferver,  pour  fes  recherches  quotidiennes. 
En  voici  le  Secret,  qui  efl  bien  peu  de  Chofe: 

L’on  prend  deux  bon  Morceaux  de  bon  Acier;  plus  ils  feront  fins,  plus 
ils  rendront  les  Etincelles  belles  & brillantes.  L’on  met  fur  la  Table 
une  Feuille  de  Papier  blanc,  dont  on  replie  les  Bords,  de  peur  que  les 
Etincelles  n’en  tombent  ; puis  l’on  prend  les  deux  Pièces  d’Acier,  qui 
peuvent  être  de  bons  Couteaux  joints  enfemble,  des  Limes,  des  Fufils  &c. 
& l’on  bat  à bon  Comte  du  Feu  fur  ce  Papier.  Il- y a du  Plaifr  à voir 
familier  ces  Etincelles  luifantes  ; mais  dans  l’ Inflant  l’on  n’  apperçoit  au 
Lieu  d’Etinelles,  que  de  petits  Points  noirs , plus  menus  que  la  Poulîière* 
L’on  examine  cette  PouJJière  par  le  Microfcope  compofé  ; car  elle  n’effc 
pas  transparente  ; On  peut  la  mettre  auffi  fur  la  Table  du  Microfcope 
univerfel,  ou  de  Mufchenbrock,  de  même  que  dans  le  Plateau  du  Microf- 
cope en  forme  de  Compas  félon  que  l’Amateur  pratique  efl  fourni  de  ces 
Inftrumens  j & i’On  fera  furpris  de  la  Diverfité  des  Figures,  qui  fe  pré- 
fenteront  à l’Oeil  armé.  11  efl  impoffible  d’en  copier  les  Couleurs.  Le 
Bleu  d' Acier,  le  Rouge  & P Argenté  en  font  les  Principales  j les  autres  don- 
nent dans  un  Efpéce  de  Bronzé  approchant  du  Bismuth  - colombin.  J’ai  ap- 
perçu  parmi  des  Bouquets  de  Muguets,  dont  les  Fleurs  n’étoient  pas 
encore  éclofcs. 

L’on  y trouve  quantité  de  Boules  d’ Acier  & d' Argent  grandes  &:  peti- 
tes, & les  autres  fe  peuvent  mieux  voir,  que  décrire.  Les  Etincelles, 
que  voici  , aïant  été  tireés  de  l’Acier  & de  la  Pierre  à Feu  ; cette  62me 
Eflampe  montre  dans  a)  les  Parcelles  qui  ont  éclaté  de  la  Pierre  ; dans 
b)  diverfes  Etincelles  qui  refTemblent  à de  f Acier  fondu,  & dans  c)  la  Crof- 
feur  naturelle  de  ces  Etincelles,  que  j’ai  fidèlement  delfinées,  d’après  les 

diver- 


TABLE  LXII.  Etincelles  de  Feu  tirées  de  l’Acier. 

«Hvcrfes  Obfcrvations , que  Mr.  1*  Entrepreneur  & moi  en  avons  fai- 
tes. 

D’  où  vient  que  ces  Particules  d’ Acier  étoient  d’abord  de  feu  ? c’eft 
ce  que  nul  Amateur  de  la  Phifique  n’ignore.  C’ell:  une  vérité  reçue 
depuis  long-tems,  qu’il- y-a  du  Feu  renfermé  dans  toutes  les  Matières  du 
Monde,  qu’on  voudra  foumettre  à l’Epreuve-  De  là  vient  auffi  que  le 
Ter , Acier,  le  Cuivre,  l'Etain  & le  Plomb  fe  biffent  aplattir  & alongcr,  ce  qui 
ne  fe  pourroit  faire  fans  le  Secours  du  Feu  , qui  eft  renfermé  dans  ces 
Métaux  * Qu’il-y-a  du  Feu  dans  l’Homme  meme  ; c’  eff  ce  que  /’ Electri- 
cité nous  prouve  par  une  Infinité  d’Experimens.  Differens  Artiftes  & 
Gens  de  profeffion,  nous  montrent  aufîx  tous  les  Jours,  en  travaillant 
au  Tour  ou  à la  Lime , que  la  Friétion  de  deux  Corps  durs  produit  du  Feu. 
La  Nature  a elle  même  appris  aux  Peuples  les  plus  fauvages  cette  Ma- 
nière d’ en  avoir  ; car  ils  prennent  deux  pièces  de  Bois  & les  frottent 
l’une  contre  l’auttre,  jusqu  à ce  qu’elles  s’alument.  Et  nôtre  Manière 
de  battre  du  Feu  ne  diffère  guères  de  la  leur.  Nous  prenons  deux  Piè- 
ces d’Acier,  ou  une  Pièce  d’Acier  & une  Pierre,  nous  les  battons  & nous 
en  tirons  des  Etincelles,  qui  alument  notre  Mèche  ou  nôtre  Amadou.  Si 
quelcun  doute  encore  que  ces  particules  d’Acier  foient  de  véritables 
Etincelles  produites  par  une  Friïïion  forte  ; il  n’a  qu’à  prendre  un  Morceau 
d' Antimoine  & le  faire  fondre  avec  deux  fois  autant  de  Fer  ; puis  atta- 
cher cette  Malle  à l’Eftoc,  & paffer  deffus  une  forte  Lime  neuve  ; alors 
il  verra  la  Table  innondée  d’un  Déluge  d' Etincelles  qui  fortiront  d’entre 
la  Lime  & Ylfloc  ; lesquelles  alumeront  même  le  Papier.  Le  Curieux 

d’Expe- 

♦ Quelque  inconîeftablc  que  foit  tout  ceci  ; il-y-a  cependant  on  Savant  Rufle  nomme' 
Lomonofow  qui  a combattu  cette  Vérité  dans  une  Differtation  qui  a été  publiée 
dans  le  Tome  I.  Novjsrum  Comentariarum  Academies  Sri  en  t i a ni  m Petropolitance 
pag.  206.  feqq.  ou  Mais  Mr.  Arnold  Frofeflfeur  à Erlang  F a réfuté  par  un  Ou- 
vrage aufïifavant  que  folide.  intitulé: 

Exercit.  Phific.  de  Calore  metu  particularum  corporis  eoque  rotatorio  circa 
axes  ncutiquam  explicando.  Erlang*  1754, 


3 * TABLE  LXIII.  Une  Punaife  qui  ne  fait  que  d’éclore. 

d’Experimens  de  cette  Nature,  peut  confuiter  *.  Nollet , **  Mufçben- 
brock , ***  Boerhave  & tant  d’ autres. 

TABLE  LXIII. 

Une  Punaife  qui  ne  fait  que  d’éclore. 

Il -y- a plufieurs  Raifons,  qui  m'ont  porté  à préfenter  encore  une  Fois 
cet  Infede  au  Ledeur  ; Prémièrement  parce  que  je  Pavois  promis 
dans  la  LIIme  Table  ; en  fécond  Lieu,  parce  que  j’ai  crû  ne  lui  rien  pré- 
fenter de  trop  commun,  en  lui  deflinant  une  jeune  Punaife  avec  l’Oeuf 
d’ou  elle  vient  de  fortir,  foit  pour  fes  Couleurs , foit  pour  fon  aiguillon  & 
pour  d’autres  Obfervations  qui  s’y  rapportent.  Je  m’acquite  donc  & 
allure,  fondé  en  Expérience,  que  les  Punaifes  des  deux  Sexes  font  mu» 
nies  d’Aiguillons , alîés  difîciles  à découvrir,  étant  toûjurs  couchés  le 
long  de  la  Poitrine,  & qu’il  faut  mettre  la  Punaife  fur  le  Dos  , pour  le 
Voir,  car  au  prémier  Coup  d’Oeil,  je  l’ai  pris  moi  meme  plufieurs  Fois 
pour  une  Partie  de  la  Jambe, 

Il  faut  certainement  un  grand  Fond  de  Patience,  une  Vue  bien  fine 
& une  Main  bien  lefte,  pour  couper  cette  Partie,  entièrement  impercep- 
tible à l’Oeil  nudy  afin  de  la  pouvoir  mettre  dans  un  Porte-Objet  & de 
l’examiner. 

Ce  Delfein-çi  eft  fait  d’après  une  Punaife , qui  n etoit  édofe  que  3, 
heures  auparavant. 

Parmi  bon  Nombre  de  Vieilles  & jeunes  Punaifes,  que  m’envoïa  un 
Homme,  dont  la  Maifon  en  eft  toute  empêtrée,  & que  je  mis  dans  un 
Verre  ; il  fe  trouva  par  Bonheur  tout  un  Nid  d' Oeufs  de  Punaifes.  Je  le 
mis  d’abord  fous  1 1 Verre  Oeconomique , & je  le  vis  compofé  de  Particules 
de  Paille  & de  Plume , entre  lesquelles  les  petits  Oeufs  blancs  êtoient  com- 
me gardés. 

Le 

* Leçons  de  Phyf.  experimcnt.  T.  4.  P.  ij8.  Amft.  1749. 

**  Traité  de  Phylîque  par  Mufchenbroclc  T.l.  C«  2<5,  If.  2i6,  Edit.in4._Leyden  173p. 

***  Traité  de  la  Chimie. 


33 


TABLE  LXI1I.  Une  Punaife  qui  n§  fait  que  d’ éclore. 

Le  Lendemain  voulant  encore  vifiter  ce  Nid,  j’y  appercus  quelque 
petit  Mouvement , puis  en  regardant  de  plus  près,  je  vis  un  Oeuf , qui 
s’ouvroit  par  en  haut  , & qui  laiffoit  pendre  derrière  lui  un  Couvercle 
rond,  ce  qui  relTembloit  à une  Cruche  couchée,  dont  le  Couvercle  feroit 
ouvert.  Ce  Couvercle  levé  à la  Pointe  de  l'Oeuf \ je  découvris  au(Ti*tôt 
un  petit  Point  blanc,  qui  Grouilîoit  & qui  fortoit  de  ce  Sachèt,  au  lieu 
que  je  m’ attendois  à un  Fer  brun.  Quelques  Minutes  après  ce  Point  fe 
développa,  il  étendit  une  7 été,  des  Jambes,  & fe  mit  enfin  à marcher  aufii 
vite,  que  la  plus  grolTe  Punaife . 

Cet  Animalcule  ne  garde  fa  Blancheur  qu’environ  i.  ou  3.  Jours,  puis 
il  jaunit,  & prend  infenfiblement  la  Couleur  des  Vieilles  Punaife 

Je  n’ai  pas  encore  pu  découvrir  leur  Manière  de  s’apparier  ou  de  fe 
féconder  ; mais  il  efi  facile  de  diftinguer  leur  Sexe. 

Au  refie  rien  de  plus  aifé  que  d’avoir  de  jeunes  Punaifes , quand  on 
en  veut.  Il  n’y-a  qu’à  en  mettre  une  demi  Douzaine  de  Vieilles  fous  un 
Verre  Oeconomique,  & les  y lailfer  un  Couple  de  Jours  & puis  en  les 
vifitant , l’on  trouvera  au  Fond  Nombre  de  petits  Points  de  Couleur  d’ 
Argent  & faits  en  Sacs  ; ce  font  là  les  Oeufs  de  Punaife  s,  lefquels  éciofent 
au  Bout  de  3 à 4 Jours, 

Explication  de  l’ Eftampe. 

a)  efi  la  jeune  Punaife  de  grolfeur  naturelle, 

b)  la  même,  grofiie  parNrof,  où  l’on  voit 

c)  la  Mâchoire  en  forme  de  Pinces  ;d)  ï Aiguillon  à 3,  Jointures,  qui 

y tient  & qui  efi  couché  fur  la  Poitrine  3 

e)  les  deux  Teux  fertans  comme  ceux  de  l’EcreviiTe  & faits  en 

Grappe  ; 

f)  les  Antênes  avec  leurs  4,  Jointures  ; g')  les  €.  Pies  qui  ont  auffi 

chacun  4.  Jointures , & qui  tiennent  tous  aux  deux  Côtés  de  la 

Poitrine  j 

h)  le 


E 


34  TAB.  LXIV,  & LXV.  La  Graine  du  Sapin  rouge  & la  Chenille, 

h)  le  Nid  avec  les  Oeufs,  un  peu  au  delà  de  la  Grandeur  naturelle  3 
i)  un  Oeuf  d’après  Nature  ; 

k)  le  même  fort  groffi  & avec  V Ordure  qui  y tient.  1)  La  Partie 
naturelle  de  la  Femelle , ou  le  Bas  du  Corps  3 m)  le  Membre 
viril  ou  le  Derrière  du  Male  ; l’un  & 1’  autre  examiné  fur  de  Vi- 
eilles Punaifes  & grolli  par  Wro  3.  n)  Aiguillon  au  naturel; 
o)  groffi  par  Nro  1.  où  l’on  remarque  les  deux  $ucfoirs , qui 
le  traverfent,  & le  Poil  dont  il  eft  garni. 

TABLES  LXÏV.  & LXV. 

La  Graine  du  Sapin-rouge  & la  Chenille,  qui  la  dé- 
truit , avec  fa  Métamorphofe  en  Tigne. 

Cette  Obfervation  a été  occafionnée  par  la  Queftion  fuivante , que 
T on  m’  a faite  : 

„ Sil’onferoit  bien  en  Etat  de  découvrir,  par  le  Microfcope,  dans 
5,  la  Graine  du  Sapin  & du  Pin  quelques  Traces  de  l’Arbre  qui  en 
î5  doit  naître  ? 

Sur  ce  que  la  Réponfe  que  je  fs,  marquoit  beaucoup  de  Doute,  je 
fus  exhorté  à examiner  moi-même  cette  Graine ^ & en  même  tems  l’on 
m’en  envoïa  une  petite  Provifion.  Mais  à peine  en  eus-je  mis  quelques 
unes  fous  le  Verre  O economique , qu’en  y jettant  feulement  les  Yeux,  j’ap- 
perçus,  que  prefque  tous  les  Grains  en  êtoient  rongés  des  Vers  en  bas  vers 
le  Germe  ; ainfi  que  je  fai  montré  entre  autres  dans  k)  & m)  de  la  Tab. 
LXIV. 

Quelque  temps  après  un  foonête  homme  de  Forêtier  eut  la  bonté 
de  me  procurer  quantité  de  Pommes  de  Sapin  tout  fraîchement  ramaffiées 
dans  le  Bois.  11  fe  plaignit  en  même  Tems  de  ce  qu’il  n’y  - avoit  pref- 
que pas  une  de  ces  Pommes , où  l’on  ne  trouvât  des  Chenilles , des  Vers  ou 
des  lignes  3 & pour  Preuve  il  en  fendit  piufieurs  en  ligne  perpendicu- 
laire 


j 


y 


qui  la  détruit,  avec  fa  Métamorphofe  en  Tigne.  35- 

laire  de  haut  en  bas;  & de  Cinq,  il  «e  s’en  trouva  qu’une  qui  n’eût  point 
de  Chenille  & qui  fût  bonne. 

J’ai  fait  graver  fur  cette  6411e  Efcampe  a)  une  Pomme  de  Sapin  par  de- 
hors, & b)  par  dedans  de  Grandeur  & Figure  naturelle,  & pour  la  Li- 
aifon,  je  m’en  vai  donner  tout  de  fuite  l’Explication  des  Figures  & des 
Lettres  de  cette  Table,  en  me  reTervant  de  mettre  à la  Fin  le  Refie  de 
cette  Matière, 

a)  Répréfente  donc  la  Pomme  de  Sapin  au  naturel,  avec  fes  Ecailles  ex- 

térieures & quelques  Feuilles; 

b)  la  même  confidérée  par  dedans  , laquelle  répréfente  dans  c)  la 

Moille  brune  ou  1‘ Axe  autour  duquel  les  Vaiffeaux  à Graine  &c  les 
Ecailles  étoient  plantées. 

d)  efl  un  Vuide,  dans  lequel  avoit  été  une  Chenille. 

e)  marque  un  Trou,  que  s’efl  fait  une  Chenille  pour  parvenir  à un 

Grain  de  Semence t qui  étoit  auprès  ; f)  efl  un  Tiffu  en  Forme  de 
Sachèt  où  fe  tient  la  Chryfalide. 

g)  montre  cette  Envéloppe  à Chryfalide  ouverte,  par  où  efl  Sortie 
la  Chryfalide  devenue  Tigne  ; h)  font  2,  de  ces  Sachets  deffêchés 
& gâtés. 

i)  en  efl  encore  un,  d’où  fort  le  Derrière  d’une  Chryfalide.  k)  C efl 
la  Partie  antérieure  d'un  Grain  de  Semence  entamé,  avec  fon  Aile 
argentée  ; 1)  en  efl  la  poflérieure  ♦ m)  efl  un  Grain  de  Semen- 
ce fans  Aile  ; n)  efl  non  feulement  une  Ecaille  telle,  qu’elle  pa. 
roît  en  dedans  avec  fes  deux  Grains  de  Semence  ailés  ; mais  en- 
core avec  le  Trou  au  bas , par  lequel  la  Chenille  fe  fait  jour  jus- 
qu’au Grain  ; o)  défigne  une  Ecaille  par  dehors. 

p)  efl  une  Copie  exaéle  de  cette  Chenille , vorace,  répréfentée  fous 

deux  Attitudes  differentes, 

q)  en  efl  la  Chryfalide , & 

r)  enfin  la  Tigne,  qui  en  efl  fortie. 

E 2 


3 6 TAB.  LXV,  La  Graine  du  Sapin  & la  Chenille  qui  la  détruit, 

Après  avoir  répréfenté  tout  ce-ci  d’après  Nature  dans  cette  Fftawpe, 
on  va  le  voir 

TABLE  LXY, 

dans  tout  Ton  Grofiifiement. 

a)  & b)  font  les  deux  Parties  d’un  Grain  de  Semence  de  Sapin  coupé 
en  long,  avec  Ton  Germe  dans  b),  lequel  il  fe  voit  dans 

c)  groiTi  par  Nro  4.  Mais  comme  la  Structure  de  ce  Germe  en  for- 
me de  Rézeau , magnifique  à voir  par  Nro  i. , y prend  un  Grof- 
fiffcment  qu’  on  ne  fauroit  mettre  en  entier  fur  un  Quart  de 
Feuille';  je  n'en  ai  répréfenté  qu’une  petite  Partie  d)  Tout  le 
Germe  fe  préfentant  de  la  même  Façon  dans  ledit  Nro  i.  Quand 
le  Germe  eil  frais  & plein  de  Sève,  ce  Rézeau  ne.  fe  rémarque  pas 
fi  facilement  mais  au  Bout  de  quelques  jours,  qu’il  eft  deiTê* 
ché,  l’on  ne  peut  fe  1 aller  d’en  admirer  la  firucuire.  Ce  Germe 
a la  Tête  cour  nnée  de  Cafés,  qui  reftemblent  à un  Oeillet  parla 
Compreflion  des  deux  Verres  du  Porte  Objet.  J’ai  vu  avec  Ad- 
miration dans  une  Chambre  obfcure  ce  Germe  avoir  Cinq  Pies 
de  haut  à travers  le  Microfcope  folaire  Nro  3. 

e)  Eft  la  Chrjfalide  & f)  la  Chenille, grofiies  par  Nro  4.  Cette  Chenille 
a la  Tête  dure  comme  de  la  Corne,  les-Yeux  rouge-brunâtres, 
comme  ceux  de  la  Mouche  j la  Mâchoire  forte  avec  deux  Pin- 
ces tranchantes.  Sur  le  Devant  vers  la  Tête,  elle  a 6.  Pics 
crochus  • &plus  bas  elle  en  a encore  \i.  plus  larges  & reiTem- 
blant  à une  Couronne  émouffée.  A l’Extrémité  de  la  dernière 
jointure,  elle  a,  pour  fe  prendre,  un  Crochet  fort  & recourbé  en 
bas,  & toute  la  Chenille  efi;  divifee  en  12.  Anneaux. 

L’entière  Métamorphofe  s’en  fit  au  Bout  de  4.  Semaines  à compter 
du  jour  que  je  îa  pris  moi  même  d' une  Pomme  de  Sapin  & que  je  la  mis 
dans  un  petit  Verre  à Confcrve,  où  je  îa  nourris_de  reui!les  & d’ Ecailles  de 
cet  Arbre,  Elle  vécut  dix  Jours  d’Ecailies  & de  Feuilles,  allant  toujours 


37 


TABLE  LXVI.  avec  fa  Métamorphofe  en  Tigne; 

» 

en  diminuant,  de  forte  qu’à  la  Fin  elle  fe  retira  tellement,  qu’elle  n’avoit 
prefque  plus  Figure  de  Chenille  ; le  n,  jour  la  Chryfalide  fut  toute  for- 
me'e.  D’abord  elle  étoit  jaune  puis  elle  devint  d’un  brun  Châtain  , en- 
fuite  & furtout  la  Veille  du  Jour,  qu’elle  s’ou/rit  , elle  etoit  noirâtre» 
Enfin  au  Dixfeptième  Jour,  la  Chrysalide  s’ouvrit  fur  le  Devant,  & il  en 
fortit  une  Tigne  à Raies  noires  & blanches,  & luifante  comme  l’Argent, 
Après  avoir  repouffé  la  Coque  vuide  , elle  deploïa  peu  à peu  fes  belles 
Aï1  es , elle  étendit  un  Pié  après  l’autre , & dans  un  Quart  d’ Heure  elle 
fut  à même  de  Voltiger  dans  le  Verre,  pour  chercher  fa  Liberté  & fe 
dérober  à ma  Curiofité,  Je  n’ai  deffiné  fur  cette  6f  Eflampe  qu’une 
feule  Jambe  de  cette  Tigne  par  NTro  4.  g)  en  montre  la  Grandeur  naturelle  ; 
& h)  fon  Groffiffement  avec  fes  Plumes,  J’y  ai  trouvé  encore  4.  P és 
particuliers,  que  j’ai  pris  pour  des  Crochèts,  par  le  Moïen  defquels  la 
Tigne  peut  marcherfûrement  par  tout  & même  fur  le  Verre  le  plus  uni. 

Il  auroit  peut-être  fuffî,  d’avoir  deffiné  les  Plumes  de  cette  ligne  avec 
fa  Jambe.  Mais  quelques  uns  de  mes  illuilres  Correfpondans  m’  aïant 
témoigné  quelque  Doute  fur  la  Poffibiîité  de  préparer  des  Verres,  qui 
puiîent  groffir  les  Plumes  de  la  Tigne  jusqu’  à 4.  Pouces  de  haut,  ainfi  que 
jefavois  affûré  au  Public  dans  les  Recueils  de  Franconie , & dans  mon  Fjjai 
d'une  folide  Apologie  des  Animaux  fpermatiques  ; je  me  fuis  vu  obligé,  fur 
tout  aïant  une  Tigne  entre  les  Mains,  de  reprendre  cette  Observation,  & de 
donner  fidèlement  dans  cette 

TAELE  LXVI. 

les  Plumes  de  ce  petit  Oifeau  de  Nuit,  dont  la  GrofTeur  naturelle  fe  voit  Tab. 
LX1V.  Fig.  r.  telles  que  je  les  ai  vues  par  mon  Microfcope  de  Streicler 
Nro  o,  o.  au  Leéteur  pour  en  faire  l’Objet  de  fes  Récherches  &:  de  fon 
Examen , en  juflifiant  en  même  tems  mes  Obfervations  & la  Force  du 
petit  Verre,  dont  je  viens  de  parler.  Le  Le&eur  aura  donc  la  bonté  d’ 
être  affuré,  que  la  Plume  a)  de  cette  Eftampe , quelque  groffie  qu’elle  pa- 
rciffe , n’a  cependant  rien  d’outré,  & qu’elle  eft  telle  que  plufieurs  de 

E 3 mes 


38  TABLE  LXVI,  La  Graine  du  Sapin  & Chenille  que  la  détruit, 

mes  Amis  & moi  l’avons  Vue  & examinée  par  le  Nro  oo.  queMr.  le  Can- 

didat  Streicber  m’a  fabriqué.  Les  deux  Plumes  b)  c)  qui  font  aux  deux 

Côtés,  font  du  Dos  de  la  Tigne  & paffent  les  4,  Pouces  ; je  ne  parle  pas 

ici  du  Microfcope  folaire,  mais  du  Manuel  de  IVilfon.  Les  petites  Plumes 

de  diverfes  Figures,  dont  la  plupart  tirent  fuNr  la  Couleur  de  Cendre 

& fur  le  brun  , font  prifes  du  Deifous  de  l’Aile  fupérieure  , ou  de 

Pinférieure,  ou  du  Ventre,  ou  des  Franges  qui  bordent  l’Aîle  fupé- 

rieure,  & ont  été  marquées  d)  e)  f)  g)  h)  i)k)  1)  & m).  Il  eft  plus 

/ 

a i Té  de  les  voir  & de  les  admirer,  qu’il  ne  l’efl  de  les  peindre  & de  les 
décrire.  Ce  que  l’on  peut  difcerner,  c’eft  que  les  principales  Couleurs 
de  cette  Tigne  font  le  rouge,  le  violet,  l’argent,  le  brun  de  Paille,  & que 
ce  n’efl  qu’à  la  Vue  qu’elles  fe  préfentent  tantôt  plus  foncées,  tantôt 
plus  claires.  Ces  Plumes  font  difpofées  en  Ordre  prismatique  dans  les  Ailes 
fupérieures  & aux  Fiés  ; c’efl  ce  qui  fait,  que  l’Oeil  nud  les  trouve  noi- 
res & Couleur  d’Argent,  comme  dans  le  Papillon  changeant ♦ 

Du  refie,  je  puis  affûter  avec  Certitude  à qui  douteroit  encore  du 
Groffiifement  de  ces  Objets,  & de  la  bonté  du  Verre , que  la  Tigne , le 
plus  petit  des  Oifeaux  de  Nuit,  efl  celui  qui  aies  plumes  les  plus  longues; 
& que  les  Verres  de  Mr.  Streicberoo.  rendent  très  fenfibles  à la  Vue  non 
feulement  les  Raies  en  long,  mais  aufii  celles  de  Traverfe  (Strias  & contra 
Strias ) des  Plumes  de  Quantité  d’autres  Papillons,  dont  je  me  propoTe  de 
donner  encore  quelques  Preuves  avec  la  Permifiion  des  Amateurs. 

L’Explication  de  ces  trois  Efiatnpes  étant  donc  finie,  je  m’émanci- 
pe'de  faire  fur  la  Graine  & le  Fruit  du  sapin , rouge  & blanc  quelques  Ré- 
marques, qui  pourraient  échaper  à bien  des  Gens,  qui  Vont  le  plus 
fouvent  da,ns  les  Forêts.  Nous  allons  nous  promener  dans  les  Bois  pour 
confidérer  la  Beauté  des  Arbres  , qui  les  compofent  ; & bien  fouvent 
nous  n’  en  favons  pas  faire  la  Différence.  Nous  en  avons  par  Exem- 
ple ici  près  dans  nos  Forêts  de  Nuremberg,  plufieurs  Sortes, 

qui 


I 


39 


TABLE  LXVI.  avec  fa  Me'tamorphofe  enTigne, 

qui  ont  de  laRelfemblence  entre  eux  pour  la  Feuille  ,-mais  qui  fe  diftinguent 
parfaitement  par  les  Marques  Caraélériftiques  de  leur  Ejpece , il  y-  a,  p,  c. 

1.  la  Sapin  rouge,  puis 

2.  le  Sapin  blanc  ; l’un  & l’autre  s’appellent  en  latin  Abies 

3.  le  Pin,  en  Latin  Pinus  & 

4.  la  Méléfe,  en  Latin  Larix. 

La  Sapin  rouge  fe  diftinque  du  Blanc  principalement  par  fon  Fruit. 
Celui  du  Rouge  pend  fous  le  Rameau  la  Tête  en  bas  ; H:  Blanc  au  con- 
traire porte  le  Sien  fur  le  Rameau,  la  l ête  en  haut,  comme  font  les  Cè- 
dres du  Liban.  T)e  là  vient  auffi  que  tant  d’habile  Botaniftes  ont  mis 
dans  la  ClafTe  des  Sapins  ( Abies ) ces  fameux  ledrcs  fi  vantés  dans  la  Sain- 
te Ecriture» 

Le  Chevalier  Lintueus,  célèbre  Naturalise  Suédois,  a voulu  abolir 
le  Nom  de  Cedre , & appeller  tous  les  Arbres  de  cette  Efpèce,  dont  les 
Feuilles  fe  relfembloient  , d’abord  du  Nom  à'  Abies  & enfuite  de  celui  de 
Pinus  *.  Les  Anciens  même  ontfait  au  Genévrier  l’Honneur  dele  mettre 
dans  la  ClaiTe  des  Cedres  & de  l’ appeller  Cedrus  bacciftra.  Matthiolus 
même,  en  travaillant  fur  Diofcorides , ne  lui  a pas  donné  d’autre  Nom. 
Mais  nôtre  illuftre  Confeiller  Trew , qui  s’eft  rendu  fi  célébré  dans  le 
Régné  des  Plantes  & qui  en  a fi  bien  mérité  par  fes  excellens  Ouvrages  de 
Botanique  n’eft  point  du  tout  pour  cette  Diilribution  5 & il  a prouvé 
dans  un  Traité  plein  d’ Erudition  **,  qu’il  étoit  plus  incommode  quJ 

utile 

* De  Gen  pl.  Edit.  ÏI.  n.  917.  & Edit.  V.  n.  iooj.  Spee.  p3.  1039.  feqq  n,  2.  3.  9, 

**  1r  novis  Aâis  Acad.  Cæf.  Nat.  Curiof.  T.  I.  An.  1757.  Obf.  CI.  p.  409.  Dn.  D, 
Chr.  Jae.  Trcw,  Cara&eves  Cedri  Muntis  Liban!  eum  iliis  Laricis  abjetispini- 
que  comparât. 

Ce  Traité  a paru  à part  intitulé  : Cedrorum  Libani  Hiftor.  earumque  Carasfîer  bo= 
tanicus  cum  ilio  Laricis,  abjetis  pin.  compar.  acceeüt  brev,  Difquiiît,  an  hsc 

arbq^r 


40  TABLE  LXVT,  La  Graine  du  Sapin  & la  Chenille  qui  le  détruit, 

utile  aux  Savans,  de  donner  un  Seul  Nom  à tant  d’ Efpèces  différentes 
d’Arbres  & d’Arbriffeaux , & de  les  confondre  dans  une  Claffe,  étant 
aulîi  facile  qu’il l’eft,  de  trouver  & de  reconnoître  le  Caractère  diflin- 
£tif  de  chaque  Efpèce,  clés  qu’on  veut  bien  fe  donner  la  peine  de  le  cher- 
cher. Ce  Naturalise  infatigable  n’a  épargné  ni  Soins,  ni  Peine,  ni  Appli- 
cation, pour  exaétement  examiner,  diffe'quer  & décrire,  foit  l’Oeil  nud, 
foit  à l’Aide  des  meilleurs  Microfcopes,  toutes  les  Parties  des  Arbres  qui 
ont  quelque  Rapport  entre  eux  ; c’eft  à dire  du  Cedre,  des  deux  fortes 
de  Sapin,  du  Pin  & delà  Méléfe,  de  leurs  Fleurs,  Fruits  & Feuillles  ; pour 
faire  peindre  fes  Découvertes  d’après  nature  par  d’habiles  Peintres,  & 
pour  enfuite  les  faire  graver  en  Taille-douce.  Ainfi  qu’on  peut  voir  dans 
fon  Hifioria  Cedrorum  <kc . 

Autant  que  les  deux  Efpèces  de  Sapin  fe  diflinguent,  par  leur  Fruit, 
qui  a la  Tête  en  bas  ou  en  haut  ; Audi  facile  eft-il  de  diftinguer  le  Fruit 
du  Pin  d’avec  celui  de  la  Méléfe  ; celui-là  aïant  les  Pommes  plus  greffes 
& plus  fortes,  que  celle-ci  , 8c  même  erï  examinant  attentivement  les 
Feuilles  de  tous  ces  Arbres  ; l’on  y trouvera  des  Caractères  diffinétifs, 
au  Ai  bien  que  dans  leur  Fruit.  Mais  pour  abréger,  je  renvoie  le  Leéleur 
a 1’  Hifioria  Cedrorum  de  ci-deffus  & à fes  Eftampes , où  tout  cela  fe  voit 
très  clairement  démontré» 

Cependant  tous  ces  Arbres  ont,  chacun  dans  fon  Efpéce  , leurs 
Vers , qui  leur  nuifent , en  vivant  de  leur  Sève  & de  leur  Graine.  Je  n' 
entends  pas  parler  ici  des  Chenilles  des  Bois  & des  Oifeaux  de  Nuit,  que 
Mr.  RœjJd  de  Rofmhof  a décrits  j car  ceux-ci  fe  trouvent  dans  le  Bois  ou 
dans  le  Tronc  des  Arbres,  ou  même  dans  les  Noeuds  de  poix  de  Réfine, 
qu’on  voit  fouvent  aux  Rameaux  du  Fin.  Je  ne  parle  que  de  cette 
Efpèce  de  petites  Chenilles  & Lignes  qui  fe  tiennent  uniquement  dans 

la 

arbor  in  facro  Codice  præ  omnibus  celebrata  & vel  Aeres  vel  Berofch  difta 
itemque  an  Græcis  Botanicis  fucrit  cognita  ? cum  Tab.  a?n,  Noriœp,  Impenf, 
'Wolf.  Schwarzkopfii  1757. 


TABLE  LXVI.  avec  fa  Métamorphofe  en  Tigne.  4*' 

la  Graine  & dans  leFruit  de  ces  Arbres.  Car  en  ouvrant  une  Pomme  de 
Sapin  endommagée  parle  Fer,  j’y  trouverai  la  Chenille , que  j’ai  marquée 
Fig.  b)  Tab.  64.  & de  là  la  Tigne  V.  Que  lî  au  contraire  j’ouvre  des 
Crains  de  la  Semence  du  Pin , j’y  trouve  toujours  au  Lieu  de  Chenilles , de 
petits  fers  comme  dans  les  Pommes,  qui  ne  *e  changenFpas  en  Tignes 
mais  plutôt  en  Moucherons  bruns,  que  je  pourrai  donner  dans  la  fuite. 

Il  me  refie  à répondre  à une  Objeélion,  qui  naît  naturellement  de 
cette  Cbfervation  ; c’efl,  comment  eft-ce  que  ces  Chenilles  & ces  Tignes 
peuvent  entrer  dans  la  Moille  d'un  Fruit  fi  dur  & fi  femblable  au  Bois  ? Je  m’en 
vai  en  dire  mon  Avis,  que  je  ne  donne  pas  pour  infaillible.  Je  conje- 
élure,  que  la  Tigne  ou  le  Moucheron  fait  ou  avec  fon  Aiguillon,  ou  avec 
fes  Dens,  un  Trou  dans  ce  Fruit,  pendant  qu’il  eft  iencore  jeune  & ten- 
dre, & qu’il  y fait  fes  Oeufs , La  petite  Chenille  fort  de  la  Coque,  lorsque 
le  Fruit  commence  à meurir , & pénétre  tout  en  mangeant  fucceffive- 
ment  jusqu’à  la  Mode  ou  à la  Graine  ; où  elle  fe  transforme  en  Chryfalide, 

& y demeure,  jusqu’  à ce  que  la  Tigne  fort  par  le  même  Trou  , que  la 
Chenille  étoit  entrée.  Et  de  là  il  fera  aifé  de  conclure,  que  ce  fera  toû. 
jours  Soins,  Peine,  Travail,  & Depenfes  perdues,  que  de  vouloir  pur- 
ger les  Forêts  des  Infectes  grands  ou  petits. 

Avec  tout  cela  le  Mal  que  font  ces  Créatures,  auxquelles  le  Créa- 
teur a donné  les  Bois  pour  Demeure,  & les  Arbres  avec  leur  Fruit 
pour  Nourriture,  n’eft  pas  fi  confidérable.  Il  refte  toujours  autant  de 
Graine  qu’il  en  faut  pour  perpétuer  les  Forêts,  comme  nous  voïons  fe 
perpétuer  les  Créatures  vivantes,  Oifeaux,  Poifîbns  , Bêtes  à quatre 
Piés.  Outre  cela  les  Infeéles  ne  manquent  pas  d’ Ennemis,  qui  leur 
tendent  des  Embûches  & qui  les  éclairciffent.  Sans  parler  ici  de  la  . 
Chaleur,  de  la  Sêcherefle  & du  Froid,  qui  en  font  périr  les  Oeufs; 

V Hirondelle,  le  Pic , le  Pinçon , la  Mefange  , le  Grosbec , la  BecalTe  & tant  d’au- 
tres Oifeaux,  qui  mahgent  les  Infeéles,  font  les  meilleurs  Médecins 
contre  les  Confins , les  Tignes,  les  Moucherons , les  Papillons  , les  Chenilles , les 
Friions,  les  Hannetons  &c.  C’  cft  ainfi  que  le  Petit  & le  Foible  dl  toujours 

F la 


41  TABLE  LXVII.  Les  Polypes  à Bras. 

la  Proie  du  Fort  & du  Puiffant.  Le  Brochet  mange  plufieurs  fortes  de 
petits  Poiffons  ; le  Loup  dévore  l’Agneau,  /’  Epervier  le  Pigeon  ; & il  ne 
feroit  pas  impoffible  de  pouffer  cette  Comparaifon  jusqu’  à l’Homme; 
mais  c’eft  une  Vérité  trop  généralement  reconnue. 

TABLE  LXVIL 

Les  Polypes  à B r a s. 

Quoi  des  Polypes  ici  ? Leur  Chapitre  n’efl- il  pas  affés  rebattu  ? Voila 
ce  que  penferont  certaines  Gens  à la  Vûe  de  cette  Eftampe  ; car 
cette  Créature  a déjà  fait  le  fujet  de  bien  de  Doéles  Ecrits  ; & ils  n’ 
auront  pas  tout  le  Tort,  Mais  comme  mes  Obfervations  font  auffi  re- 
cherchées par  des  Amateurs»  dont  les  uns  n’ont  pas  les  Ouvrages  coû- 
teux, qui  en  parlent,  & d’autres  n’entendent  pas  les  Langu  s favantes 
dans  lefqiielles  ces  Ouvrages  font  écrits  , & qui  étant  à même  d’avoir 
des  Polypes,  feroient  bien  aifes  de  pouvoir  s’en  former  quelque  Idée  ; je 
fais  d’autant  moins  de  Difficulté  d’en  donner  ici  quelques  Efiampes  & d' y 
joindre  les  Explications  qui  me  paroiffent  le  plus  intereffantes , fur  le 
chapitre  de  ces  étranges  Créatures  ; que  j’en  ai  été  affés  fouvent  re- 
quis : Je  commencerai  donc  par  rapporter  fuccintement  ce  que  les 
meilleurs  Naturalises  en  ont  écrit  , & finirai  par  mes  propres  Experimens , 
Le  Terme  de  Polype  efl  ccmpofé  de  deux  Mots  Grecs,  ttoXu  beau- 
coup & 7riL  Fiés  ; {Animal  d plufieurs  Fiés)  parce  qu’il  a tant  de  Bras,  qui 
lui  fervent  auffi  de  Fiés,  j'aimerois  mieux  le  nommer  Polyphage  ( Glou- 
ton) de  croXy  & c paystr  ; comme  il  paroîtra  , par  la  Défcription  de  fes 
propriétés  ; mais  paffe,  je  me  hâte  de  faire  Mention  des  principaux 
Ecrits,  qui  ont  dépeint  les  Polypes  de  la  Manière  la  plus  juffe. 

Déjà  en  170?.  L?eic:enhoeck  & un  Anonyme  ont  découvert  & décrit 
quoi  qu’ imparfaitement  cet  Animal  Aquatique,  a) 

a)  Tranfaft.  philof.  an,  » 703,  nuai.  eg  j^Art.  IV.  ScNum,.2S8,  Art,  I. 


Le 


43 


T A15  L E LXV'II.  Les  Polypes  â Bras. 

Le  Chevalier  Folkes , Préfident  de  l’Academie  Roïale  de  Londres  & 
Mr,  Backer,  les  ont  jugé  dignes  d’un  Examen  particulier,  b) 

L’ immortel  Mr.  de  Reaumur  a entretenu  un  Commerce  particulier 
de  Lettres  avec  Mr,  Tremblai  au  Sujet  des  Polypes , & il  s’en  eft  même  fait 
envoïer  de  Hollande  en  France  par  ce  favant  Ami  : Rien  de  plus  cu- 
rieux, que  la  Peinture  que  fait  Mr.  Tremblai  dans  fa  Préface,  de  l’Irrefo. 
lution  dans  laquelle  ont  été  ces  deux  Savans,  pour  favoir  dans  quelle 
Clajfe  placer  cette  Créature  ; c)  jusqu’  à ce  que  Mr.  de  Reaumur  fe  crut 
enfin  en  Droit  de  placer  le  Polype  dans  le  Régné  des  Animaux . d) 

Je  rappelle  ici  un  écrit  très  moderne,  que  le  fameux  Naturalise 
Mr.  le  Profefleur  Titius  a publié  dans  un  Programe  qu’il  a fait  diftribuer 
à la  Mémoire  de  Philippe  Melanchton,  Sc  qui  contient  un  Syftéme  nou- 
veau & commode  pour  la  Clafiîfication  du  Régné  des  Animaux.  Sui-‘ 
vant  lequel  l’on  pourroit  compter  les  Polypes , parmi  les  Animaux  aqu- 
atiques à plufieurs  Piés,  à Caufe  de  leur  Mouvement  indéterminé.  Scies 
appeller  : Animal  in  âqua  viuens , motu  indeterminato  vt  Zoopbyta.  e) 

Après  avoir  fait  bien  des  Experimens  fur  les  Polypes  & confulté  les 
plus  habiles  Naturalises,  Mr.  Tremblai  en  compofa  tout  un  in  Quarto,  dans 
lequel  in  communiqua  fidèlement  toutes  les  importantes  Découvertes, 
qu’il  avoit  pû  faire.  Mais  ce  qui  rehaufle  de  beaucoup  le  Prix  &c  la 

Beauté  de  cet  Ouvrage  , ce  font  les  magnifiques  Eftampes , dont  il  eft 

orné,  & qui  ont  été  gravées  par  une  Main  fi  habile  & fi  excellente,  qu’ 
on  ne  fauroit  fans  InjuRice  lui  refufer  la  dernière  Admiration,  C’efl 
celle  de  Monfieur  l’Avocat  Lyonet  , dont  la  vafte  Erudition  , le  Di- 
fcernement  8c  l’Experience  confommée  dans  les  Connoifiances  na- 

F x turel- 

b)  Ibid.  Num.  467  8c  46p. 

c)  Mémoires  pour  fervir  à l’Hifiore  d’un  Genre  de  Polypes  d’Eau  duce,  à bras  en  for- 

me de  Cornes,  Par  A.  Tremblai  de  la  Société  Roïale  à Leide  1744,  in  q.to. 

d)  Mémoires  des  Infedes  Tom.  6.  psg.  5 G de  la  Préface. 

e)  De  divifione  animalium  generali,  Wiuebergæ  1760, 


44 


TABLE  LXVII.  Les  Polypes  à Bras. 

turelles  font  trop  univerfellement  reconnus  , pour  qu’  il  Toit  né- 
celîaire  d’en  parler  ici.  Il  n‘  y - a en  tout  Cas,  qu’  à citer  la  belle  Tradu- 
élion  francoife  que  Mr.  Lyonet , a faite  de  la  Théologie  des  Infetkes  de  Mr.  le 
Profejfeur  Lejfer , laquelle  il  a enrichie  de  très  belles  Remarques.  Le 
Coup  d’Efîai  de  ce  fameux  Avocat  a été  non  feulement  de  deffiner  les 
Polypes,  mais  encore  de  les  graver  en  Taille-douces.  Et  bien  qu’il  n’eût 
jamais  fait  ce  Métier,  il  réüflit  fi  bien  dans  cet  Eflai  d’Apprentif,  qu’il  y- 
a cent  Maîtres,  qui  fe  trouveroient  bien  empêchés,  s’ils  étoient  obligés 
de  le  copier.  L’on  n’aura  pas  Regret  de  lire  foi-même  cette  Anecdote 
vers  la  Fin  de  la  Préface , qui  eft  à la  Tête  des  Mémoires  de  Mr.  Trem- 
blai. f) 

Ce  que  Mr.  le  Cat,  a répréfenté  à l’Academie  des  Sciences  de  Rouen 
furies  Polypes  mérite  fourtout  d’être  lû  tant  pour  la  Quantité  & la  Rare- 
té de  fes  belles  Penfées  & originales,  que  pour  l’Efprit,  le  Goût  & les 
nouvelles  Découvertes,  qui  y régnent,  g)  Le  Magazin  univerfel  contient 
une  bonne  Traduction  de  ceDifcours.  h) 

Mr.  le  Profeffeur  Hannow  en  a aufîi  beaucoup  parlé  dans  fes  Curïo- 
fités  naturelles  Oeconomiques.  i) 

I - 

Et  Mr.  le  Doét.  Schaefer  aujourd’hui  Pafteur  à Ratisbonne  a donné 
dans  divers  Traités  aiïes  étendus  , des  Experimens  très  exaéts  des  Po- 
lypes%  qui  fe  trouvent  aux  Environs  de  Ratisbonne.  k) 

Le  Magazin  de  Hambourg  fait  auffi  Mention  de  cet  Infecte  aquatique 
dans  plufieurs  de  fes  Tomes,  1)  & le  Magazin  univerfel  donne  dans  quel- 
ques 

i)  Mémoires  des  Polypes  par  À Tremblai  1744. 

g)  Mogazîn  à Londres,  janv.  1 ?S3.  p.  ï.  8c 

h)  Magazin  tîniverfd.  Part.  3.  Nro  L 

NB.  Ce  dernier  Titre  eft  traduit  de  P Allemande 

i)  Hanno1»-  Curiofités  naturelles  8c  Oeconomiques,  T.  I,  p.  637,  , 

k ) les  Polypes  des  Fleurs  d’Eau  douce. 

îes  Polypes  à Bras  verds  l’un  8c  l’autre  in  4to  à Ratisbonne  17; y, 

'!)'  Magasin  de  Hamb,  Tom,  1.  3.  7.  ï2,  8c  16. 


\ 


TABLE  LXVII.  Les  Polypes  à Bras*  4; 

qucs  unes'  de  fes  Parties  de  très  agréables  Traductions  fur  cette  Matiè- 
re. m) 

Mais  le  Livre  aufïi  beau  qu’inftruélif,  intitulé  le  Régné  de  la  Nature 
des  Moeurs , joint  une  morale  très  faine  à la  Defcription  des  Polypes,  & 
fait  voir  comment  un  Homme  raifonnable  peut  & doit  examiner  avec 
utilité  cette  Créature  admirable,  n) 

Je  palTe  fous  Silence  plufieurs  Journaux  & Pièces  volantes  ; mais  je 
n’oferois  omettre  un  bel  Ouvrage,  qui  mérite  d’être  placé  ici  avec  Elo- 
ge* C’eft  /’  Hifioire  des  Polypes , que  feu  Mi\  Roejfel  de  Rofenhof  a inférée 
dans  fes  Amufemem  fur  les  Infeûes , & qui  l'emporte  fur  tous  les  autres  , en 
ce  qu’elle  contient  non  feulement  tous  les  Genres  de  Polypes  ; mais  fur- 
tout  en  ce  qu’il  les  a peints  en  Couleur  d’après  Nature,  & qu’il  en  a 
donné  des  DefcriptionS  très  claires,  o) 

Ce  ci  me  rappelle  avec  bien  du  Plaifir  le  Jour,  que  feu  Mr.  Roejfel 
vit  pour  la  première  fois  les  Mémoires  de  Mr.  Tremblai.  Comme  ils 
étoient  écrits  en  François,  il  me  fit  appeller,  pour  les  lui  expliquer* 
Mr.  Roejfel  n’avoit  jamais  vu  de  Polypes  ; c’eft  pourquoi  nous  envoïames 
de  concert  quérir  de  l’Eau  dans  tous  les  Etangs  & les  RuiiTeaux  voifins* 
Nous  eûmes  le  Bonheur  de  trouver  de  ces  Créatures.  Nous  nous  mîmes 
aies  examiner  ; Mr.  Tremblai  fut  confulté  avec  foin  ; nous  nous  com- 
muniquâmes fidèlement  nos  Découvertes , lefquelles  nous  dellinames 
fur  du  papier  & enfin  nous  fumes  parfaitement  convaincus,  que  Mr. 

F 3 Trems*. 

m)  Magazîn  univerfel  Part.  3,  Nro  I.  & Part.  9,  Nro  19,  p.  327. 

n)  Le  Régné  de  la  Nature  St  des  Moeurs  Part,  î.  Ch.  15.  & dans  les  Parties  Vivan- 

tes, les  Chapitres  de  ce  qu’il  y-a  de  remarquable  dans  les  Infeûes. 

NB.  Ces  fix  Ouvrages  font  en  Allemand. 

»)  72me  Table  du  Suplement  aux  Àmufemens  fur  les  Infefles  , qui  fe  diihibuent  par 

Mois.  Hiftoire  des  Polypes  d’Eau  douce. 

L’Ouvrage  ed  aufli  Allemand. 


1 


46  TAB.  LXVIIÎ,  V Infe&e  qui  fe  trouve  dans  la  Graine  du  Pin, 

Tremblai  étoit  un  Naturalise  très  fineère,  qui  non  feulement  eft  entré 
dans  les  Details , & qui  a écrit  avec  clarté  ; mais  qui  a encore  fidèle- 
ment communiqué  aux  Amateurs  des  Connoiffances  naturelles,  tous  les 
Moïens  dont  il  s’étoit  fervi  pour  faire  fes  Obfervations. 

Je  finis  par  l’Explication  de  cette  Eftampe,  dans  laquelle  on 
verra  a)  un  Verre  blanc,  rempli  £ Eau  limonneufe  & de  Lentilles  de  Marais , 
parmi  iefquelles  font  les  Polypes  b)  5 devant  ce  Verre  eft  c)  une  petite 
Machine,  qui  fert  à pêcher  les  Polypes,  & les  autres  Animal- 
cules. Elle  eft  prife  du  Chap4  3.  du  Tom,  7.  du  Magazin  de 
Hambourg . J’ en  donnerai  dans  la  Suite  une  de  ma  Façon,  qui 
fera  plus  commode,  d)  eft  la  Loupe  attachée  aux  Noix  de  Mu- 
fchenbrock  c)*  Elle  peut  être  Nro  8*  ou  de  deux  Pouces. 

e)  Un  Polype  Verd  avec  des  Petits. 

f)  Encore  un  debout,  qui  s’ eft  retiré. 

g)  Un  Polype  brun , axant  à fa  Queue  h)  des  Petits  i)  qui  y pendent. 

k)  Un  Polype  couleur  de  Rofe,  dont  j’ai  marqué  les  Bras  ou  les  Fiés 

par  m)  comme  dans  les  autres,  & la  Bouche  par  n). 

l)  Un  Polype  jaune,  écharpé  & déchiré  avec  une  Epingle  en  plu- 

fieurs  Parties  à chacune  defquelles  les  Bras  ou  les  Pies  m) 
étoient  revenus. 

TABLE  LXVIII. 

L’Infeâe  qui  fe  trouve  dans  la  Graine  du  Pin, 

& un  Rameau  de  MéleTe. 

J’  ai  promis  dans  l’Explication  de  la  66me  Eftampe  de  répréfenter  auili 
le  Ver  que  j’ai  trouvé  dans  la  Graine  du  Pin  & fa  Métamorphofe  en 
Moucheron . Mais  pour  remplir  le  Vuide,  je  ne  crois  pas  défobüger  le 
Lecteur  en  lui  donnant,  en  Suplement  à mes  Obfervations  fur  les  Arbres, 

qui 


47 


TABLE  LVXIII.  & un  Rameau  du  Méléfe, 

qui  donnent  dans  le  Genre  des  Cedres , un  Rameau  de  Méléfe  defliné  d’a- 
près Nature  '&  tel  que  Mr.  Streicber  me  l’a  envoie.  Ce  Rameau  a)  avoit 
-fes  Boutons  b)  c)  ; la  Fleur  de  la  Pouffière  fpermatique,  ou  fécondante  d) 
St  la  Fleur  e)  femelle  qui  conçoit  l’Embryon  St  porte  le  Fruit  ; de  même 
qu’un  Fruit  en  pleine  Maturité  f);  le  tout  jugement  du  Volume  çxaéle- 
ment  copié  dans  cette  68Tie  Eftampe,  La  Fleur  femelle  étaloit  un  Rouge 
incarnat  auffi  éclatant  que  la  plus  belle  Fleur  qu’il-y-ait.  Et  l’on  eft 
ftupefié,  de  voir  à la  Fin  ce  beau  Rouge  & cette  tendre  Fleur  fe  changer 
en  un  Fruit  d’un  Brun  mauffadej.  dur  St  donnant  dans  la  Nature  du  Bois* 

Il  me  relie  à remarquer,  que  j’ai  trouvé,  ainfi  qu’il  a été  dit,  des 
Vers , delîinés  d’après  Nature,  g)  dans  la  Graine  des  Pommes  de  Pin , Ils 
font  bruns  de  Paille,  fort  transparens  St  ont  deux  Yeux  à la  Tête  & 
une  Mâchoire  en  Forme  de  Pinces* 

Ils  fe  transforment  en  petits  Moucherons  bruns  , dont  la  GrofTeur 
naturelle  efl  marquée  i)  ; tandisque  k)  la  préfente  examinée  par  Nro 
Ils  ont  le  Corps  garni  d’un  Poil  fin.  Les  Ailes,  de  celui  que  j’ai  exami- 
né, n’étant  pas  de  veloppées,.  étoient  fur  le  Dos  comme  une  Valife. 

A’ l’Extremite  du  Corps  il  avoit  une  Corne  courbe  St  qui  finilfoic 
en  Pointe,  fix  Jambes  fous  la  jointure  de  devant,  une  grofie  tête  avec 
deux  Yeux  brun  clairs,  deux  petites  /Inténes,  St  encore  deux  plus  gran- 
des , qui  reffembloient  à des  Panaches.  L’accident  qui  in’eft  arrivé 
d’écrafer  cet  InfeUe  entre  les  Verres  du  Porte-Objet^  pendant  que  j’étois  à 
le  confidérer,  m'empêche  d’en  rien  dire  de  plus  particulier.  Cependant 
je  ne  faurois  dilfimuler,  que  les  Obfervations  que  j’ai  faites  jufqu’  ici, 
principalement  fur  \es  înfeéles,  m’ont  fotivent  fait  faire  de  belles  Réfle- 
xions St  m’ont  infpiré  de  bonnes  Ptnfées.  En  Effet  plus  je  m'occupe  à 
examiner  les  grandes  Oeuvres  du  ToutpuifTant  dans  les  plus  petites  de 
fes  Créatures,  plus  je  fuiç  perfuadé  de  la  Vérité  du  Raifonnement,  que 
les  Auteurs  du  Régné  de  la  Nature  & des  Moeurs  ont  fait  dès  le  prémier 
Chapitre  de  la  Première  Partie,. 

„ Je 


48  T A B,  LXVIII,  L’ïnfeO^  qui  fe  trouve  dans  la  Graine  du  Pin, 

,,  Je  conviens  dit-on  pag.  14.  que  tout  le  Monde  ne  peut  ni  ne 
î,  doit  favoir  le  Droit , la  Medicine , & la  Géométrie*  Mais  pour  la  Pbifi~ 
s,  que,  la  Théologie , & la  Morale , ce  font  des  Scienfes  univerfelles,  que 
,,  quique  ce  foit  ne  devroit  ignorer. 

Ce  qu’  il- y- a de  certain,  c’efl  que  la  Phifique  eft  propre  à difiiper 
la  Superflition  5 & que  fi  elle  nous  met  aujourd’hui  hors  de  toute  Crain- 
te des  Pluies  de  Sang,  des  Feux  S , Elme , des  Hommes  de  Feu,  des  Sorcières  & 
des  Comètes  ; & nous  fait  méprifer  toutes  ces  fadaifes  , qui  fe  débitent 
dans  les  Veillées  des  Villageois,  dont  on  peut  lire  la  jolie  Differtation,  qui 
a été  defendue  en  1 7^2.  fous  Mr.  le  Chevalier  Linneus , & qui  a pour  Ti- 
tre : Merveilles  des  Infeèxes  * ; il  n’  eft  pas  moins  inconteftable  , qu’  elle 
prête  la  Main  à la  Révélation,  & qu’elle  éclaircit  bien  des  Miflères  que, 
fans  fon  Secours,  il  nous  faudroit  croire  fimplement,  fans  pouvoir  nous 
attendre  à la  moindre  Vraifemblance.  C’efl  par  elle  que  peuvent  s’ex- 
pliquer Quantité  de  Pafifages  de  l’Ecriture  fainte  félon  l’Efprit  de  fon 
Auteur.  Un  Chrétien  en  même  tems  NatuFalifle,  fera  bien  plus  rempli 
deRefpeét  & d’Admiration  pour  l’Auteur  de  fon  Etre,  qu’il  trouve,  voit, 
entend,  goûte,  fent  & touche  en  tous  Lieux,  qu’un  Idiot  qui  n’a  pour 
fon  Créateur  que  la  Foi  du  Charbonnier , 11  y- a plus.  Son  Efperance 

pour  les  Biens  avenir  fe  fortifie  d’autant  mieux,  qu’outre  les  Affurances, 
que  lui  en  donne  la  Révélation,  il  trouve  dans  le  Régné  de  la  Nature  tant 
d’Evénemens,  qui  ont  tant  de  Rapport  à 1’  Etat  d’après  là  Mort,  qu’il 
ne  lui  refie  aucun  Doute  fur  la  perpétuité  de  fon  Etre  ; Je  puis  me  di- 
fpenfér  de  dire  , que  la  Phifique  anéantit  ces  Criminels  Contes  de  Vieille, 
qui  prétendent,  que  par  la  Force  des  Sortilèges,  l’on  peut  engendrer  des 
Poux  & des  Souris,  pour  en  tourmenter  les  autres  Hommes.  Il  n’y- a 
qu’à  examiner  la  Struélure  d’un  Poux , pour  être  à jamais  défabufé  de 
rillufion,  qu’elle  puiffe,  partir  d’une  autre  Main  que  de  celle  qui  a créé 
toutes  Chofes,  Les  grandes  Idées,  que  le  Phificien  fe  forme  de  fon  Créa- 
teur, 

* Car.  Lin.  Amoen,  Acad,  Vol,  3,  p,  313.  St  Magazin  Univerfel  Part.  9.  Nro  19, 
pag.  321. 


TABLE  LXVJII.  & un  Rameau  de  Méle'fe,  49 

teur,  ne  lui  permettent  jamais  de  fuppofer,  bien  moins  encore  de  croire, 
qu’il  ait  vouiu  donner  par  une  fi  glorieufe  Métamorphofe  à un  Vil  In- 
féré p.  e.  à une  Chenille , une  Prérogative  fi  marquée  au  deflfus  de  l’Hom- 
me, le  plus  noble  de  Tes  Ouvages  & fa  propre  Rdfemblance.  Un  Natu- 
ralise chrétien  peut  regarder  intrépidement  Ton  Tombeau  & les  Vers 
qui  l’y  attendent.  J'ofe  mettre  ici  les  Penfées  que  j’ai  eu  moi  même 
dans  la  dernière  Maladie,  qui  m’avoit  mis  à dveux  doigts  de  la  Mort, 
en  les  recommandant  à l’Indulgence  du  Cenfeur,  en  Qualité  de  Penfées 
d’un  Moribond.  * 

Oui  de  mon  pauvre  Corps  la  fragile  Structure 

S’en  va  dans  le  Tombeau  Vous  fervir  de  pâture 
Infeéles,  Vermififeaux,  que  d’un  Oeil  attentif 
j’ai  mis  en  cent  Lambeaux,  j’ai  diffequés  tout  Vifs! 

Vous  allés  excercer  contre  moi  Vôtre  Rage; 

Vos  Aiguillons,  Vos  Dens,  tout  eft  prêt  au  Carnage. 

Mais  je  ne  Vous  crains  point.  Privé  de  Sentiment, 

Ce  Corps  mort  ne  fent  point  les  Coups  de  Vôtre  Dent. 

Percés,  mangés,  rongés,  contentés  Vôtre  Haine  ; 

Elle  me  tourne  à bien.  Fort  peu  je  fuis  en  Peine 
De  ce  que  deviendra  ce  R elfe  d’ Elemens, 

Fait  pour  périr  un  jour,  pour  revivre  en  fon  Tems. 

Dans  les  Mains  du  Trèshaut,  l’Eflfence  de  mon  Etre 

Repofe  en  Sûreté,  pour  enfin  reparoître, 

Lorfque  ce  grand  Pouvoir,  auquel  tout  efl  fournis. 

Par  la  même  Vertu,  que  dans  les  Tems  jadis, 

11  tira  du  Néant  & le  Ciel  & la  Terre, 

Et  tous  les  Animaux  de  l’une  & l’autre  Sphère, 

G Et 


* Le  TraduSeur,  qui  n’a  jamais  fait  le  Poëtc,  a bien  plutôt  fujet  de  demander  cette 
Indulgence  pour  les  Vers  fuivans,  qui  font  la  Tradu&ion  de  ceux  de  l’Auteur. 


fo  T A B.  LXIX,  La  Configuration  & les  Criftaux  du  Mercure  &c. 

Et  de  ce  Firmament  les  Aftres  Radieux, 

Et  les  PoiiTons  des  Eaux,  Sc  les  Oifeaux  des  Cieux; 

Far  la  même  Vertu,  qui  ces  Etres  conferve. 

Et  qui,  dans  fa  Sageffe,  à fes  Fins  les  referve; 

Réünira  mon  Ame  aux  Débris  de  mon  Corps, 

Qu’il  faura  bien  trouver  avec  tous  fes  Refforts» 

Comment  ignoreront  l’Auteur  de  toute  Chofe, 

Où  de  ma  pauvre  Chair  chaque  Morceau  repofe  ? 

Un  pareil  Doute  affreux  je  laiffe  à l’Animal, 

Qui  ne  fait  fon  Auteur,  ni  fon  Bien,  ni  Ton  Mal. 

Qifétoit  mon  Emprion  ? un  Etre  miférable  ; 

Mille  on  en  cacheroit  deffous  un  Grain  de  Sable! 

Que  dit  le  Polypusy  dans  tous  fes  Bouts  vivant  ? 

Le  Papillon,  qui  va  la  Rofe  careffant, 

Ceflant  d’être  Chenille  ? & le  Grain  de  Semence  ? 

Le  Chimifte  à fon  Feu,  me  montrant  l’Exiffence 

D’Etres  nouveaux,  par  l’Art,  dans  la  Cendre  groff.s  ? 

Que  nous  ne  fommes  point,  pour  être  anéantis; 

Que  le  Tombeau,  les  Vers  avec  la  Pourriture, 

Pour  mon  propre  Bonheur,  me  font  leur  Nourriture. 

De  leurs  Coques  fortans  les  Papillons  ailés, 

Difent  âvec  Saint  Paul,  * qu’  en  FoibleJJe  femés , 

Nous  rejjuffitcrons  pour  la  Gloire  etemelle  ; 

Le  Corps , Vainqueur  de  Vers , joignant  l'Ame  immortelle. 

TABLE  LXIX. 

La  Configuration  & les  Criftaux  du  Mercure  fublimé. 

A /f  onfieur  le  Confeiller  & Profeffeur  Delius  d’Erlang  aïant  eu  la  Bon- 
jL V JL  té  de  ny  envoier  plufieurs  fortes  de  Sel , & en  même  Tems  du 

Mer  eu- 


* i.  Corinth,  Cap,  35.  v.  44. 


TAB.LXX.  Differens  Verres  Oeconomiques  & Microfcepes  tkc.  fi 

Mercure  Sublime  & du  Doux,  tirés  de  fon  propre  Laboratoire , pour  en  faire 
l’Objet  d’Experimens  microfcopiques  ; je  me  fuis  mis  tout  de  Suite 
après  le  Sublimé , que  j’ai  d’abord  autant  pulverifiè , qu’il  fe  pût,  & puis 
bien  broïé  avec  de  l’Eau  chaude,  & enfin  mis  fur  le  Verre,  où  je  l’ai 
trouvé  par  le  Alicrofcope  Solaire  tel  que  je  l’ai  exactement  defîlné  & ré- 
préfenté  dans  certe  69 re  Ffampe  ; dans  laquelle  a)  montre  toute  la 
Configuration , mêlée  de  Criftaux,  qui  confiffe  en  une  Infinité  de  Pointes  ca- 
pilaires  très  fines,  répréfentant  des  Arbres , des  Rameaux  de  Palmier , des 
Flécbes  décochés , des  Piques  & des  Lames  à' Epée, 

Les  véritables  Criftaux  de  diverfes  Efpèces  fe  voient  b).  Ceux  qui 
font  marqués  c)  font  étrangers,  & nullement  des  Criftaux  du  Mercure; 
& ils  viennent  d’une  Touche  de  Laiton,  avec  laquelle  &:  faute  d’autre  je 
mis  à la  Hâte  la  première  goûte  de  Sublimé  diffous  fur  le  Porte-Objet , 
& de  laquelle  fe  font  détachées  par  la  Force  corrofive  du  Mercure,  ces 
Lofanges  qui  reffemblent  parfaitement  à des  Criltaux  de  Vcrd  de  gris,  & 
qui  fe  font  mêlés  avec  les  Véritables.  Ce  dont  j’ai  été  convainu  com- 
me d’une  Vérité  inconteftable , par  les  Experimens  réitérés  que  j’en  ai 
faits. 


TABLE  LXX, 

Differens  Verres  Oeconomiques  & Microfcopes 

manuels* 

Sur  les  frequentes  Mentions  que  j’ai  faites  du  Verre  Oeconomique  dans 
mes  Obfervations,  j’ai  été  prié  de  le  faire  graver  fur  une  Efampe 
& de  le  faire  connoître.  Je  le  fais  donc  avec  Plaîfir,  & préfente  au  Le- 
cteur le  Mien  a)  ; & un  autre  b)  dont  le  Champ  efijmoins  vafte.  L’on 
peut  faire  bon  Ufage  de  l’un  & de  l’autre  pour  Quantité  d’Objets  opa- 
ques. L’on  peut  mettre  dans  a)  fur  la  petite  Table,  fous  la  Cloche  des 
Médaillés,  des  Glaces  à Montre  remplies  d’Eau  limoneufe  , des  Hanne- 
tons, des  Papillons,  des  Punaifes  &c.  & confidérer  plufieurs  Objets  à la 
Fois  ; à quoi  l’on  peut  fe  fervir  utilement  d’un  Verre  d’un  Pouce  & demi 

G z & 


ft  TAB.  LXX,  Differens  Verres  Oeconomiques  & Microfcopes &c. 

& même  d’un  Pouce . Celui  qui  eft  marqué  b)  effc  compofé  d’un  Cylindre  de 
Verre  blanc , dans  lequel  eft  enchaffée  une  Lentille , dont  le  Foïer  eft  d’un 
demi  Pouce  ou  de  trois  Quarts. 

il  faut  palier  dans  le  Cylindre  par  leDeffous  un  Picot  couvert  de  Drap 
ou  de  Velour,  lequel  ait  un  Pié  pour  le  pofer  ; mais  il  faut  qu’il  joigne 
bien  dans  le  Cylindre . 

j’ai  encore  marqué  un  Verre  Oeconomique  tk  que  Mr.  Meyen  célébré 
Opticien  de  la  Cour  de  Dresde  fait  & débite,  de  même  que  bien  d’autres 
Verres  & Telefcopes. 

d)  Eft  une  Loupe,  montée  en  Corne  noire,  par  le  Moïen  de  laquelle 
l’on  peut  tirer  de  l’Eau  les  Animalcules  qui  fe  tiennent  dans  le  Limon, 
n’aïant  befoin  pour  cela,  que  de  la  tenir  entre  les  Doigts  contre  le  Verre 

où  eft  l’Eau. 

e)  eft  enfin  ce  qu’on  appelle  le  Microfcope  h Compas,  qui  a été  décrit 
tant  par  Mr»  Meyen  de  Dresde  que  par  d’autres  Artiftes.  * A l’une 
des  Branches  duquel  f)  l’on  met  à fa  Fantaifie  les  L'erres  Microfcopes  dans 
|eur  Chajjè  g),  A Vautre  Branche  l’on  peut  attacher  ou  les  petites  Pinces 
h)  ou  îe  Poiion  k)  ou  l’Aiguille  1)  pour  préfenter  des  Infe&es  vivans  de- 
vant le  Microfcope  g)  , ainfi  que  p,  e l’on  peut  voir  dans  i) 

Mais  il  s’en  va  fans  dire,  que  pour  fe  fervir  du  Poiion  k)  , il  faut  tenir 
tout  le  Microfcope  à Compas  horizontalement,  afin  de  ne  rien  verfer,  & que 
l’Oeil  puifTe  regarder  perpendiculairement  de  haut  en  bas,  & non  pas 
devant  foi  comme  il  fe  fait  avec  l’Aiguille  & les  Pinces.  J’efpere  d’en 
dire  une  autre  Fois  davantage. 

TABLE 

* Courte  Tnftruâion  , fur  la  Confîitution  St  Vllfage  des  Microfcopes  par  Mr,  Joach, 
Fred,  Mayen,  à Dresde  1744. -avec  des  Ellampes. 

NB.  U ouvrage  eft  en  Ai  le  inan  d. 


53 


TABLE  LXXI.  Les  Polypes  bruns  â longs  Bras, 
TABLE  LXXL 

Les  Polypes  bruns  à longs  Bras, 

De  toutes  les  Efpéces  de  Polypes , celle-ci  étant  la  plus  durable  & la 
plus  propre  à foutenir  l’Examen  du  Microfcope  ; elle  mérite  l’a- 
vantage, que  je  commence  par  fa  Defcription, 

Quant  à la  Struêture,  elle  n’eft  pas  la  même  ; car  il  y a deux  fortes 
de  Polypes  bruns  ; mais  ils  ont  des  Marques  certaines  qui  les  diftinguent 
clairement  les  uns  des  autres. 

Une  Efpèce  qui  eft  répréfentée  fur  cette  Eftampe  a)  pendant  à urs 
Rameau,  & puis  détachée  c)  d),  a le  Corps  tout  d’une  l’ièce  depuis  la 
Tète  jusqu’  au  Derrière,  quoi  qu’il  aille  en  diminuant. 

Les  autres  ont  à l’Extrcmité  du  Ventre  Une  longue  Queue  fort  min- 
ce & tranfparente  comme  un  Tuïau  vuide,  fur  laquelle  ils  marchent  & 
peuvent  fe  dreffer  j de  forte  que,  qui  n’auroit  jamais  vu  de  Polypes , la 
prendroit  aifément  pour  une  Queue  de  Fleur  ou  de  Plante.  Outre  ce- 
la Ceux-ci  fe  diftinguent  des  Frémiers  parla  Quantité  de  Petits , qu’ils 
mettent  bas.  Rarement  l’on  voit  aux  Frémiers  plus  de  3.  à 4.  Petits  ; 
pendant  que  Ceux-ci  ont  jusqu’à  dix  Fils  ou  Petit-Fils,  qui  pendent 
après  Eux  ; ainfi  que  je  le  fais  voir  au  Naturel  dans  les  Fig,  e)  & f)  de 
cette  7ime  Eftampe , & groffi  dans  les  Fig.  g)  h)  i)  delà  67™* 

J’ai  à la  vérité  emprunté  des  Mémoires  de  Mr.  Tremblai  le  Rameau 
des  Polypes  de  la  première  Efpèce,  à caufe  de  fa  Figure  fingulière.  Mais 
je  puis  bien  affûrer,  que  j’en  ai  trouvé  dans  certaine  Plante  aquatique 
10.  20.  & même  3o,Tont  cet  Etalage  de  Polypes , quand  ils  étendent  leurs 
Bras  ne  relfemble  pas  mal  à une  Chevelure  éparfe  ou  à une  Perruque. 
Pour  la  Couleur,  elle  eft  brune  dans  les  deux  Efpèces, 

Mais  de  Peur  que  les  Amateurs  ne  fe  méprenait  en  cherchant  des 
Polypes  , je  dois  les  avertir,  que  leur  Couleur  brune  fe  change  fouvent, 

G 3 don- 


54  TABLE  LXXI.  Les  Polypes  à longs  Bras. 

donnant  tantôt  dans  le  brune hatain , tantôt  dans  celui  de  Paille  , tantôt 
dans  le  cendré , & même  parfois  devenant  blanc  pâle  & transparent , à 
Proportion  de  la  Nourriture  qu’ils  ont  prife.  Car  le  Polype,  quand  il  a 
le  Ventre  bien  plein,  devient  brun- noirâtre,  & même  V Extrémité  du 
Corps  ou  la  Queue,  qui  eft  autrement  transparente,  prend  cette  Cou- 
leur, Que  fi  Vous  le  faites  jûner  trop  longtems,  il  perd  fa  Couleur 
brune  ; le  Corps  & la  Queue  deviennent  tranfparens,  comme  le  Verre  ; 
& c’eft  fouvent  une  Marque  certaine,  qu’il  mourra  bientôt. 

Son  Corps  a peu  de  Parties,  Une  Tête,  un  Ventre,  une  Queue , des 
Fiés  font  tout  fon  Etre,  La  Tête,  qui  eft  tantôt  ronde,  tantôt  fphéri- 
que,  tantôt  éliptique,  tantôt  conique  & tantôt  fufelée,  a fur  le  Devant 
une  Encoche  demi  ronde,  qui  eft  la  Bouche.  Perfonne  n’aïant  jusqu’ici  vû 
des  Yeux  aux  Polypes  ; je  devrois  apprechender  d’être  le  premier  à leur 
en  donner.  Mais  pourquoi  n’écrirois-je  pas  ce  qui  eft  vrai,  & que  plu- 
fieurs  de  mes  Amis  ontvû  aufîi-  bien-que  moi  ? C’eft  que  j’ai  découvert 
aux  deux  Côtés  de  la  Tête  deux  Taches  rondes  d’un  brun-noir,  que  je 
tiens  pour  les  Yeux  du  Polype , & qui  font  ordinairement  couverts  par  fes 
Bras,  comme  l’Aiguillon  de  la  Puce  TeiT  par  fes  Piés.  Mr.  Tremblai  a déjà 
dit  qu’il  voit  & même  bien  clair , & je  le  montrerai  moi  même  en  fon 
Lieu.  Sa  bouche,  à Peine  perceptible  au  Microfcope,  devient  une 
Gueule  plus  éffroïable  que  celle  du  Crocodile,  du  Minotaure,  oi  du  Dra- 
gon, que  tua  Cadmus,  lorfqu’  il  s’agit  d’avaler  une  Proie,  quelque  fois 
de  beaucoup  plus  grande  qu’il  n’eft  lui  même.  Alors  tout  fon  Corps, 
fans  en  excepter  la  Queue  , n’eft  qu’un  Gofier  femblable  à un  grand  En- 
tonnoir ; & quand  il  a la  Panfe  bien  pleine  , tout  fon  Corps  reiîemble  à 
un  Bout  de  Sac  informe,  rempli  de  Têtes  de  Chou,  qui  font  des  Bolfes  de 
toutes  Parts, 

Au  tour  de  cette  Gueule  il  a 4.  6.  8*  Bras  ou  Piés,  dont  il  fe  fert  non 
feulement  pour  fe  tenir,  debout  & pour  marcher  , mais  encore  pour 

faifir 


TABLE  LXXI.  Les  Polypes  bruns  à longs  Bras.  // 

faifir  & égorger  fa  Proie.  Il  s’en  fert  vis  à vis  des  Cre'atures  plus  peti- 
tes que  lui,  en  Guife  de  Glueaux;  car  tout  ce  qui  en  approche  s’y  prend 
comme  les  Oifeaux  fe  prennent  à la  Perche  ; mais  vis  à vis  des  plus  grof- 
fes,  il  s’en  fert  comme  de  Lacets  de  Filets,  de  Lignes  a pêcher , pour  attirer 
fa  Proie  & la  porter  à la  Bouche.  Ces  Bras  font  compofés  de  Milliers 
de  Globules  tranfparens  femblables  à des  Perles,  Voi.  Fig.  b.  de  même  que 
tout  le  Refie  du  Corps,  avec  cette  feule  Différence,  que  les  Globules  des 
Fiés  font  ge'néralement  plus  gros,  que  Ceux  qui  compofent  le  Corps. 

Ce  qu’ils  ont  une  fois  pris  dans  leurs  Cordeaux  & dans  leurs  Lacets 

, > 

ont  bien  de  la  Peine  à s’en  défaire  ; de  forte  qu’on  peut  appliquer  aux 
petits  Polypes,  ce  qu’  Ovide  a dit  des  grands. 

lltque  fub  aequoribus  deprelenfum  polypus  hofiem 
Continet  ex  omni  dimijjis  parte flagellis.  Metam.  L,  4. 

Le  Corps  en  lui  même  n’efl  qu’  un  Sac  oblong  , où  il  n’y.  a point 
d' Entrailles.  Il  forme  depuis  la  Tête,  c’eft  à dire  depuis  la  Bouche,  pref- 
que  jusqu’  à la  Queue  un  Boïau  continu,  lequel  le  Polype , furtout  quand 
il  a jûné  un  Jour,  remplit  tellement  d’Alimens  de  haut  en  bas,  qu’  il  en 
efl  tout  roide.  Il  emploie  aufîi  comme  des  Pies  l’Extrémité  du  Corps, 
qui  efl  plus  mince  que  le  Devant.  Il  fe  tient,  il  s’afîîed,  il  fe  repofe 
deffus,  il  en  marche  ; ce  que  je  ferai  voir  dans  une  Continuation,  où 
j’ai  encore  à faire  réraarquer  fuccintement  les  Propriétés  des  Polypes. 

Aiant,  à ce  qu’il  me  femble , fuffifamment  montré  la  Structure  exté- 
rieure des  Polypes  à Bras,  il  ne  me  refie  plus  qu’à  donner  quelque  petite 

Explication  de  la  LXXI.  Eliampe, 

a)  efl  un  Rameau  garni  de  Polypes  de  la  Groffeur  que  Mr,  Tremblai 
l’a  defîiné,  lesquels  attirent  à Eux  les  petits  Animaux  aquati- 
ques avec  leurs  Bras  étendus. 


b)  efl 


/ 


i - v • ; - 

f6  TABLE  LXXI.  Les  Polypes  bruns  à longe  Bras. 

b)  eft  une  Particule  d’un  Bras  ou  d’un  Pié  de  Polype , defîiné  d’après 

le  plus  haut  point  de  Grofliflemeur  & copie'  du  Dejjèin  de  Mr. 

Trembhi. 

c)  eft  un  Polype  de  la  prémière  Efpèce,  un  peu  grofii,  fans  Queue 

avec  y.  Petits. 

d)  un  autre  de  Groffeur  naturelle,  fans  Petits,  pendant  à des  Lentil- 

les de  Marais. 

e)  un  Polype  de  la  fcconde  Efpèce  en  Repos,  qui  s’eft  retire,  & qui 

fe  tient  avec  fes  Petits  fur  l’Extrémité  de  fon  Corps  ou  fur 

fa  Queue. 

f)  encore  un  Polype  brun  de  la  fécondé  Efpèce  avec  plufieurs  pe- 

tits, fe  tenant  pareillement  fur  la  Queue  & aïant  les  Bras  éten- 
dus, pour  faire  Capture. 

Voici  ce  qu’  Ecrit  Mr.  Tremblai  dans  fes  Mémoires  fur  les  Polypes, 

,,  Quand  j’allois  chercher  des  Polypes , je  prenois  toujours  mes  deux 
,,  jeunes  Elèves  5 & j’ai  éprouvé  avec  eux  , que  vis  à vis  de  ces 
,,  Créatures,  l’on  peut  aufti  goûter  les  Charmes,  que  la  Confidération 
s,  de  la  Nature  en  général  fournit  fi  largement  à fes  Amateurs.  Ceî- 
s,  le-ci  eft  pour  la  JeunefTe  un  Speétacle,  dont  les  Répréfentations  ne 
,,  fervent  d’ abord  que  d’Amufement  ; mais  qui  pique  infiniment  la 
9,  Curiofité,  guide  la  Raifon  , touche  le  Cœur,  & accoutume  l’Efprit 
,,  à reffentir  ce,  qui  fcul  mérite  d’être  appellé  le  vrai  Beau.  . 

Pour  moi,  je  ferai  bien  fatisfait , fi  la  Continuation  fuivante  a le 
Bonheur  de  convaincre  quelques  uns  de  mes  Leéleurs  de  cette  impor- 
tante Vérité. 


ta 


TABLE 


TABLE  LXXII.  Un  peu  de  Moufle  de  Limoa,  py 
TABLE  LXXIL 

Un  peu  de  MoufTe  de  Limon. 

Cette  Production  du  Régné  des  Plantes  aquatiques  a bien  du  Rapport 
avec  les  Polypes . Car  elle  paroît  s’e'tendre  & fe  multiplier  de  la 
même  Façon  que  ces  Animaux  merveilleux. 

Un  Rejetton  fort  de  l’autre  prefqu’ à l’ Infini,  & cette  Produéfion  re- 
vêt en  peu  de  Tems  une  Paroi  d)  de  fes  Jets,  comme  un  Efpalier  de 
Jardin.  Et  pour  mettre  mes  Lecteurs  mieux  au  Fait  là  defllis  ; je  n’ai 
qu’à  leur  dire,  qu’on  en  trouve  auflî  contre  les  Parois  du  Dedans  des 
Abrûvoirs  & des  Rejervoirs  à Poiflon.  C’efl  un  Limon  verd  qui  a contume  de 
s’ y attacher  & dont  on  ne  fauroit  reconnoître  la  véritable  Forme  l’Oeil 
non  armé. 

Sous  le  Microfcope  compofé  de  Marfchal  on  en  peut  examiner 
une  bonne  Partion  ; aulïi  ai  je  mis  fur  cette  yime  Eflampe  a)  un  peu  de 
cette  Moufle  de  Limon  au  Naturel,  telle  qu’on  la  voit  dans  l’Eau  ; & 
dans  b)  la  Particule  , que  j’en  ai  confidérée  par  le  Microfcope  manuel 
de  Wilfon  Nro  en  donnant  dans  c)  le  Groiïiflement  tel,  que  je  l’ai 
trouvé.  Par  là  j’ai  découvert  un  Enlacement  d’une  Infinité  de  Quanés , 
de  Pentagones  & à' Hexagones  réguliers  & irréguliers,  compofés  de  Rejet- 
ton s,  qui  fe  reflemblent  tous  parfaitement,  foi,  Fig.  d)  & dont  chacun  et 
plein  de  Grains  de  Semence.  Cela  me  fait  conjecturer,  que  cette  Efpèce 
de  Moufle  s’engendre  & fe  multiplie  par  fa  propre  Semence  comme  le 
Champignon.  Je  ne  fâche  aucune  Production  du  Régné  des  Plantes , qui 
ait  plus  de  Rapport  avec  cette  Moufle,  pour  la  Formation  de  les  Re- 
jettons,  que  l 'Opuntia,  les  tfopales  ou  Figues  des  Indes. 

Quelque  peu  d’Apparance,  qu’ait  ce  Limon  confidére  à la  Légè- 
re ; il  ne  laifle  pas  de  divertir  très  agérablement  la  Vue  étant  fous  le 
Microfcope  ; je  fuis  même  perfuadé  que  les  Amateurs  en  feront  l’ FpreU' 
ve  avec  Plaifir, 


H 


TABLE 


f8  TABLÉ  LXXIIL  Efpèee  fingulière  d’ Animal  aquatique  à Coque, 

TABLE  LXXÏII. 

Efpèce  fingulière  cTAnimal  aquatique  à Coque, 

ou  îe  Puceron  en  Forme  de  Roignon. 

Le  premier  Coup  d’Oeil  qu’on  jettera  fur  celle  Eftampe,  fera  augurer» 
que  j’ai  vû  & mal  defliné  ce,  que  Mr,  Schaefer  nomme  Kiefenfus,  * 
ou  les  Puciê  d Eau  à Cornes  ou  Monocles  de  Hoeffel  ; tant  ces  Pucerons  y 
ont  du  Rapport,  n’alantaufii  qu’un  Oeil  fur  le  Devant  de  laTête.  Mais  j” 
ai  l’honneur  d’afilirer , que  j’ai  été  long  tems  en  Doute  , fî  c’êtoit  une 
Efpèce  particulière  de  Puce  d’Eau  ou  fi  c’etoit  en  Effet  celle,  que  je 
viens  de  nommer  ? Cela  m’a  obligé  de  l’examiner  très  foigneufement, 
de  la  foumettre  aux  Obfervations  de  mes  Amis,  & même,  me  défiant 
de  mon  propre  DefFein,  de  la  faire  voir  & dejjiner  par  Mr.  ï Entrepreneur, 
afin  que  la  Nature  fut  copiée  au  plus  jufle. 

Je  dirai  avant  toutes  chofes  , que  ces  Créatures  n'ont  point  été 
prifes  dans  une  Eau  dormante  ; mais  dans  celle  d’une  Fontaine  à Canaux  ; 
ce  qui  paroitra  furprenant.  Ceft  dans  la  petite  Fontaine  d’en  haut  de 
nôtre  A "eubau  **  vis  à vis  du  Lifîenbof  ***  qu’on  a trouvé  ces  Créatures. 
Ni  la  grande  Fontaine  du  Milieu,  ni  la  petite  d’en  bas,  vis  à vis  de  la 
Porte  de  Haller,  n’en  produifent  point.  Outre  cela  ce  n’eft  pas  dans  le 
Ëaffm  de  Pierre  de  cette  Fontaine,  qu’elles  fe  trouvent  ; mais  c’eft  du 
Tuïau  qu’elles  fortent  avec  l’Eau  j & l’on  y en  trouve  beaucoup  furtont 
aux  Mois  de  Juin  & de  juillet. 

Il  faut  donc  en  chercher  l’Origine  & îa  MaifTance  ou  dans  la  Source 
même  ou  dans  les  Aqueducs.  Or  je  ne  fais  pas  fi  les  trois  Fontaines,  qui 
font  à cette  place  » viennent  de  la  même  Source.  Si  elles  en  viennent, 

ces 

161  Le  Traduéîeur  n’a  trouvé  nulle  Part  ce  Mot,  Mais  Tab.  LXXV.  Fig.  2.  il  fe  Verra, 

que  M.  le  Do<fl  Schaefer,  l’appelle  auffi  Puce  d'Eau  rameufe. 

'■**  & ***  font  les  Noms  propres  d’une  Place  & d’nne  Maifon  de  Nuremberg  & ainfi 
ils  ne  fe  peuvent  traduire. 


TABLE  LXXIII.  ou  le  Puceron  en  Forme  de  R oignon. 

ces  Animalcules  ne  peuvent  pas  en  venir,  autrement  il  faudroit  qu’il  j 
en  eut  dans  les  autres  deux  Fontaines  j & alors  il  faudroit  en  chercher 
l’Origine  ailleurs.  Dans  ce  Cas-ci  je  préfume,  que  les  Canaux  pourris 
ou  pleins  de  Limon,  où  ces  petits  Animaux  aquatiques  aiment  autanta 
fe  tenir,  que  les  Cirons  aux  Tonneaux  à Vin  humides  ou  au  Formage  dans 
les  Caves,  pourroient  bien  être  le  Lieu  de  leur  Naiffance.  Que  fi  la 
Fontaine  d’en  haut  a fa  Source  particulière,  il  eft  fort  poiïible,  qu’ils 
viennent  de  cette  Source  par  les  Canaux. 

Mais  je  laiiTe  tout  cela  en  fon  Lieu,  pour  faire  voir 
V Explication  de  la  LXXIII.  Eftampe. 

a)  Oui  repréfente  une  Glace  de  Montre  avec  un  peu  d’Eau  de  la  Fon- 

taine en  Queftion,  dans  laquelle  on  peut  voir  de  ces  /Animalcules 
a Coque  de  Couleur  rougeâtre  dans  leur  Grofleur  naturelle. 

b)  Un  de  ces  Animaux  aquatiques,  un  peu  groift,  fa  Marche  tour- 

noïante  étant  marquée,  qui  eft  le  Mouvement  ordinaire  de 
ces  Créatures, 

c)  Montre  un  de  ces  Pucerons  dans  fa  Coque  tranfparente^  le  Signe  fj 

marquant  l’Endroit  d’où  Fon  peut  voir  l'Oeil  de  cette  Créa- 
ture. 

d)  Leur  manière  de  s’apparier,  ainfi  qu’on  les  trouve  en  Quantité 

dans  l’Eau,  attachés  les  uns  aux  autres  ; Dont  la  Femelle  nage 
fur  le'  dos,  & eft  trainée  par  le  Male. 

e)  Fait  voir  un  de  ces  Pucerons  hors  de  la  Coque  s dont  le  Corps  tout 

informe,  tire  fur  le  rouge.  L’on  en  voit  les  Inteftins  avec  leur 
Mouvement  pèriftaltique.  11  a à la  Tête,  fous  le  Ventre  & aux 
Piés  de  devant  & de  derrière,  je  ne  fai  combien  d’Antènes  & de 
Pointes  de  Poil  qui  fe  meuvent  , & qui  pourroient  bien  leur 
fervir  de  Nageoires. 

H 2 


f)  En 


êo  TABLE  LXX1V,  Petit  Efcàrgot  de  Limon; 

f)  En  montre  un  autre,  qui  a entièrement  fermé  fes  deux  Coques9 

apparammentà  caufe  des  Poux,  d’une  Infinité  defquels  il  eft  en- 
vironné & tourmenté  j & lefquels  j’ai  marqués  par  de  petites 
Etoile. 

g)  Efl  une  Coque  que  le  Puceron  a quittée,  & qu’on  voit  dans  l’Eau 

par  le  Microfcope  en  plus  grande  Quantité  que  de  Pucerons 
mêmes.  Elles  font  aufîi  blanches  que  de  l’Argent,  aufli  dures 
que  de  la  Corne,  & fi  artiflement  tiffues,  quelles  reffemblent  à 
des  Cotes  de  Maille. 

TABLE  LXXÏV. 

Petit  Efcàrgot  de  Limon  ; ou  une  Corne  d’Ammon» 

J’ai  répréfenté  dans  la  VU!.  Eftampe  de  la  prémière  Cinquantaine  de  ces 
Amufemtns  microfcopiques  pîufieurs  Efcargots  & Cornes  à'Ammon , qui  fe 
trouvent  dans  le  Sable  de  Mèr  d’Arimini  ; mais  il  ne  s’y  voïoit  pas  un  feu! 
Efcàrgot  en  Vie.  Dernièrement  je  découvris  parmi  1 Herbage  & les  Len* 
tilles  de  nôtre  Rivière,  de  ces  petits  Efcargots  qui  ne  cedcient  en  rien  à 
Ceux  d’Italie.  O Seigneur,  quelle  Profufion  de  Beauté,  d’Art  & d’ Or- 
dre ta  Toute  puiflance  & ta  SagefTe  n’ont-elîes  pas  réuni  dans  ce  feul 
Point  ! Qui  a Vu  par  la  Voïe  de  la  Diffeétion  , la  Structure  des  gros 
Efcàrgot  de  Terre , fait  le  mieux  de  combien  de  parties  externes  & internes 
cette  Créature  eft  compofée.  Et  il  n’y-a  qu’à  confulter  la  Bible  de  la 
Nature  de  Scîv.vammerdain  , & en  parcourir  les  Eftampes  ÎV.  V.  Vï.  VIL 
VIII.  IX.  & X.  avec  leurs  Explications,  pour  fe  faire  une  Idée  de  ce  qu’ 
il-y-a  d’incomprehenfible  dans  ces  petites  Cornes  d'Ammen.  Car  tout  cc 
qui  eft  contenu  dans  un  grand,  toutes  les  Parties,  qui  fe  trouvent  dans 
ma  Efcàrgot  de  Terre,  font  réunies  dans  ce  petit  Point  qui  eft  à Peine  du 
Volume  d’un  Grain  de  Millet , Leurs  Couleurs  même  font  aufîi  fuper- 
bes  & aufîi  variées,  que  dans  les  grands  ; peut-être  même  pourroit-on 
choifir  & ramaffer  un  petit  Cabinet  microfcopique  des  Cornes  à'Ammon 

des 


TABLE  LXXIV.  ou  une  Corne  d’Ammon. 


Ci 


des  Coquilles  & des  Efcargots , qui  fe  trouvent  dans  les  Herbes  de  nos 
Marais,  Raiffeaux,  Etangs  & autres  Eaux,  avec  leurs  Couleurs  les  plus  dé- 
licates. 

Regardes  dans  l’Eau  marécageufe,  la  plûpart  de  ces  Efcargots  pa- 
roiffent  bruns  ou  Verd  jaunâtre  ; mais  étant  bien  purifiés,  avec  un  Pin- 
ceau, du  Limon  & de  la  MoufTe  qui  y tient  ; la  Véritable  Couleur  de 
leurs  Coquilles  fe  fait  voir,  & alors  elles  font  aufll  tranfparentes  que  du 
Verre,  Pourquoi  ne  trouveroit-on  pas  celles-ci  aufli  dignes  d’être  dé- 
peintes, que  celles  d’Arimini  ? Ceroit-  ce  parceque  ce  font  des  Produ- 
ctions allemandes,  de  notre  propre  Pais  & de  nos  Eaux  ? Je  fuis  per- 
fuadé,  que  quand  on  en  aura  vu  les  Beautés  on  leur  accordera  la  même 
Attention,  qu’aux  Etrangères.  C’eft  dans  cette  Vue,  que  je  defline  ici 
un  des  Efcargots , que  j’ai  découverts  dans  la  MoufTe  , répréfentée  dans  la 
7Zme  Eftampe, 

L’  Efcargot  lui-même  et  oit  Couleur  de  Cendre,  mais  fa  Corne  d’ Ammon, 
ou  fa  Coquille  avoit  le  Fond  Verd  d’acier,  mêlé  de  Violet  & d’Argent. 
Quatre  Cordons  de  Perles  parcouroient  dans  une  égale  Diftance  la  Co- 
quille  des  deux  Cotés  depuis  l’Ouverture  , jusqu’à  l’Extrémité  du  Cen- 
tre, & l’on  pouvoit  reconnoître  fort  clairement  ces  g.  Cordons  par  de- 
dans lorsqu’  on  y regardoit  par  l’Ouverture, 

Je  réprêfente  a)  fa  véritable  GrofTeur  naturelle;  dans  b)  une  Corne 
d’Ammôn  vuide  dans  laquelle  l’Efcargot  étoit  deffêché  ; & dans 
c)  une  autre,  dont  V Efcargot  s’étoit  confervé  8.  Jours  en  Vie 
dans  une  Glace  à Montre  avec  de  l’Eau  marécageufe  , de  la 
MoufTe  & d’autres  petits  Infeéfes,  toujours  plus  frais  & plus 
agile,  que  les  Efcargots  de  Terre. 

Les  Amateurs  trouveront  Quantité  de  ces  Cornes  d’Ammon  dans  tou- 
tes les  Eaux  dormantes  ; mais  furtout  dans  celles,  que  l’on  prend  dans 
les  Etangs  & dans  les  RuifTeaux  limoneux  ; & ils  conviendront  Eux- 

H 3 mêmes 


Cx  TABLE  LXXIV.  Petit  Efcargot  de  Limon  ; 

mêmes,  qu’il  y en  a de  bien  des  Sortes  & des  Struélures,  qui  méritent 
dêtre  peintes. 

Remarque. 

J’ai  reçu  ces  Jours  pâlies  une  Lettre  du  Voifmage.  Un  docle 
Ami,  qui  n’en  eft  pas  moins  malicieux,  s’y  plaint  de  ce  que  ,,  1’  Ufage 
„ de  la  Phifique’  eft  à la  Vérité  palpable  pour  les  Gens  de  nôtre  Efpèce, 
j,  puis  qu’il  s’étend  jusqu’aux  Damoifeaux,  que  nous  Appelions  Petit- 
,,  maîtres  & à leurs  Bourfes  à Cheveux  ; mais  qu’on  n’en  remarquoit 
,,  encore  aucun  Effet  dans  le  BeauSexce  hc,  ,, 

Le  voïant  donc  dans  lErreur,  j’ai  tâché  de  l’en  tirer  par  la  Réponfe 
qui  fuit  : 

Monfieur  ! 

Il  fe  voit  bien  que  Fous  continués  Votre  Genre  de  Fie . Confiné  dans  Votre  Cabinet , 
comme  le  Blaireau  dans  fon  Terrier , toujours  le  nés  fur  les  Livres , ou  la  Plume  à la 
Main  ; Vous  vous  plaignes  le  Tems  de  regarder  quelque  fois  par  la  Pénétre  & de 
voir  ce  qui  fe  pdffe  vis-à-vis  de  cbés  Fous.  N’avés , Vous  pas  Honte  déavoir  fi  peu 
de  Monde.  Fy  ! Fous  auriés  dû  manger  la  Plume  à belles  Dens  plutôt,  que  d*  écrire 
inconfiderément,  que  la  Phifique  ne  produit  encore  aucun  Effet  dans  le  Beau- 
Sexe.  Ou e n'avés  Fous  vft  Mademoifelle  Votre  Foifine,  comme  je  l’ai  Vue  , il  y-a- 
quinze  Jours,  ce  fi  à dire  la  dernière  fois  que  fai  eu  le  Plaifir  de  Vous  aller  voir  ! Si 
Fous  i'aviés,  dis-je,  confiderée,  comme  moi  ; Fous  n’ auriés  jamais  tenu  un  Langage 
fi  bazardé  contre  la  Phifique , & contre  des  Seïïatrices  fi  confidérables , qu’elle  a. 
Dés  demain , Monfieur , je  Vous  le  confeille  en  Ami , cbajfés  de  bonne  heure  le 
Sommeil  de  Vos  Veux  platoniques  ; mettés  Vous  à la  Fenêtre,  'ffi  de  là  Voiés  d’un  Re- 
gard Vif  & Spéculatif  'Mademoiselle  Votre  coufine,  fortir  de  chês  elle,  pour  aller  à 
l’Eglife.  Faites  furtout  Attention  à fa  Coiffe  & à un  certain  . . . qui  fiote  par 
dejfus.  Je  ne  veux  pas  pour  le  Coup  Fous  en  faire  le  Détail,  ni  Fous  dire  le  Nom 
qu'on  lui  donne  à l’Ecole  de  la  Toilette . Cependant , Monfieur,  fi  Vous  veniés  à ne 

' pouvoir 


TABLE  LXXIV.  ou  une  Corne  d’Ammon. 


63 

pouvoir  deviner  ce  que  c’eft  (ce  qui  décèleroit  étrangement  Foire  propre  ignorance 
dans  la  Phifique)  Fous  n'avés  qu’à  demander  à la  petite  Sophie , quelle  Parure  flo - 
tante  avait  fa  Maîtreffe  fur  les  Cheveux  ? Je  me  divertis  d’avance  du  Ris  mo- 
queur dont  elle  va  regaler  Fdtre  Que  (lion,  au  Lieu  d’y  répondre.  Et  quoi , dira  So- 
phie, un  Homme  fi  (eau,  fi  grand,  fî  doue,  ne  fait  pas  que  ma  Maîtreffe  eft  coilte'e 
en  Papillon  dans  le  Coût  le  plus  nouveau  ! . . . Grâces  à mon  Etoile , fai  appris 
par  un  bnreux  Hazard  le  vrai  Nom  de  cette  Parure  fuivant  toute  l’Energie , que  lui 
donne  le  Monde  galant . Foici  comment.  J’étois  il  y-a  quelques  jours  pour  affaires 
dans  une  bonne  Maifon.  La  Soubrette  entra  dans  la  Chambre , demandant  à fa  jeune 
AJaîtreffe , comment  elle  vouloit  être  coiffée  ce  Jour  là.  Sotte  que  tues  ès,  lui 
répondit  la  Demoifelle , comment  me  coifFerois-je  qu’en  Papillon  ? 

En  Papillon  ! difois-je  en  moi  méme,c’ejl  en  Allemand  un  petit  Oifeau  dd Eté  ! 
En  Papillon  cela  va  être  quelque  chofe  de  drôle  à voir  ! Par  Bonheur  la  Soubrette 
apporta  le  Papillon  avant  que  je  quittaffe  la  Chambre.  Elle  n’eut  pas  plutôt  at- 
taché ce  Papillon  au  fommet  de  la  Tète  de  cette  Demoifelle , que  je  vis  la  Meta • 
rnorphofe  la  plus  promte , qui  Çe  puiffe  imaginer.  Car  désque  Mademoij'elle  fut 
parée  de  ce  Papillage,  elle  fe  mita  voltiger  d’un  bout  de  la  Chambre  a l’autre  avec 
toute  l’Agilité  d’un  Papillon» 

Fous  n’avés  qu ’ à Fous  mordre  les  Doigts , Monjîeur , de  ce  que  Fous  Inif  es  paf- 
fer  journellement  tant  de  Belles  devant  Vos  Fenêtres,  fans  avoir  fait  encore  Attention 
au  Papillon,  leur  Parure  favorite,  Pi?  outre  cela  prife  de  la  Phifique  ; Fi?  de  ce  qu ’ 
en  même  tems  Fous  m’avês  fait  voir  une  Ignorance  fi  marquée  de  la  Pratique  du  bel 
Air. 

L’ Affection  qu’on  a ch'es  nous  pour  les  Papillons  va  fi  loin,  que  la  Soeur  ca- 
dette de  mn  Tante , qui  (fl  une  Fillete  de  72»  Ans,  manqua  Dimanche  dernier  l’Egli - 
fe,  parce  que  fa  Sorcière  de  Co  ffeufe  ne  lui  apporta  pas  fon  Papillon.  Quel  Zele  ! 

Auffl  eft  on  redevabe  de  cette  belle  Inclination  à un  jeune  Savant , qui  a pré- 
tendu prouver  à fa  Maîtreffe,  par  les  Langues  originales,  que  fa  Coffure , qui  répre- 
fentoit  effectivement  un  Papillon,  renfermoit  ie  ne  fais  quoi  de  miflerieux,  de  beau 
Fÿ  de  gentil.  Il  fe  mit  enfuite , à lui  expliquer  te  Alot  grec  Pfyche' , en  lui  difant 

qu’il 


TAB.  LXXV.  Fig.  i.  L’Arlequin, Infe£e d’Eau  marécageufe,&c. 

qiïïl  pgnifloit  également  Papillon,  & Ame.  il  lui  prouva  par  Montfaucon,  par 
les  Recherches  de  l’Antiquité  de  Sandrat  & de  Spon , que  les  Anciens  mettoieni 
des  Papillons  fur  les  Tombeaux  de  leurs  Morts , pour  Marque  de  leur  Incorruptibi- 
lité. Il  lui  démontra , que  le  Mot  Compofé  <r  flgnifle  moins  Amateur  des 

Papillons , qu’Amie  des  Ames , & tant  d'autres  belles  Cbofes.  Sapient.  II.  v.a6* 

Voila,  Mon  beau  Monsieur , pour  Vous  Matière  a Reflexions  & à des  Raifon - 
nemens  plus  juftes.  Car  fi  Pfyché  fignifle  en  Grec  aujji  bien  l’Ame , que  le  Papil- 
lon, fl  nos  Belles  aiment  ces  Pfyché , jusqu'  à en  faire  l'Ornement  de  leurs  Che- 
veux ; l’on  peut  bien  dire  qu'elles  font  des  <r,  qui  font  connoître , par  ces 

Marques,  prifes  du  Régné  de  la  Nature , les  Bons  Effets  qua  produit  la  Phifique  dans 
ï'Ejprit  du  Beau  Sexe , l’attends  Votre  Réponfe  avec  Impatience  & fuis 

TABLE  LXXV. 

Fig.  i. 

L'Arlequin,*  Infe&e  d’Eau  marécageufe,  ou  le  Mou- 

cheron dit  ie  Coufin. 

Parmi  les  Infeéles  d’Eau  marécageufe,  il-y-a  une  Créature,  qui  ref- 
femble  à bien  des  Egards  la  Figure  grotesque  d un  Arlequin.  Sa 
Tête  noire,  Ton  Corps  de  diverfes  Couleurs,  Tes  Sauts,  Tes  Bonds,  iês 
Elans,  fes  Tours  ridicules,  ont  bien  du  Rapport  avec  ceux  de  ce  Bouf- 
fon du  Théâtre  Italien.  Car  tantôt  il  fe  met  fur  la  Tête,  ou  plûtôt  fur 
cette  Langue  ou  Soupape  rouge  s que  l’on  voit  paroître  au  deffous  ; 
tantôt  il  fe  drelfe  parfaitement  fur  fa  Queue  garnie  de  deux  larges  Na- 
geoires ; tantôt  il  s’étend  tranquillement  tout  de  fon  Long,  puis  fe  ra- 
ma Tant  tout  d’un  Coup , il  s’élance  en  avant  par  un  Saut  de  Serpent. 
Quelque  fois  il  fe  met  en  Peloton,  regardant  malicieufement  comme 
Scapin  de  deffous  fon  Manteau,  & fait  enfuite  un  Saut  en  l’Air  ; enfin  il 
fe  courbe  comme  un  Arc  bandé , & nage  en  cette  Pofture  fur  l’Eau  à pas 
de  Chenille  ; fachant  auffi  bien  conferver  l’Equilibre  qu’un  Poiifon,  tant 

fur 

* Ainfi  nommé  d caufe  de  fa  Tête  noire , de  fon  Corps  bigarré  & des  curieufes  Cabrio- 
les qu’il  fait. 


TABLE  LXXV.  Fig.  2.  Le  Puceron  Verd  ou  le  Monocle.  6 f 

fur  la  Surface  de  l’Eau  que  dans  la  Profondeur.  Tout  cela  m’a  engagé 
à le  comparer  à un  Arlequin  8c  à lui  en  donner  le  Nom, 

Au  refie  a)  dans  cette  Fig,  r,  marque  la  Grandeur  naturelle  de  fin- 
feéte  ; & ce  qui  eft  marqué  par  de  petites  Etoiles  , marque  fes  diverfes 
Attitudes  avec  quelque  GroiH/Ternent,  8c  fes  differens  Mouvemens.  Par- 
contre  b)  eft  un  Dejfein , qui  a été'  tiré  par  la  Lentille  Nro  4.  fous  le  Mi- 
crofcope  compofé  de  Marfchal  ; fuivant  lequel  ce  Moucheron  a la  Tête 
ovale,  garnie  de  deux  /intènes  pointues  comme  des  Aiguilles,  d’une  Mâ- 
choire à Pinces , 8c  de  deux  Yeux  bruns.  Il  a outre  cela  le  Corps  long  & 
délié  avec  Douz z Jointures,  8c  un  Conduit  Verà , qui  paffe  depuis  la  Tête, 
jusqu’ou  Bout  de  la  Queue.  La  dernière  Jointure  a aux  deux  Côtes 
deux  Nageoires  longues  & quatre  plus  courtes,  ayjec  quelques  Bouts  de 
Poil  ; ainfi  qu’on  peut  voir  dans  d)  groffi  par  Nro  3)  javec  la  Tête  c) 
au  Deffous  de  laquelle  fe  voit  une  longue  Soupape  rouge,  femblable  à 
une  Langue,  qui  lui  fert  de  Pies  , pour  fe  tenir  en  Equilibre  dans  tous 
fes  Mouvemens.  Sa  Couleur  qui  eft  de  Cinabre  hors  du  Microfcope,  eft 
mêlée  dans  le  Microfcope,  donnant  fur  le  Jaune,  le  Rouge  8c  la  Couleur 
de  Rofe  ; ce  qui,  avec  le  Conduit  t erd,  fait  un  très  bel  Effet  pour  la  Vue. 
Enfin  il  fe  métamorphofe  en  Chryfalide,  de  laquelle  naît  une  Efpèce  de 
Moucheron  ou  Goufw. 

La  Figure  i. 

répréfente  le  Puceron , que  Mr.  le  Chevalier  Linnaeus  appelle  Monocle , 
Mr.  le  Doêteur  Schaefer  de  Ratisbonne,  de  même  que  Schwammerdam, 
Puce  d’Eau  rameuse,  Mr.  Roefel  Puce  d’Eau  cornue , 8c  Hoedaert  Pou  d'Eau,  a) 
En  fait  voir  laGroffeur  naturelle  ; bien  qu'il  s’en  trouve  quelque  fois  de 
plus  gros;  b)  eft  le  même  groffi,  donc  la  Figure  eft  ovale.  Cet  Animal- 
cule paroît  n’avoir  qu’un  Oeil,  quoi  qu’  en  Effet  il  en  ait  deux,  comme 
[es  autres  Infeétes  lesquels , félon  Schwammerdam , font  en  forme  de 
Retine  8c  fi  près  l’un  de  l’autre,  qu’ils  femblent  n’en  faire  qu’un  ; en  quoi 
8c  furtout  par  la  Difîeélion  en  général,  il  eft  contredit,  par  Mr.  le  Doét, 
Schaefer.  Ces  Yeux  font  au  Front  au  Deffus  du  Bec  ; & par  deffus  font 

I les 


66  TABLE  LXXV.  Fig.  2.  Le  Puceron  Verd  oü  le  Monocle. 

les  deux  Cornes  rameufes.  Chacune  de  ces  deux  Cornes  ou  Bras  fort  d’un 
Tronc,  qui  fe  partage  en  deux  Branches , chacune  desquelles  a cinq  Ra- 
meaux particuliers.  L’on  verra  dans  e)  une  de  ces  Branches  grofiie  par 
Nro  2.  du  Microfcope  manuel.  Avec  cette  Quantité  de  Bras  ou  de 
Nageoires,  il  fend  les  Eaux  en  tous  fens  avec  la  Rapidité  d’une  Flèche, 
& il  efl  aufli  habile  à faire  le  Moulinet,  qu’  à fauter  & à nager.  Son 
Corps  efl  enveloppé  d’une  Coque  transparente  d’un  blanc  qui  luit  com- 
me Argent , & très  artiflement  trefiée  \ ainfi  qu’on  peut  voir  c)  d). 
Mais  la  Conflruélion  de  ces  Coques  n’eft  pas  uniforme  ; car  il-y  en  a qui 
paroiflent  couvertes  de  Mailles,  d’autres  dr  Ecailles,  d’autres  de  Lofanges 
& enfin  d’autres  à' Hexagones  & d’Oïïogones.  Pour  la  Tête,  elle  efl  com- 
me envelopée  dans  une  Cape,  & la  Bouche  approche  fort  du  Bec  d’un 
Oifeau.  La  Coque  du  Corps  efl  ouverte  delTous  le  Ventre  & divifée  en 
deux  Parties  égales,  que  l’fnfeéle  peut  dilater  & comprimer.  Son  Ex- 
trémité fe  termine  en  Pointe  fur  le  Derrière  ; mais  fur  le  Devant,  elle 
préfente  fouvent  une  Queue  garnie  de  Quantité  de  Rameaux  & de  Poils 
fort  déliés,  dont  il  fe  fert  encore  pour  ramer.  Toute  la  Coque  depuis 
l’Oeil  jusqu’  à l’Extrémité  efl  traverfée  d’un  Conduit  ou  Bo'iau  rouge , qui 
fait  tout  le  Corps  de  l’Animal.  Sur  le  Devant  de  ce  Corps  font  les  Piés, 
qui  font  pareillement  garnis  de  Pointes  de  Nageoire,  & qui  font  dans 
un  Mouvement  continuél,  qui  femble  trembler,  attirer,  ou  ramer.  Le 
Mouvement  periftaltique  de  l'Inteflin  fe  diftingue  fans  Peine  , de  même 
que  l’Ovaire  où  l’on  compte  30^40,  Oeufs.  Cette  Puce  d’Eau  vient  fou- 
vent  en  Mue , & l’on  trouve  autant  de  fes  Dépouilles  nager  fur  l’Eau, 
qu’on  en  trouve  du  Puceron  en  forme  de  Roignon. 

Comme  parmi  les  Puces  d’Eau , il  s’en  trouve  une  Efpèce  particulière 
dont  le  Corps  efl  rouge,  qui  relTemblent  à celles  de  la  73™  Eflampe,  & 
qui  couvrent  affés  fouvent  la  Surface  d’un  Marais  ou  d’un  FoiTé  ; ces 
innocentes  Créatures  peuvent  fans  Peine  avoir  caufé  l’Erreur  , où  a été 
l’Antiquité,  qu’il  avoit  plû  du  Sang  en  certains  Endroits.  C/efl  une  Ré- 
flexion qu’a  fait  Schwammerdam  dans  la  40.  Page  de  fa  Bible  de  la  Na- 
ture* C’eft  là  que  je  renvoie  le  Leéleur,  de  même  qu’à  Derham  , à 


TABLE  LXXVI.  Une  Antène  de  Papillon  de  Ver  à Soie  &c.  67 

Back,  à Tremblai  & au  Traité  de  Mr,  le  Doél.  Sehaefer,  des  Polypes 
Verds,  des  Puces  d’Eau  &c. 

La  Continuation  des  Polypes  ne  tardera  pas. 

TABLE  LXXVI. 

Une  Antène  de  Papillon  de  Ver  à Soïe  & les  Ani- 

maux Spermatiques  de  ce  Papillon. 

Si  ce  petit  Papillon  blanc,  qui  a fi  peu  d’Apparence,  nous  répréfente  en 
entier  tant  de  Beautés  remarquables  fous  le  Microfcope  ; Sa  Barbe 
feule  & fes  deux  Antènes  en  particulier  ne  font  pas  moins  dignes  d’Ad- 
miration.  Ce  fuperbe  Ornement  de  'fête  confiée  en  deux  magnifiques 
Panaches,  dont  les  deux  Côtés  de  la  Face  font  ornés,  & dont  celui  du 
Coté  droit  eft  répréfenté  a)  d’après  nature  , & b)  grolli  par  la  Lentille 
Nrof.  tel  que  je  l’ai  obfervé  ’&  deffiné  fous  le  Microfcope  compofé  de 
Marfehal.  Les  deux  / Intènes  font  tout  contre  les  Yeux  & confident  en 
un  Tuïau  d’une  Matière  qui  approche  de  la  Corne,  allant  toujours  en 
Pointe  & garni  de  Plumes.  Des  deux  Côtés  de  ce  Tuïau,  il  en  fort  30* 
autres  qui  font  bruns  & creux,  & lesquels  font  garnis  de  leur  Duvet 
comme  les  Plumes  d’une  Aile  d’Oïe  i ce  que  le  Leéleur  verra  clairement 
dans  b).  Mais  les  Obfervations  que  j’ai  faites,  fur  mes  Papillons  & leurs 
Métamorphofes,  m’aïant  préfenté  une  Circonftance  très  fingulière,  & 
que  j’ai  trouvé  digne  de  toute  mon  Attention,  je  ne  faurois  m’empêcher 
de  la  communiquer  de  bonne  Foi  & delà  foumettre  au  Jugement  du 
Public. 

Il- y*  a environ  fix  Semaines,  qu’il  m’efl  éclos  de  mes  Cocons  de  Soïe, 
quoiqu’en  dififerens  Tems,  deux  Papillons  Femelles  & trois  Mâles.  Je 
n’exprimerai  pas  ici  l’Ardeur  qu’ont  ces  Papillons  à fe  multiplier,  Scbwam - 
merdam , Malptgbi  & Leewenhoeck  en  aïant  déjà  tant  parlé. 

11  me  fuffira  d’alTurer,  que  le  Mâle,  éclos  le  4.  Août,  étoitàpeine  hors 
de  fa  Coque  depuis  un  Quart  d’ Heure,  & s’étoit  purgé  de  l’Humidité 

I Z rouge 


ég  TAB.  LXXVI.  Une  Antëne  de  Papillon  de  Ver  à Soie  &c. 

rouge  jaunâtre,  avec  laquelle  il  étoit  né,  qu’il  courut  avec  la  dernière 
Chaleur  après  la  Femelle,  qui  n’étoit  aufli  éclofe  que  depuis  une  Demi- 
heure,  pour  s’apparier  avec  elle.  Cela  arriva  à 10.  Heures  du  Matin. 
Le  Lendemain^  3.  Heures  après  Midi  naquit  le  fécond  Mâle,  pendant 
que  le  premier  étoit  toujours  attaché  à la  Femelle. 

Je  fus  tout  étonné  de  voir,  que  ce  nouveau  Mari  prefque  dans  le 
même  Inflant,  qu’il  étoit  forti  de  la  Coque,  fentit  certainement  par 
l’Odorat  la  Préfence  d’une  Femelle.  Il  fe  mit  à Voltiger  fur  le  Papier 
avec  Agilité  & Emprelfement  ; & fe  purgea  auffl  plus  promtement,  que 
le  prémier. 

Mais  de  Peur  qu’il  ne  devînt  trop  Chaud , je  le  feparai  d’avec  la 
prémière  Paire  ; & puis  aïant  arraché  le  Mâle  de  deiïus  la  Femelle  , je 
mis  celle-  ci  à Part,  & j’en  fermai  les  deux  Mâles  dans  une  Boite.  C’eft 
ici  que  je  vis  une  nouvelle  Merveille  de  la  Nature.  A Peine  le  Mâle, 
feparé  delà  Femelle,  fut-il  avec  l’Autre  fur  le  Papier,  que  celui-ci  fe 
mit  à batre  des  Allés  & à courir  après  l’Odeur.  Il  fauta  effeélivement 
fur  fon  Camarade,  & après  avoir  près  de  Demi-heure  tâché  d’émouvoir 
fa  prétendue  Femelle  par  toutes  fortes  de  Carefles  ; je  vis  enfin  les  deux 
Mâles  fe  feparer  tout  trilles  & pendant  les  Ailes.  Mais  à la  Place  qu’ils 
avoient  quittée,  je  découvris  une  Liqueur  blanche  femblable  à du  Lait, 
& qui  ne  donnoit  point  dans  la  Couleur  de  Sable,  qu’  a celle  que  ce  Pa- 
pillon dépofe  apparemment  en  fe  purgeant  lors  qu'il  eclot  ; & ainfi  je 
crus  que  c’étoit  la  Sperme  virile.  Je  ne  me  trompai  point  ; car  faififlant 
mon  Microfcope  manuel  & examinant  avec  Attention  un  peu  de  cette 
Matière  glutineufe,  je^vis  très  clairement  une  Armée  à' Animaux  Sperma - 
tiques,  qui  couroient  d’une  Marche  promte , dégagé  & variée  d’un  En- 
droit du  Verre,  qui  fe  deflechoit,  à un  autre,  où  il  y avoit  encore  quel- 
que peu  de  cette  Sperme  fluide,  pour  y trouver  leur  Vie.  J’avoue,  que 
je  doutai  d’abord  de  ce  que  je  voïois.  Mais  il  Tnourut  deux  Jours 

après 


TABLE  LXXVII.  Les  Etamines  de  la  Rofe,  C9 

après  une  Femelle,  fur  laquelle,  toute  morte  qu’elle  étoit,  un  Mâle  ne 
tailla  pas  de  Voltiger  alfés  long-tems,  & de  perdre  copieufement  de 
Semence  ; ce  qui  me  donna  occafion  de  réitérer  mon  Obfervation  & d’y 
appeller  encore  un  Couple  de  Perfonnes.  Sûr  de  mon  Fait  ; j’ai  fidèle- 
ment delfiné  Fig.  c)  ces  Animaux  Spermatiques  des  Papillons  Mâles  des 
Vers  à Soie  de  la  même  Grolfeur,  que  me  les  a répréfentés  Nro  00.  dans 
le  Microfcope  manuel  & avec  des  Queues  très  courtes , lesquelles  j’ai 
trouvé  immobiles. 

Comme  il-y-a  alfés  d’Amateurs,  qui  élevent  de  Ven  à Soie,  rien  ne 
leur  eft  plus  aifé  que  d’imiter  journellement  cette  Obfervation  & de  ju- 
ger de  fa  Juft elfe, 

TABLE  LXXVII. 

Les  Etamines  de  la  Rofe. 

Avant  que  d’entrer  dans  l’Explication  de  cette  7 7™*  Fftampe , je  dois 
avertir,  que  je  m’étendrai  davantage  dans  la  8ome,  dans  laquelle 
je  répréfenterai  les  Epines  & toutes  les  autres  Parties  de  cette  Fleur, 
Pour  le  Coup  a)  répréfente  une  Rofe  commune  avec  fes  Etamines  & fes 
Anthères  b)  ; desquels  on  en  voit  c)  un  par  Dcifus  & d)  par  Delfous, 
comme  il  flotte,  pour  ainfi  dire,  au  Bout  du  Filet  délié  de  fa  Queue. 
Les  Grains  de  Semence,  qui  font  fur  la  Surface  e),  & qui  tiennent  aulTi 
à des  Queues  très  minces,  font  défïinés  dans  f)  par  Nro  3.  & dans  h) 
par  Nro  o.  L’on  peut  même  voir  par  Nroo.  très  diflinélement  les  Vef 
fies  ou  Globules  pleins  de  Liqueur,  que  contient  chaque  Grain  de  Pouffière 

fécondante  ou  anthèrique. 

♦ 

Voulant  faire  l’Experiment,  fi  cette  Pouffière  créveroit  comme  celle 
des  autres  Fleurs  ; je  vis  avec  Surprife,  qu’elle  ne  faifoit  que  changer 
de  Figure,  fans  créver  fi  fubitement,  & que  désque  j’eus  mis  un  Peu 
d’Eau  dans  le  Porte-Objet  les  Grains  qui  avoient  la  Figure  du  Grain  de 

I 3 Fro- 


7<3 


T A B L E L XXVIII.  L’Eau  du  Sang  ou  le  Sérum. 

Froment,  devenoient  ronds  comme  des  Grains  de  Poivre  ; ainfi  que 
je  les  ai  defiinés  dans  e)  par  Nro  3.  8c  dans  g)  par  Nro  o.  du  Microfco- 
pe  Anglois,  dont  les  Particules  de  Liqueur  du  Dedans  fortoient  lentement 
& petit  à petit  hors  de  leur  Peau  ou  Enveloppe,  Je  remets  le  Refte  à 
la  Feuille  fuivante. 


TABLE  LXXVIÎI. 

L’Eau  du  Sang  ou  ie  Sérum. 

n de  mes  Amis  infiniment  recommandable  par  bien  des  Endroits,  m‘i 
envolé  cette  Obfervation  dans  la  Lettre  fuivante. 


Monfieur! 

^J"e  me  fis  faigner  le  Mois  de  Mai  paflfôi  Lorsque  fur  le  Soir  je  voulus 
„ vifiter  le  Sang,  que  j’avois  fait  couler  dans  une  Talfe,  j’en  trouvai  les 
,,  parties  rouges  & épaiffes  entièrement  feparées  d’avec  les  Aqueufes. 

Je  mis  bien  fubtilement  dans  un  autre  Vafe  bien  propre  le  Sérum  fans 
s,  aucun  Mélange  de  Parties  rouges  , mais  aïant  cependant  fa  Couleur 
j,  jaunâtre,  quoique  très  claire.  J’en  mis  d’abord  une  Goûte  dans  le 
î,  Porte-Objet , que  je  mis  fous  le  Microfcope  manuel  avec  ie  Miroir  de 
„ Réflexion.  Je  la  regardai  par  le  Nro  3 & je  n’y  aperçus  pas  la  moin- 
M dre  Marque  de  Corps  étranger.  La  Goûte  demeura  claire  & trans- 
3,  parente,  comme  une  autre  Matière  fluide,  même  fous  Nro  1.  & o 
„ Mais  au  Bout  d’une  Heure,  que  l’humeur  fluide  fe  fut  dilfipée,  je  vis 
,,  une  très  belle  Configuration  du  Sel  qui  étoit  dans  le  Sérum  c’eftlaFig.t . 
„ Là  deffus  je  laiflai  encore  le  Sérum  4.  Jours  dans  le  Vafe,  jus-qu’à  ce 
,,  qu’il  commençât  à fentir  mauvais.  Alors  une  Goûte  que  je  mis  de 
„ nouveau  furie  Porte-Objet , préfenta,  après  que  le  Fluide  fe  fut  éva- 
„ poré,  les  Criftaux  variés  & Deflinés  dans  la  Fig.  i.  En  confrontant 
>3  les  Criflaux  de  Y Ammoniac  de  la  XXllf,  Table  avec  Ceux  ci,  l’on  y 
„ trouve  bien  de  la  Reflemblance,  en  ce  que  les  Pointes  qui  partent  en 
„ biaifant  d’une  Longue  Lance  font  plus  de  Reüanglei  avec  la  Ligne  droite 


TABLE  LXXVIIÏ.  L’Eau  Sang  ou  le  Sérum.  ?r 

,,  & qu’elles  ont  des  Denst  Auffi  eft-il  confiant  par  l’Analogie  des  deux 
,,  Figures,  que  ce  n’efl  pas  fans  Raifon  que  l’on  foutient  que,  furtout 
„ après  quelque  Changement,  les  Sels  qui  font  dans  le  Sang  tiennent 
,,  du  yolatil , de  \'Alkali>  de  celui  de  l’Urine  & de  Y Ammoniac^ 

,,  Il  feroit  donc  Queflion  de  lavoir,  fi  nous  voudrions  détermî- 
,,  ner  l’Operation  des  Sels  par  leur  Figure.  Mais  l’on  n’en  découvre  la 
,.  Figure,  que  quand  fis  fontfecs,  ou  que  le  Fluide  dans  lequel  ils  font,  en 
eft  furchargé,  & non  pas  dans  le  Fluide  même.  Et  les  Sels  eux  même, 
,,  fuivant  les  Principes  de  la  Chimie,  n’opèrent,  que  lorsqu’ils  font 
,,  diffous.  L’on  découvre  auffi  ça  & là  dans  cette  Figure,  furtout  vers 
9,  les  Bords  de  la  Circonférence,,  des  Criflaux  difperfés  , lesquels  dans 
,,  un  haut  Point  de  GrofliiTement  reffemblent  fort  à ceux  du  Sel  à cuire; 
„ L’Exiflence  duquel  nous  y doit  d’autant  moins  furpendre , que  nous 
,,  en  prenons  tout  tous  les  Jours.  Le  Refie  du  Fluide  fe  delfêcha  -en- 
,,  fin  dans  le  Vafe,  comme  aulïî  au  Bord  du  Verre  du  Porte-Ob^et,  il  prit 
„ des  Fentes  comme  fait  la  Colle  defifêchée,  & répréfênta  un  véritable 
,,  Gluten  animate.  D’où  il  refulte  clairement,  que  ce  Sérum  efl  encore  en 
„ grande  Liaifon  avec  les  Parties  lymphatiques.  11  y- a cependant  toute 
„ Apparence,  que  les  divers  Mélanges,  qui  fe  trouvent  dans  le  Sang  & 
„ fon  Sérum  & qui  procèdent  de  la  Diverfitéde  Temperemment,  de  Re» 
,,  gime  & de  Maladies,  occafionent  auffi  de  différentes  Configurations. 

Je  fuis  D. 

Quelques  Semaines  après  que  j’eus  reçu  cette  Lettre,  avec  îesOb- 
fervations  de  ci  deffus  ; je  me  fis  moi  même  Saignerau  Bras  & aïantfait 
les  mêmes  Experimens  fur  fe  rerum,  j’y  vis  les  mêmes  Con figurations  &1  es 
mêmes  Criflaux,  qui  m’avoîent  été  envoîés.  Mais  étant  bien-aife  devoir 
les  Criflaux  de  Sel  bien  groffis,  & qu’il  faifoit  urr  très  beau  Jour  , je  pafiai 
le  Porte-Objet  dans' mon  Microfcope  folaire,  & j’eus  Lieu  d’être  très  fa- 
tisfait.  Voilà  auffi  pourquoi  j’ai  voulu  les  répréfenter  dans  la  Fig.  d) 

tels 


72  TAB.LXXIX.  Le  Moucheron,  le  Coufin,  Infe&e  d’Eau  limonneufe, 

tels  que  je  les  ai  deflinés  contre  la  Muraille,  à l’Aide  de  Nro  4.  avec  quel- 
ques Branches  c)  c)  des  deux  Configurations,  J’ai  eu  du  depuis  Occa- 
cafion  de  réitérer  plufieurs  fois  les  mêmes  Emperimens  fur  le  Sérum , & 
je  les  ai  trouvés  prefque  tous  uniformes.  Si  quelcun  de  mes  Lecteurs 
vouloir  imiter  cette  Obfervation,  je  lui  confeille  de  laifler  la  Goûte 
s’évaporer  & fe  deftecher  d’elle  même  fur  le  Porte  Objet,  fans  le  MinU 
flère  du  Feu  ou  de  quelque  Chaleur  étrangère  ; les  Configurations  ea 
feront  & plus  belles  & plus  régulières  ; & alors  elle  pourra  paifer  par 
toutes  les  Clafifes  du  Grofliifement,  Dans  cette  78me  Eftampe,  la  Figu- 
re i)  & b) b)  a été  tirée  d’après  Mro  3.  du  Microfçope  manuel  ; la  Fi- 
gure c)  & d)  d’après  Nro  4.  du  Microfcope  folaire,  & a)  ne  fait  que 
répréfenter  la  Goûte  deffêchée. 

TABLE  LXXIX. 

Le  Moucheron,  le  Coufin,  Infe&e  d’Eau  limonneufe. 

Schwammerdam  appelle  cette  petite  Créature  Moucheron  ; il  1’  a très 
bien  décrite  pag.  144.  & très  finement  tirée  dans  la  3 r’  e Eftampe. 
11  la  met  dans  la  troifième  ClafTe,  quoique,  dit  il,  on  devront  croire,  quelle 
appartient  a la  Seconde,  parce  que  fa  Chryfalide  fe  meut  d'un  Lieu  à l'autre , quelle 
nage  dans  l'Eau  & quelle  ne  demeure  pas  immobile  dans  une  Place , comme  font 
celles  de  la  Fourmi,  de  l’Abeille  &c.  Car  bienqut  cette  Chry  falide  (que  j’ai 
dellinée  dans  cette  Eftampe-  c)  au  Naturel,  & d)  grofifie)  nage  dans  l’Eau ; 
elle  meut  cependant  aujji  peu  fes  Membres , que  celles  de  la  fécondé  ClaJJè.  Pour 
moi  fans  entrer  dans  la  Validité  de  ces  Raifons  ; je  me  contenterai 
d’aflfûrer,  que  j’ai  vû  une  Infinité  de  Fois  toute  la  Partie  de  derrière  de 
cette  Chryfalide  fe  mouvoir  très  diftinétement  dans  l'Eau. 

« y 

Ce  Moucheron  naît  d’un  Oeuf,  que  la  Femelle  pond  dans  l’Eau,  du- 
quel fort  au  Bout  de  quelques  Jours  un  Vermiffeau , répréfenté  Fig.  a) 
dans  cette  7#ine  Eftampe ♦ Dés  qu’il  fepeut  mouvoir,  il  cherche  la  Sur- 
face 


TAB.LXXÎX.  LeMoucheion,  le  Coufin,  ïnfe&e  d’Eau  lîmonneufe.  73 

face  de  l’Eau,  où  il  refte  fort  long-tems  pendu  par  une  Partie  fingulièrc 
de  fa  Queue,  qui  eft  marquée  d’une  Etoile.  L’on  en  Voit  quelquefois 
des  Centaines  ainfi  enfemble  ; mais  ce  n’eft  pas  leur  feul  Mouvement; 
car  ils  font,  comme  les  PoilTons,  les  Sauts  & les  Elans  les  plus  curieux 
dans  l’Eau.  11  a tout  le  Corps  tranfparent  comme  du  Verre  jaune , & 
dix  Jointures,  dont  chacune  a de  chaque  Côté  quatre  à fix  Soïes  ou  Poils 
fort  durs.  Sa  Tête  confifte  en  deux  Yeux  qui  reflfemblent  à ceux  du 
Moucheron  , deux  Antènes  fourchues  ; le  Mufeau  eft  garni  de  Poil, 
aulîi  bien  que  l’Extrémité  de  la  Queue,  laquelle  a encore  deux  Efpèces 
de  Soupapes.  Il  a un  Boïau  long  , qui  traverfe  tout  le  Milieu  du  Corps, 
lequel  a à chaque  côté  deux  Trachées  très  menues  ; & l’on  y peut  voir 
très  clairement  le  Mouvement  de  la  Digéftion  des  Alimens,  de  même 
que  dans  le  Refte  de  T Jnteftin. 

Cet  Ir.feéfe  parvenu  à fon  entière  GrofTeur,  quitte  fa  Vieille  Peau, 
&fe  change  en  la  Chryfalide  e)  dans  laquelle  on  peut  déjà  voir  toutes  les 
Parties  du  futur  Moucheron , Cette  Chryfalide  eft  répréfentée  groflîe 
dans  d).  Elle  a au  Sommet  de  la  Tête  deux  petites  Cornes  ou  Trachées 
pour  tirer  laRefoiration  ; & au  Lieu  que  le  Ver  avoit  d’ ordinaire  la  Queue 
en  haut  la  Chryfalide  y a la  Tête  & la  Queue  en  bas.  A l’Extrémité 
de  la  Queue  elle  a une  Nageoire  pour  ramer , avec  laquelle  elle  avance, 
mais  d’une  autre  Façon  & bien  plus  lentement,  que  ne  faifoit  le  Ver» 
Le  Moucheron  aïant  pris  les  Forces  nécelfaires  ; à quoi  il  ne  lui  faut  que 
quelques  Jours,  il  Ouvre  la  Chryfalide  entre  les  deux  Petites  Cornes , ou 
Trachées,  par  lesquelles  elle  fe  tient  à la  Surface  de  l’Eau  ; après  quoi  la 
Peau  fe  dépouille  & le  Moucheron , qui  en  fort,  demeure  par  fa  légéreté 
fur  l’Eau,  jusqu’  à ce  que  fes  Ailes  étant  entièrement  fechées  par  l’Air, 
il  les  puiffe  déploïer  & prendre  l’Elfor,  L’on  voit  Fig,  e)e)deux  de  ces 
Créatures  au  Naturel,  petites  à la  Vérité  ; mais  redoutables  pour  leur 
Aiguillon,  Je  donnerai  dans  la  8yme  Eftampe  un  Moucheron  grolfi  avec 

K tout 


74  TAB.  LXXIX.  Le  Moucherons,  le  Coufin,  Infe&e  d’Eau  limonneufc, 

tout  ce  qu’il  a de  remarquable.  Pour  l’Heure  , je  m’en  vai  inférer  ici 
une  Obfcrvation  fingulière,  tirée  delà  Bible  de  la  Nature  , par  laquelle 
Schvrammerdam  prétend  expliquer  la  Raifon  pourquoi  ce  Per  fe  peut 
aiidü  bien  tenir  par  fa  Queue  fufpendu  à la  Surface  de  l’Eau,  que  l’on  y 
voit  pendre  ces  petits  Marmoufets  de  Verre  par  l’Ampoule,  qu’ils  ont  fous 
les  Pies.  „ C’e fl,  dit-il,  que  la  Queue  a au  Bout  une  Ouverture,  qui 
„ tire  l'Air;  ce  qui  fait  qu’on  Voit  quelques  Vefîies  fur  la  Surface  de 
,,  l’Eau,  où  eft  P Extrémité  de  la  Queue.  Cette  Partie  de  la  Queue 
,,  étant  toujours  féche , désque  le  Ver  la  porte  à Fleur  à'  Eau  , l’Eau  en 
,,  découle  de  toutes  parts,  <k  l’on  voit  diftinélement  qu’il  fe  fait  un 
,,  petit  Creux  dans  l’Eau  ; puisque  lorsque  le  Ver  s’  y enfonce,  l’Eau  ne 
„ pouvant  trouver  entrée  dans  la  Queue  fêche,  elle  demeure  tout  à 
„ l’Entour,  & qu’ainfi  le  Ver  nage  très  dégagément,  par  l’  Extrémité  de 
„ fa  Queue  à Fleur  d’Eau,  comme  un  VailTeau  vuide,  le  Fond  en  haut, 
„ ou  comme  une  Aiguille  d’Acier,  qu’on  pafle  dans  un  Morceau  de  Lié- 
„ ge,  laquelle  fait  auili  fur  la  Surface  de  l’Eau  un  Creux  ailes  percep- 
s,  tible. 

„ Je  lui  ai  auffi  vü  quelque  fois  porter  la  Tête  hors  de  l’Eau.  Mais 
,,  c’étoit  que  la  Queue  ne  fe  pouvant  plus  conferver  fêche,  ne  pouvoir 
„ plus  fe  tenir  fur  l’Eau  ; ce  qui  arrive  lors  qu’on  tourmente  trop  le 
„ Ver  & qu’on  fecoue  trop  le  Verre  où  il  eft.  Aufli  lui  ai  je  vû  pren- 
„ dre  fa  Queue  à la  Bouche,  & la  réparer  de  même  que  fon  Poil.  Ce 
„ petit  animal  imite  en  cela  les  Oifeaux  aquatiques,  qui  paffent  leurs 
„ Plumes  dans  le  Bec  pour  les  frotter  d’une  Liqueur  huileufe  qu’ils  por- 
„ tent  au  Croupion  , & cette  Matière  huileufe  préferve  le  Fer  de  la 
3,  Rouille  &c. 

Enfin  j’ai  encore  à noter,  que  cet  Infeéle,  examiné  & defiiné  d' 
après  le  Verre  Angiois  Nro4.  c’eft  à dire  par  une  Lentille  de  quatre  Lig- 
nes répréfente: 


TAB.  LXXX.  Les  Epines,  Piquans,  les  Piftile  avec  l'Ovaire '&c.  7* 

a)  la  GrofTcur  naturelle,  b)  la  Figure  groffie  de  ce  Ver,  avec  cette 
Extrémité  de  la  Queue  marquée  d’une  Etoile,  par  laquelle  il  fe 
pend  à la  furface  de  l’Eau,  c)  Montre  la  Chryfalide  au  Natu- 
rel, d)  Graille,  d’où  fort  le  Moucheron  e)  defïiné  ici  d’après 
Nature. 


TABLE  LXXX. 

Les  Epines,  Piquans,  le  Piftile  avec  l’Ovaire  &c. 

de  la  Rofe* 

Pour  acquitter  la  PromcfTe,  que  j'ai  faite  dernièrement,  je  donne  dans 
cette  8ome  Table  le  Refie  de?  Curiofités  de  la  Rofe , lesquelles  m’a 
fourni  le  Microfcope  à ma  plus  grande  Satisfaction,  Car  remarquant 
que  le  Noeud  de  Rofe  a)  ne  piquoit  pas  aufïi  fort,  que  plus  bas  ali  Com- 
mencement de  la  Queue  ; je  tâchai  d'en  découvrir  la  Caufc,  & aïant 
faifi  le  Microfcope  Nro4.  je  ne  fus  pas  peu  furpris  de  voir  ce  Bouton 
de  Rofe,  ou  plutôt  cet  Ovaire , garni  d’une  infinité  de  petits  Cônes , qui 
avoient  à leurs  Pointes  des  Globules  transparens  & Couleur  de  Rubis. 
Spectacle  certainement  aufïi  magnifique,  qu’intereffant  ! J’ai  examine' 
un  de  ces  Cônes  par  Nro  2.  & je  le  donne  defîiné  b).  J’ai  remarqué,  que 
plus  les  Cônes  fe  terminoient  en  Pointe,  & plus  les  Globules  étoient  pe- 
tits, Voi  c)  & que  lors  même  que  les  Globules  fe  perdoient  entièrement, 
la  Pointe  du  Cône  demeuroit  encore  rouge.  Cela  m’a  fait  conclure,  qu’ 
il  falloit  que  ces  Globules  rouges  continfTent  le  Suc  nourrifiier,  qui  for- 
moit  & qui  faifoit  croître  les  Epines.  Car  tant  qu’on  apperçoit  le  Glo- 
bule à la  Pointe  du  Cône , l’on  trouve  qu’il  ne  pique  point,  Mais  desqu’ 
il  fe  termine  abfolument  en  Pointe  comme  d)  l’on  commence  à fentir  U 
Piquure.  Cependant  ce  n’eft  pas  là  la  feule  Efpèce  d’ Epines  ou  de  Pi- 
quans , dont  cette  Reine  des  Fleurs  foit  armée.  L’on  en  trouve  une 
autre  plus  fine  dans  l’Interieur  du  Noeud , laquelle  j’ai  marquée  dans  fon 

K 1 Affîétte 


TABLE  LXXX.  de  la  Rofe. 


76 

Aflîétte  naturelle  dans  i)  & n)  & grofïie  dans  e)  & en  Detail  grofïie  par 
î^ro  3.  dans  1)  & par  Nro  00.  dans  m)  m.  Ces  Piquetas  femblent  être 
deftinés  à conferver  les  Grains  de  Semence  o).  Il  eft  même  fondé  en 
Expérience,  que  quand  on  coupe,  ou  qu’on  ouvre  une  Goujfe  de  Rofe 
k)  pour  en  tirer  la  Graine,  comme  dans  n)  & i)  les  Doigts  en  Tentent 
un  Chatouillement  affés  fort  ou  uneEfpèce  de  Picotement,  caufé  par  les 
petits  Poils  ou  Filets  luifans,  qui  s’ y trouvent.  Or  ces  Poils  font  les 
piquons , que  je  trouve  valoir  la  Peine  de  DeiTiner  ici  a *ec  Soin.  Ils 
font  élaftiques  & tranfparens  ; ils  brillent  comme  du  Verre  de  Ve.nife 
filé  & reffemblent  à des  cheveux  de  Tête  blancs.  Je  ne  veux  pas  fou- 
tenir,  qu’ils  foient  creux,  quoique  je  le  préfume,  laiffant  au  Leéteur  à 
l’examiner  de  plus  près. 

Explicatio  de  la  LXXX.  Table 

a)  eft  un  Noeud  de  Rofe  frais,  auquel  on  a ôté  les  Feuilles  & la 
partie  d’enhaut,  pour  pouvoir  voir  plus  diftinclement  les  Pi- 
quan  s intérieurs  e).  Ce  Noeud  ou  Ovaire  a des  Epines,  qui  ne 
font  pas  encore  mûres,  marquées  grofïies  b)  c)  & d)  & dont 
la  Structure  intérieure  confifte  en  une  Infinité  de  Globules  de 
Sève. 

■i)  font  les  Poils  ou  les  Piquetas  par  lesquels  la  Graine  ou  le  Fruit  de 
la  Rofe  font  environnés  & gardés. 

f)  eft  le  Conduit  ou  le  Style  par  lequel  la  Sève  fécondante  pénétre 
dans  l’Ovaire  & qui  eft  compofé  d’un  grand  Nombre  de  Tuïaux 
capiiaires , Au  delfus  de  celui-ci  l’on  voit 

g)  les  petites  Fermes  fur  lesquelles  eft  la  Poufïiere  fécondante,  qui 
y crève  & fait  paffer  par  f ) la  Sève  qui  en  fort,  dans 

h)  i)  pour  meurir  ou  féconder  les  Oeufs,  les  Embrions  ou  les  Grains 
de  Semence,  qui  font  dans  LOvaire* 


kl  eft 


TABLE  LXXXI.  Miroir  d’une  Aile  de  Papillon,  77 

k)  eft  un  Fruit  de  Rofe  mûr  ou  une  GouJJè  de  Groffieur  naturelle , le- 
quel eft  dans  1)  coupé  horifontalement  & dans  n)  perpendicu- 
lairement , pour  en  faire  Voir  les  Grains  de  Semence,  qui  y 
font  environnés  de  leurs  Piquans  capilaires . 

l)  répréfente  dix  de  ces  Piquans  capilaires  groflis  par  Nro  & 

enfin 

m)  m)  en  répréfente  deux  dans  le  plus  grand  Grofiffement  par 
Nro  00.  Les  parties  antheriques  ou  fécondantes  de  la  Rofe, 
ont  été  données  Tab,  77» 

TABLE  LXXXI. 

Miroir  d’une  Aile  de  Papillon, 

Un  Vénérable  Ecclefiaflique  d’Eycbftaedt , qui  m’  honore  de  fon  Amitié, 
m’aïant  fait  Préfent,  il  y a quel  Terns  de  deux  Papillons  très  rares, 
dont  les  beaux  Miroirs  des  Ailes  font  fous  le  Microfcope  un  Effet  à en- 
chanter la  Vue  ; j’ai  cru  ne  pas  défobliger  le  Lefteur  en  lui  en  préfentanî 
ici  Un,  pour  lui  fournir  une  nouvelle  Preuve,  que  peut-être  Salomon 
dans  fa  plus  grande  Gloire,  n’ a pas  été  vêtu  auffî  magnifiquement  & 
d’une  beauté  aufli  naturelle  , que  l’efl  un  de  ces  Papillons,  Je  ne  ferai 
ici  aucune  Mention  du  Plumage  & du  Poil,  ni  de  leur  Forme  & Figure, 
ni  même  de  la  variété  de  Couleurs,  qu’  étale  tout  cet  Infeéle.  Un  feul 
de  fes  Miroirs  me  fuffira  pour  le  Coup,  pour  montrer  & faire  admirer 
l’Infinité  de  la  Sageffe  du  Créateur  dans  fes  Ouvrages.  * 

Je  ne  fais  pas  Difficulté  de  dire,  que  nul  Peintre,  quelque  habile 
quTil  foit,  ne  parviendra  jamais  à rendre  avec  fon  Pinceau,  l’Eclat  & le 

K 3 Feu 

* Ce  Papillon,  auffi  commun  en  Italie,  que  rare  che's  nous  a été  peint  dans  les  Artm- 
femens  fur  les  Infeïïes  de  Roeffel  , premier  Suplement  Tab.  XLV,  oé  il  cft  ap- 
pelle ; le  Papillon  blanc  aux  beaux  Miroirs  rouges,  appartenant  à la  féconds 
Claffe  des  Oifaux  de  Jour.  Il  eji  cependant  plûtôt  Conteur  de  Paille  que  blanc. 


I 


7 S TABLE  LXXXI  Miroir  d’une  Aîle  de  Papillon. 

Feu  du  rouge,  qu’étale  ce  Miroir.  Quelle  Nuance  de  Jaune,  de  Noir, 
de  Rouge  & de  Blanc  ! Quelle  régularité  dans  leurs  Couches  ! La  pre- 
mière Figure  fait  voir  cette  Tacbe  avec  bien  d’autres  fur  toute  l’Aîle  du 
Papillon  de  Grofleur  naturelle  a),  laquelle  j’ai  répréfentée  dans  b)  grof- 
fie  par  le  Microfcope  de  Marfchal  Nro  4.  Les  Plumer  Couleur  de  Paille 
du  Bord  font  encore  une  Partie  de  l’Aîle  j puis  vient  un  Cercle  de  Plu- 
mes  Noires,  enfuite  un  autre  de  rouges,  qui  renferment  le  Miroir  qui 
luit  dans  le  Centre, 

La  fécondé  Figure  fait  voir  dans  a)  la  Particule  de  la  Peau  de  ce 
Miroir  d’après  Nature  ; laquelle  fe  trouve  groflie  dans  b)  avec  les  Nerfs, 
qui  la  parcourent  (Schwammerdam  les  appelle  Trachées)  & avec  quel- 
ques Plumes  qui  y font  reliées  ; ou  Ton  peut  voir  les  Trous  des  Plu- 
mes, qu’on  en  a arrachées.  Je  ne  faurois  finir  cette  Obfervation,  fans 
inférer  ici  les  Penfées  excellentes,  dont  m’a  dernièrement  honoré  dans 
une  de  fes  Lettres,  un  Seigneur  aufii  Savant,  qu’habile  Minillre  Impe» 
rial,  Roïal  Se  EleéloraL 

„ Je  trouve  toujours,  écrit  ce  Grand  Politique  & Pbilofopbe  ebretien , 
„ que  l’Homme  ne  tient  pas  à beaucoup  près  le  Milieu  entre  les  Etres 
,,  infiniment  grands  & les  infiniment  petits,  & que  parconféquent  il  ne 
„ doit  pas  être  plus  glorieux,  que  d’autres  Objets  microfcopiques,  qiq 
,,  ont  certainement  leur  Prix  aux  Yeux  du  Créateur,  qui  peut-être  ne 
„ regarde  le  Globe  de  la  Terre,  que  comme  une  Goûte  d'Eau,  qui  di- 
„ ftile  d’un  Seau,  & dans  laquelle  nous  autres  Hommes  fommes,  fans 
„ doute,  des  Créatures  encore  bien  plus  petites,  que  celles  que  Mr.  le 
„ Dotteur  Hill,  a apperçues  par  Millions  dans  une  Goûte  d’Eau  & 
„ dont  les  Grandes  mangeoient  les  Petites, 


TABLE 


79 


TABLE  LXXXH,  Continuation  des  Polypes. 

TABLE  LXXXIL 

Continuation  des  Polypes. 

’ ai  dit  dans  l’Explication  de  la  71™  Ejlampe , que  le  Polype  a des  Yeux: 


& qu’ainfi  il  peut  voir.  Pour  en  faire  1’Expérience  , il  n’y- a qu’à 


fuivre  l’Avis  de  Mr.  Tremblai;  c’efl  qu’il  n’y  - a qu’à  attacher  du  Papier 
tout  au  tour  du  Verre  à Conferve  où  l’on  tient  ces  Créatures,  en  laif- 
fant  un  Trou  rond  d’un  Côté*  que  l’on  tourne  enfuitc  vers  la  Lumière, 
foit  de  la  Fenêtre  pendant  le  Jour,  ou  de  la  Chandèle,  fi  c’efl  de  Nuit; 
& l’on  verra  tous  les  Polypes  fe  tourner  infenfibiement  vers  le  Trou, 
en  biffant  l’Obfcurité  derrière  eux.  Mais  cela  ne  va  pas  fi  vite,  qu’on 
en  puiffe  attendre  la  Fin  ; parce  qu’il  faut  quelques  Heures  aux  Poly- 
pes pour  faire  un  Demi  - pié  de  Chemin.  D’ailleurs  l’on  n’a  qu’  à leur 
jetter  dans  l’Eau  des  Pucerons  ou  des  Serpenteaux  à Pointes  & on  les  ver- 
ra tout  aufli-tôt,  furtout  s’ils  font  affamés,  étendre  leurs  bras  pour  faifir 
cette  Proie  , dont  ils  font  fi  Gourmans:„ 

Mais  ce  dernier  Experiment  n’efï  pas  auffi  fur,  que  le  Premier  avec 
le  Papier  autour  du  Verre,  cet  Effet  pouvant  facilement  s’attribuer  à 
l’extrême  Délicateffe  de  leur  Taél.  Cependant  j’ai  vu  à chaque  Côté 
de  la  Tête  du  Polype  une  Tache  ôbfcure,  que  je  ne  me  puis  empêcher  de 
prendre  pour  fes  Teux , quoique  je  pourrois  bien  me  tromper  dans  ma 
Conjeélure. 

Si  les  Polypes  entendent,  c’efl  ce  que  je  ne  faurois  décider,  puisque 
tous  les  Effais,  qu’on  pourroit  faire  là  defïus,  ne  feroient  pas  à Couvert 
de  l’Objeéfion  de  la  Subtilité  du  Taél.  Car  ce  fens  efl  fi  fort  en  eux, 
qu’ils  apperçoivent  & fentent  le  moindre  Mouvement.  Par  contre  l’on 
ne  fauroit  leur  difputer  le  Goût  & l’Odorat  ; du  moins  je  me  trouve 
autorifé  à le  croire  tant  par  leur  grand  Appétit,  que  par  la  Struélure 
fimple  de  leur  Corps,  dont  les  Globules  leur  tiennent  Lieu  de  toutes  les 


autres 


,8o  TABLE  LXXXII,  Continuation  des  Polypes, 

autres  Parties  organifées,  qu’a  le  Refie  des  Animaux.  Les  Polypes  ont 
encore  une  Propriété  remarquable  qui  les  diftingue  de  toutes  les  autres 
Créatures,  c’efl  leur  Génération  par  eux  même,  leur  Multiplication  & leur 
JDivifion  volontaire. 

Cette  Multiplication , furtout  des  Polypes  bruns  , fe  fait  de  trois 
Manières,  c’efl  à dire: 

par  des  Jets  qui  fortent  de  leurs  Corps,  à la  Façon  des  plantes } 

par  la  Divifion , lorsqu’un  Polype  fe  partage  de  lui-même  en  Deux, 
& ainfi  forme  deux  Individus ; 

& enfin  par  une  DiJJeHion  fubtile,  par  le  Moïen  de  laquelle,  s’il  étoit 
poffible  de  couper  en  cent  Morceaux  un  fi  petit  Corps , l’on 
en  feroit  tout  autant  de  Polypes. 

Voici  comment  arrive  la  première  Façon  : D’abod  il  fe  forme  une 
petite  Verrue  ou  Point  au  Côté  du  Polype.  Ce  Point  va  de  Jour  en  Jour  en 
grandiffant,  comme  un  Bourgeon  ou  un  Rameau,  jusqu’  à ce  qu’au  Bout 
de  if.  à 20.  Jours,  il  devienne  un  Polype  parfait,  lequel  enfuite  fe  fé- 
pare  de  fa  Mère.  Cela  fe  fait  ainfi  : Lorfque  la  Mère  s’eft  accrochée 
quelque  part  par  fa  Partie  de  derrière  j le  jeune  Polype  s’accroche  aulïi 
à quelque  Lentille  de  Marais  ou  à quelqu’ autre  Herbe,  & puis  la  Mère 
venant  à retirer  fon  Corps  ou  fa  Tète,  le  Jeune  refie  pendu  enfonLieu. 
Foi  Fig.  X.  & Z.  de  cette  8*mc  Eftampe , & alors  il  fe  nourrit  tout  feul  fans 
i’Affiflance  de  fa  Mère. 

Que  bien  des  Pères  & des  Mères  n’imitent-ils  en  cela  les  Polypes 
& d’autres  Animaux  plus  grands , qui  gardent  auprès  d’eux  leurs  En- 
fans,  jusqu’à  ce  qu’ils  puilfent  gagner  leur  Vie,  & puis  les  abandonnent 
à leur  propre  Soin  pour  chercher  leur  Entretien  ! Il  n’y-a  qu’une  Efpèce 
de  Singes  qu’on  fait  qu’ils  aiment  fi  tendrement  leur  chère  Race,  que 
par  Fois  ils  les  étouffent  contre  leur  Sein  ; de  là  vient  qu’on  appelle 

Amour 


TABLE  LXXXII,  Continuation  des  Polypes.  gr 

Amour  de  Singe  une  Affeélion  défordonnée  des  Parens  pour  leurs  En- 
fans.  Audi  voit-on  tous  les  Jours  que  les  Enfans,  qui  ont  été  trop 
long-tems  mignardés  dans  la  Maifon  paternelle,  ne  fe  diftinguent  guè- 
res  dans  le  Mondes  tandisque  d’autres,  qui  ont  été  obligés  de  bonne 
Heure  à avoir  foin  d’Eux  memes  & de  leur  Fortune,  parviennent  avec 
l’Affiftance  du  Ciel  aux  prémières  Dignités, 

Je  reviens  de  cette  Digreflion,  pour  faire  encore  remarquer,  qu’il- 
y-a  de  Jeunes  Polypes,  qui  portent  d’autres  Petits  ; tandis  qu’ils  pendent 
eux-mêmes  à leurs  Mères.  Je  n’en  ai  vu  dans  l’Efpace  de  6.  Ans  que  io 
à 12.  qui  aient  eu  Fils  & Petit-fils  pendant  enfesnble  à leur  Corps. 

Au  Refte  les  Petits  grandifTent  bien  plus  vite  en  Eté,  qu’en  Hiver, 
où  il  leur  faut  6.  à 8.  Semaines  ; tandis  qu’en  Eté,  ils  fe  perfectionnent 
en  i Jours,  quelque  fois  même  en  8.  & en  4,  Lorfque  le  jeune  Poly- 
pe a 6.  Jours,  l’on  voit  déjà  , qu’il  effc  en  Etat  d’en  produire  de  Petits; 
& de  là  on  peut  calculer,  à quel  Point  une  Demi-douzaine  de  Polypes 
fe  peut  multiplier  dans  l’Efpace  de  trois  Mois. 

J’ai  vû  pendre  au  Corps  d'un  feul  Polype  6.  à 8.  Petits.  Ceux-ci, 
furtout  en  Eté,  en  mettent  dans  15.  Jours,  eux  même  pour  le  moins 
40.  bas  ; lesquels  dans  3.  Semaines  , à bien  peu  dire,  en  peuvent  pro- 
duire 120.  & ainfi  une  Demi-douzaine  de  Polypes  en  produiroit  dans  6. 
Semaines  710.  Mr.  Tremblai  a fait  là  deflus  toute  une  Table  dans  fes 
Mémoires . 

J’ai  dit  ci-defius  comment  fe  fait  la  fécondé  Multiplication.  Le  Po- 
lype fe  partage  juftement  par  le  Milieu  ; mais  rarement  en  eft  on  Témoin 
oculaire.  La  partie  poftérieure  prend  au  Bout  de  quelques  Jours  une 
Tête  & des  Bras,  & devient  un  Polype  complet  ; de  même  que  la  Par- 
tie de  devant  s’allonge  infenfiblement  & prend  une  Queue. 

La  troifième  Façon  eft  bien  plus  merveilleufe  que  les  deux  autres. 
Car  quelqu’  inconcevable  qu’il  paroilfe,  qu’un  Polype  fe  puiffe  dilfequer» 

L COLl- 


v 


gi  T AELE  LXXXIL  Continuation  des  Foîypes. 

couper,  déchirer  en  tant  de  Lambeaux,  fans  périr  entièrement  ; le  Fait 
ne  laide  pas  d’être  certain.  11  n’eft  pas  même  particulier  au  Polype; 
car  l’on  a découvert  d’autres  Créatures  & principalement  des  Infeéles 
aquatiques,  p.  e.  le  Serpenteau  que  Mr.  de  Reaumur  appelle  à longue  P que , 
& Mrs.  Tremblai  & Roeffeî,  a la  longue  Ant'ene  qui  rejj'emhle  à une  Langue  ; 
plus 'le  Serpenteau  en  forme  de  Ruban , ou  Mercuriale  le  Serpenteau  rejjemblant 
a un  fer  & ■ Tltin ' dé Antènes  furchues  le  Ver  de  Pluie  & tant  d’autres,  que  Mrs, 
Bonnet,.  * Reaumur,  Roelfel,  Schaefer  &c.  ont  fait  connoître,  lefquels  fe 
multiplient  aulîi  par  la  DiiTeélion. 

Des  Amateurs  qui  voudront  s’exercer  à la  Difleélion  des  Polypes, 
peuvent  prendre  un  Canif,  une  Lancette  , ou 'des  Cifeaux  bien  fins  <k 
bien  affilés  , h couper  à leur  Fantaifie  des  Morceaux  de  la  Tête,  du 
• Corps,  de  îaQucue,  des  Bras,  pour-vû  qu’ils  le  fafient  avec  Promtitude& 
avec  la  Précaution  de  jetter  tout  de  Suite  les  Parties  feparées  dans 
l'Eau,  où  les  Polypes  ètoient  auparavant  & d’où  on  les  avoit  tirés.  11 
faut  aulfi  avoir  foin  de  leur  donner  d’autre  Eau  un  jour  & l’autre  non; 
autrement  ils  prennent  des  Pous  & puis  c’en  eft  fait.  En-quoi  il  faut 
éviter  cie  leur  donner  de  i’Eau  de  Fontaine  ou  d’autre  Eau  coulante  ou 
froide  ; autrement  ils  meurent  dans  24.  Heures.  Ils  ne  prennent  pas 
,,-ion  plus  tout  d’un  Coup  leur  Crû  & leurs  nouveaux  Membres  , il  faut 
pour  cela  du  Tems  & de  la  Patience.  L’on  trouve  dans  Tremblai  & 
Roeffel  la  Méthode  très  circonflanciée  d’obferver  d’un  Jour  à l’autre  la 
P r ogre  filon  du  Crû  de  ces  Parties  diiTequéer*  Je  ne  ferai  ici  qu’ajouter 
quelques  Conclufions  que  Mr.  Tremblai  a tirées  de  l’Examen  dés  Polypes; 
c'eft  à dire  que 

j)  les  Polypes  ont  leur  Principe  de  Fécondité,  lors  même  qu’ils  pen. 
dent  encore  à leurs  Mères,  que  de  là 

2)  il  n’en  faut  point  d’autre  à un  jeune  Polype  pour  produire  fes 

femblables,  après  avoir  quitté  fa  Mère.  ; mais  que 

3)  il  fe  féconde  lui  même  d’une  Manière  incomprehenfible  ; 

4)  que 

* T traité  d’Infeâoiogie  &c,  p M.  Charles  Bonnet.  2. Part.  Paris  174?. 


V 


83 


TAÈLE  LXXXII.  Continuation  des  Polypes. 

4)  que  tous  les  Polypes  font  des  Mères,  qui  fe  fécondent  d’  elles 
mêmes  ; âinfi  qu’il  s’eft  trouvé  dans  les  Pucerons,  que  j’ai  ré- 
préfentés  Tab,  XXV.  De  Sorte  que 

f)  ces  Créatures  Portent  de  la  Réglé,  qui  dit,  que  nulle  Féconda 
tion  ne  peut  fe  faire  fans  la  Coopération  & l’Appariement 
d’un  Mâle. 

Mais,  quoiqu’il  foit  très  vrai,  que  j’ai  vû  de  mes  propres  Yeux  des 
Parties  difformes  dans  tout  le  Corps  du  Polype , s’en  feparer  volontaire- 
ment, lefquelles  s’eniaçoient  les  unes  dans  les  autres  ; & que  j’ai  plus 
d’une  fois  admiré  la  même  Merveille  dans  des  Parties  qui  en  avoient 
été  coupées  ; tant  qu’il  ne  fera  pas  fuffifamment  prouvé,  que  les  Poly- 
pes ne  peuvent  par  être  fécondés  par  quelque  autre  Efpèce  de  Créatures 
aquatiques  j les  Remarques  de  ci-deffus  ne  pourront  paffer  pour  Prin- 
cipes inconteffables,  & l’Hiftoire  des  Polypes  & la  parfaite  Connoiffance 
‘de  leurs  propriétés  incomprehénfibles  aura  Befoin  d’être  mife  dans  un 
plus  grand  Jour. 

Or  quelques  Amateurs  m’aïant  fait  demander,  n’a  guères,  que  je 
marquaffe  plus  exactement,  où  l’on  doit  chercher  & comment  il  faut 
examiner  les  Polypes  ; j’ai  l’honneur  d’avertir,  qu’il  faut  chercher  la  plû- 
part  de  ces  Créatures  dans  les  Eaux  dormantes  des  FolTés,  des  Ruiffeaux 
& des  Etangs* 

On  les  trouve  en  Juin,  Juillet,  Août  & Septembre  ; l’on  en  trouve 
même  de  Bruns  en  Hiver.  Lorfqu’on  a une  Fois  un  Verre  blanc  à Con- 
ferve,  qui  contienne  du  moins  une  ou  deux  Pintes,  rempli  de  cette  Eau 
dormante,  il  faut  fe  patienter  pour  le  moins  un  Jour,  jufqu’  à ce  que 
les  Polypes  montent  du  Fond  & paroiffent  contre  les  Parois  du  Verre. 
Enfuite  on  les  cherche  avec  une  bonne  Loupe  de  deux  à trois  Pouces 
& on  les  arrache  avec  un  Pinceau,  ou  un  Bec  de  Plume  de  la  Paroi  in- 
térieure du  Verre  ou  de  l’Endroit  où  ils  fe  font  pofes,  fans  craindre  de 
les  bleffer  ; puis  on  les  met  dans  un  Verre  en  Forme  de  Plat,  telque 

L a 


ceux 


48  TABLE  LXXXIÏ.  Continuation  des  Polypes. 

ceux  des  Montres,  & on  les  examine  premièrement  par  le  Microfcope 
Oeconomique,  enfuite  par  le  Compofé  de  Marfchal  ou  de  Haertel,  pour 
en  diftinguer  plus  clairement  toutes  les  Parties, 

Pour  tirer  les  Polypes  hors  des  grands  Verres  à Conferve,  je  me 
fers  utilement  d’un  Cylindre  ou  Sarbatane  de  Verre  de  la  Grandeur  d’un 
Pié  ou  d’un  Pié  & demi.  Je  tiens  le  Poûce  bien  ferre'  fur  l’Ouverture 
d’enhaut,  comme  fur  un  Siphon,  puis  j’enfonce  tout  doucement  le  Cy- 
lindre dans  l’Eau  à l’Endroit  où  eft  le  Polype  ; enfuite  avec  l’Ouverture 
d’enbas,  au  Bord  aigu,  je  de'tâche  peu  à peu  le  Polype, enfin  je  drefte  tou- 
te l’Ouverture  fur  lui,  j’ôte  promtement  le  Pouce,  de  forte  que  le  Polype 
entre  tout  de  Suite  dans  le  Tuïau , puis  rebouchant  l’Ouverture  d’en- 
haut avec  le  Pouce,  je  fors  mon  Prifonnier  hors  du  Verre  avec  l’Eau, 
qui  étoit  entrée  avec  lui  dans  le  Cylindre,  que  je  verfe  dans  la  Glace  à 
Montre,  que  j’ai  toute  prête.  Voilà,  fi  je  ne  me  trompe,  un  Moïen 
bien  facile. 

Aïant  encore  deflinê  une  Table  à la  Conclufion  de  cette  Matière, 
pour  y répréfenter  les  Polypes  a.Buuquet,  ou  à Fleur  & les  autres  Sortes  de 
Polypes  de  Société  ; c’eft  là  que  je  me  referve  de  donner  le  Refie  des  Ma- 
nimens  & des  Secrets  qui  y ont  Rapport  ; ne  pouvant  pas  m’e'tendre 
ici  davantage. 

Explication  de  la  LXXXth  Fflampe. 

3t)  eft  un  Polype  brun  tenant  entre  fes  Bras  un  Serpenteau  à Pointes , 
d’après  Nature’,  b)  le  même  grolfi  fous  le  Microfcope  de  Mar- 
fchal par  la  Lentille  Nro  3.  dont  la  Bouche  eft  répre'fentêe  c)  ' 
les  deux  Taches  brun-foncé  aux  deux  Cotés  de  la  1 ête  & que  je 
prens  pour  les  Veux  d)  & les  Bras  au  Nombre  de  Sept  e).  f)  h) 
répréfentent  dans  le  Grofliffement  de  ci  devant  &g  de  Gran- 
deur naturelle,  le  dit  Serpenteau  dont  les  Polypes  font  fi  friands, 

i)  k)  1)  m)  font  des  Puces  d'Eau  vertes,  rouges,  cornues  ou 

rameu- 


TABLE'  LXXXII.  Continuation  des  Polypes. 

rameufes  & des  Porte -Grapes,  que  les  Polypes  engloutiflent 
aufi'i  en  Quantité,  de  forte  qu’on  en  voitfouvent  10.  à 12.  dans 
le  Boïau  d’un  feul  Polype. 

n)  ed  un  Polype  qui  ouvre  extrêmement  la  Gueule  pour  engloutir 
une  Proie  de  beaucoup  plus  grande  que  lui,  lequel  dans  cette 
Aèlion  reffemble  à un  Gobelet  ou  à un  Entonnoir  , dans  o)  & p) 
l’on  voit  des  Polypes  tout  roides  d’avoir  trop  mangé  , refTem- 
blant  à des  Sacs  plein  de  Choux  ou  à des  7 rognons  de  Raifort . 
Ils  ne  Font  dedinés  ici  que  d’après  la  Loupe , 

q)  r)  s)  t)  & u)  montrent  la  Marche  de  ces  Créatures  ; car  lors- 
que Fig  t)  ils  font  fur  leur  Partie  de  derrière,  ils  pofent  leur 
Tète  auiîi  loin  qu’ils  peuvent  faifant  la  Figure  d’unAjrc  Poi  q)  ; 
puis  foulevant  le  Derrière,  ils  l’approchent  autant  qu’ils  peu- 
vent de  la  Tête  toi  r , Enfuite,  ils  relèvent  la  Tête  Vo\  s)  h. 
continuent  ainfi  leur  Marche  Voi  t)  jufqu  a ce  qu’ils  arrivent  là 
où  ils  veulent  aller.  On  les  voit  auiîi  quelque-fois  faifant  la 
Figure  d’un  Cor  de  Pofie  P'oi  u)  ; fans  parler  de  tant  d’autres  Chan- 
gemens,  qu’il  feroit  trop  long  de  rapporter.  Ils  pofent  leurs 
Petits  prcfque  de  la  même  Manière.  Le  vieux  Polype  s’attache 
par  la  Tête  & par  la  Queue  en  Demi-Cercle,  à quelque  chofe 
qui  lui  convient,  & lorfque  le  jeune  Polype , qui  lui  pend  vers 
le  Milieu  du  Corps  , s’ed  pareillement  accroché  avec  fes  Bras 
au  même  Lieu  ; la  Mère  lève  ou  la  Queue,  comme  dans  x), 
avec  force,  ou  elle  retire  promtement  la  Tête,  comme  dans  z) 
& fe  défait  ainfi  de  fon  Petit,  qu’elle  laide  là  feul.  A)  B)  C) 
font  trois  Répréfentations  de  diverfes  Têtes  de  Polypes,  D)  un 
petit  Morceau  de  Beau  de  Polype,  telle  qu’elle  fe  préfente  par 
dedans,  ici  fort  grodie.  Et  E)  félon  Mr.  Roedel,  ed  une  Ex - 
crefcenfe  qui  Vient  au  Ventre  ou  au  Corps  du  Polype,  laquelle 

L 3 annon- 


8&  TÀB.  LXXXIÏÏ.  Trois  Ëfpècés  d’Animakules  d’Eau  limonneufe. 

annonceTa  Mort  prochaine,  étant  une  Maladie  de  c'étte Créa- 
ture. 


TABLE  LXXXIII. 

Trois  Efpèces  d’Animalcuies  cT  Eau  limonneufe. 

es  Créatures  gravées  fur  cette  83me  Eftampe  fe  trouvent  prefquc 

dans  toutes  les  Eaux  dormantes  & marêcageufes,  a)  eft  la  Figure 
' . !■ 
naturelle  d’une  Araignée  d'Eau  brune,  qui  Te  diftingue  de  toutes  les  autres 

parla  Longueur  de  fes  Jambes  ; elle  n’efl  pas  de  la  GrofTeur  d’un  Grain 
de  Chenevi.  La  Figure  b)  la  répréfente  groffie  par  Nro  y fous  le  Mi- 
çrofcope  de  Marfchal,  avec  fes  fix  Taches  furie  Dos,  qui  ne  font  en  Ef- 
fet , que  des  Parties  tranfparentes  de  fes  Inteftins.  Elle  a une  Paire 
d’Yeux  blancs,  deux  Antènes  & huitPiés  aufîi  tranfparens,  que  le  Verrc^ 
&, garnis  de  Poils  très  fins  à chaque  Jointure.  Elle  efi  très  agile  dans  fes 
Moijvemens  & elle  peut  ramer  avec  la  Viteffe  d’une  Flèche  aufîi  bien 
fur  la  Furface,  que  dans  la  Profondeur  & au  Fond  de  l’Eau. 


, C)  Montre  une  autre  petite  Araignée  d’un  rouge  paifaitemènt  beau, 
& qui  porte  un  Y fur  le  Dos.  Elle  a pareillement  deux  Antèhes,  huit 
Pies  garnis  d’un  Poii  fin,  & une  Paire  d’Yeux  reluifans.  Elle  parort  in- 
comparablement plus  belle  dans  l’Eau  que  dehors,  & fa  Marche  ne  dif- 

« - 

fère  en  rien  de  celle  de  la  Brune  de  ci-deffus.  Elle  fe  voit  dans  fon  Grof* 
fiffement  d).  Mais  e)  ett  P Animalcule  a petits  Tuiaux , que  d’autres  appel- 
* lent  aufîi  Animalcule  a Trompette.  Il  efi:  à certains  Egards  digne  de  Corn- 
paflion  & d’Admiration.  De  compafïion  en- ce  qu’il  faut  qu’il  traine  fa 
Prifon,  jufqu’  à ce  qu’il  fe  métamorphofe.  D’Admiration,  à Caufe  de 
la  Struélure  fubtile  qui  forme  l’Enveloppe  de  cette  petite  Créature. 
Car  comme  j’ai  vû  moi- même  diverfes  Efpèces  de  ces  Animalcules,  j’ai 
aufîi  remarqué  différentes  Struélurès  &Façons  de  leurs  petits  Tuiaux  ou 
Loges.  11  y- a de  ces  Créatures  qui  ont  des  Fiés  ; d’autres  qui  n’en  ont 
point  &cc.  Les  Goujjes  ou  Trompettes  , où  elles  fe  tiennent  font  liffes  ou 
rabotceufes,  tantôt  en  Cylindre,  tantôt  en  Cône,  tantôt  en  Peloton, 

tantôt 


TABLE  LXXXIV  Deux  Efpèces  de  Sangfues  Microfcopiques.  87 

tantôt  en  Piramidc,  tantôt  tachettées  & tantôt  d’une  feule  Couleur.  H 
y-en  a qui  font  faites,  avec  la  dernière  dextérité',  de  Mortier,  d’Argile, 
de  Sable,  de  Terre  & de  Limon  ; il  y en  au  d’autres,  qui  le  font  de  fine 
Moufle  de  Limon,  d’Herbe  pourrie  & de  petits  Morceaux  de  Bois.  Je 
tiens  la  Préfente  marquée  f)  dans  Ton  Groffiffement,  compofée  de  Mouffe 
de  Limon  & d’Herbe  pourrie. 

11  feroit  affés  difficile  de  décider,  pourquoi  la  Nature  a deftiné  cet 
Infeéte  à trainer  ainfi  fa  Maifon  ou  fa  Prifon  dans  l’Eau,  jusqu’  à ce  que 
la  Métamorphofe  lui  donnant  des  Ailes,  elle  puiffe  -s’en  délivrer  h s’en- 
voler. Cependant  il  n’y  a point  de  Doute,  que  ce  petit  Infeéle  ne  puilfe 
donner  à un  Amateur  de  la  Phifique  Matière  à des  Reflexions  édifiantes. 
Car  qu’eft  ce  dans  le  Fond  que  nôtre  Corps,  qu’une  Goujjè , ou  nôtre  Ame 
languit  comme  dans  une  Prifon,  en  attendant  fa  Délivrance? 

TABLE  LXXXIV. 

Deux  Efpèces  de  Sangfues  Microfcopiques. 

Les  Gens  de  la  Campagne,  les  Fermiers,  les  Bergers  , les  Pêcheurs, 
les  ChalTeurs  & les  autres  Oeconomifies,  peuvent  dire  des  Nouvel- 
les du  Ravage  que  font  les  Sangfues,  qui  fe  tiennent  dans  les  Eaux  crou- 
piflantes  des  Marais,  des  Etang,  des  Viviers,  & des  Refervoirs.  Mon- 
fieur  le  Doéteur  Schaefer 1 de  Ratisbonne , fi  célébré  par  fes  Recherches 
naturelles,  a décrit  avec  foin  dans  un  Traité  particulier  publié  en  1752, 
^ts  Sangfues  qui  fe  trouvent  dans  le  Foie  des  Brebis,  & la  Maladie,  ,que 
cette  termine  leur  caufe.  Il  a dépeint  très  exactement  ces  Créatures 
pernicieufes  , , & les  a trouvé  Hermaphrodites  , qui  ont  les  deux  Sexes. 
Si  les  Sangfues  font  le  Fléau  des  Brebis,  elles  ne  le  font  pas  moins  des 
Etangs  &<Tes  Viviers.  Car  dès  qu’elles  fe  mêlent  parmi  les  Poifions,  il 
n’y-a  pas  Moïen  de  s’en  défaire,  qu’en  netoïant  &:  en  creufant  même  de 
nouveau  l’Etang  ou  le  Vivier  ; encore  faut-il  quelque  fois  lui  donner 
un  nouveau  Fonds.  , Elles  s’établiiTent  dans  le  Foie  des  P ères  d quatre  Piés, 
St  elles  y parviennent  par  les  Conduits  du  Fiel ; leur  Propriété  à fe  rendre 

a u ffi 


88  TABLE  LXXXIV.  DeuxEfpèces de Sangfues Microfcopiques. 

aufîi  effilées  & minces  qu’il  en  eftbefoin,  leur  facilitant  le  Moïen  de  pafler 
par  les  VaifTeaux  les  plus  étroits.  L’on  en  a trouvé  dans  des  Boeufs, 
des  Vaches,  des  Cochons  & de  gros  & menu  Gibier.  Mais  pour  les 
PoilTons  , elles  s’attachent  derrière  leurs  Ouïes,  autour  de  leur  Cueuley 
comme  auffi  dans  leurs  Parties  intérieures.  Elles  ôtent  aux  Créatures 
dont  elies  fe  font  emparées  , toute  leur  Subflance  & les  fuccent  tant 
qu’enfin  elles  meurent  de  Foiblelfe  & d’Epuifément.  Ce  qu’efl  cette  En- 
geance entre  la  Vermine,  les  Ecornifleurs  , les  Flateurs  Sc  les  Flagor- 
neurs le  font  entre  les  Hommes.  * Les  uns  font  autant  de  Mal  que  les 
autres.  Ce  font  des  Ennemis  fecrets,  qui  trouvent  de  la  Satisfaélion  à 
la  Ruine  des  autres  Créatures  ; & un  Homme  faux  ne  fauroit  être 
mieux  comparé,  qu’  à une  Sangfue.  Je  m’en  vai  prouver  ce  que  j’ai 
avancé  par  un  fait  qui  m’eft  parfaitement  connu. 

II*y-a  quelques  Années  qu’une  pauvre  Fille  gardoit  un  Troupeau  de 
Cochons  à quelques  Lieues  d’ici.  Ces  Animaux  aïant  été  par  Hazard 
chartes  dans  un  Etang  voifin,  par  un  Chien,  qui  les  artaillit  en  aboïant; 
l’Enfant,  qui  pouvoit  avoir  io,  à n.  Ans,  en  Peine  pour  fes  Cochons, 
entra  dans  l’Etang,  pleine  d’Angoilfe  & en  fit  fortir  fon  Trupeau  ; mais 
en  même  tems  fes  deux  Piés  fe  trouvèrent  tout  couverts  de  Sangfues  qui 
s’y  étoient  attachées.  Sortie  de  l’Eau,  elle  rertentit  des  Dbuleurs  fi 
violentes,  qu’elle  en  perdit  incontinent  l’Efprit,  Pour  comble  de  Mal- 
heur, il  fallut  qu’elle  refiât  plus  de  trois  Heures  dans  cet  Etat,  jusqu’à 
ce  qu’il  vînt  un  Baigneur  qui  la  Saigna  au  Bras,  & qui  après  lui  avoir  ar- 
raché les  Sangfues , fit  de  fon  mieux,  pour  la  foulager  par  des  Remedes 
lenitifs  & confortans.  Elle  fut  cependant  prés  d’un  An  à revenir  à fon 
bon  Sens,  qu’elle  reprit  enfin  peu  à peu  à Force  de  Soins,  que  lui  don- 
nèrent des  Voifins  charitables. 

Mais  pour  ne  pas  larter  la  Patience  du  Leïïeur  en  lui  faifant  trop 
attendre  l’Explication  de  cette  84me  Ejîampe,  je  lui  dirai  tont  de  Suite, 

qu’un 

* Scire  volant  fecreta  donaus,  atque  Inde  ttmeri,  Juven-Sat,  3, 


TABLE  LXXXIV.  Deux  Efpéces  de  Sangfues Microfcopiques,  89 

v*  . - _ ■ > , 1 1 

qu’un  de  mes  Amis,  que  j’honore  & confidère  infiniment  a eu  la  Bonté, 

il  y-a  quelques  Semaines,  de  m’envoïer  deux  de  ces  Vers  a)  & de  m’aver- 
tir, qu’en  vuidant  une  petite  Carpe,  l’on  y en  avoit  trouvé  Sixhc.  J’ai 
d’autant  plus  d’Obligation  à monilluftre  Ami  de  cet  Envoi,  que  j’avoue, 
que  bienque  je  connoille  plus  de  20.  Efpèces  de  Sangfues , je  ne  pus  d’a- 
bord me  refoudre  à mettre  ces  Ver>  dans  cette  ClaflTe.  L’Oeil  nud  fuffit, 
pour  les  voir  comme  des  Vers  tachettes  ; mais  cette  Peau  glutineufei  à la  Fa- 
çon de  celle  du  Limaçon,  &:  qui  caraélérife  la  Sangfue,  ne  peut  fe  remar- 
quer qu’  à l’Aide  du  Microfcope.  Aïant  donc  mis  mes  Hôtes  dans  une 
Glace  à Montre  fous  le  Microfcope  de  Marfchal,  je  remarquai  bien-tôt, 
que  c’étoitune  Efpèce  toute  particulière  de  Sangfue,  qui  fe  diftinguoit 
de  beaucoup  des  autres  Genres.  Car  les  2.  Plaques  glutineufes  pleines 
de  Glandes,  que  l’on  voit  à leur  Tête  & à leur  Queue,  je  ne  les  ai  remar- 
quées à aucune  autre  Efpèce,  a)  ER  donc  une  Sangfue,  quiparoît  en  vou- 
loir le  plus  aux  Poiflons,  puisqu’  elle  a été  trouvée  dans  la  Carpe,  b)  c) 
La  montre  dans  deux  autres  Attitudes,  les  unes  & les  autres  d’après  Na- 
ture. d)En  montre  une  autre  extrêmement  allongée,  confiderée  par 
Nro  ç,  & e)  la  même  grofïïe  par  Nro  3.  Les  4.  Taches  noires  qu’on 
voit  fur  la  Tête  ne  peuvent  palier  pour  des  Yeux  ; car  j’en  ai  compté 
16.  fur  la  Plaque  plilTée  de  la  Queue.  Mais  j’ai  vû  une  autre  petite  Ta- 
che à chaque  Côté  de  la  Plaque  de  la  Tête,  fur  le  devant,  lesquelles  j’ai, 
merois  mieux  prendre  pour  les  Yeux  de  ce  Ver.  Je  les  ai  marqués  de 
2.  Etoiles,  g)  Eft  la  Plaque  de  la  Qqeue  en  Forme  de  Coquille  ; fur  la- 
quelle la  Sangfue  peut  fe  tenir  toute  droite.  Elle  s’étire  jufqu’àla  Grcf- 
feur  d’un  Bout  de  Fil , & fe  peut  auffi  concentrer  comme  une  Boule, 
Qualité  commune  à toutes  les  Sangfues.  h)  Efl  le  Deifous  de  la  Tête, 
& i)  la  Plaque  de  la  Queue.,  un  peu  retrefiie,  parce  qu’elle  a été  exa- 
minée, feparée  du  Corps.  Elle  eft  toute  compofée  de  Glandules , ainfi 
que  je  le  fais  voir  par  un  petit  Morceau  grofii  dans  r)  & qui  au  Natu- 
rel avoit  la  GrolTecir  d’un  Grain  de  Chenevi. 

M k)  eft 


90 


TABLE  LXXXV.  Le  Moucheron  dit  le  Coufin, 

k)  efl  encore  une  Efpèce  de  Sangfues  la  plus  petite  de  toutes  & 
très  peu  & même  point  du  tout  perceptible  à l'Oeil  nud.  Quand  elles 
font  bien  étirées,  elles  reffemblent  à des  Fils  d’Araignée  bien  Fins,l)m)n) 
jes  répréfentent  examinées  parle  Verre Oeconomique,  o)p)  par  le  Mi- 
crofcope  compofé,  & q')  par  Nro  o.  de  mon  Nlicrofcope  manuel  avec  le 
Miroir  de  Réflexion,  Tout  leur  Corps  efl  blanc  & transparent,  & l’on 
remarque  en  dedans  un  Inteflin  particulier,  qui  efl  brun  jaunâtre,  au 
Milieu  duquel  l’on  voit  de  longs  Tuïaux  s’étendre,  en  neuf  Branches  de 
chaque  Côté,  qui  reffemblent  à des  Bois  de  Cerf,  ou  a des  Rameaux  gar- 
nis de  Feuilles,  Elles  fe  concentrent  fl  bien,  qu’elles  ne  font  qu’un  pe- 
tit pointj  & qu’ainfl  il  n’y- a pas  Moïen  de  les  découper. 

TABLE  LXXXV. 

Le  Moucheron  dit  le  Coufin. 

Aïant  promis  dans  une  de  mes  dernières  Feuilles  de  donner  grofli  le 
Moucheron , que  j’ai  répréfenté  d’après  Nature  dans  la  79me  Eflam- 
pe  Fig.  e , je  livre  ici  cet  Infeéle,  qui  a tant  de  Parties  qui  méritent  l’At- 
tention des  Amateurs  du  Microfcope,  La  Tête  a)  a chaque  Côté  un 
gros  Oeil  verd  b)  à Facettes  Hexagones,  comme  ceux  de  la  DemoifeUe. 
Tout  contre  fortent  de  deux  petites  Bofles  les  Antènes  c)  dont  chacune 
a flx  Jointures  & qui  font  garnies  d’un  Poil  très  fin  furtout  vers  la 
Pointe,  Entre  celles-ci  il- y- a encore  deu x Branches  plus  groffes,  garnies 
de  Plumes  violettes  d)  qui  ont  l’Aiguillon  entre  deux,  & qui  n’ont  que 
trois  Jointures.  L’ Aiguillon  e)  qui  efl,  comme  je  viens  de  dire,  entre 
deux,  efl  pareillement  couvert  de  Plumes  en  Guife  d Ecaille  de  Poif- 
fon  ; mais  je  n’y  ai  point  re-marqué  de  Jointures.  Aufli  n’eft  ce  à pro- 
prement dire  , que  la  Gaine  du  Véritable  Aiguillon  f)  qui  fe  fait  fi  bien 
fentir  & à Gens  & à Bêtes.  Il  efl  fl  rond,  fl  uni  & fi  pointé,  qu’on  n’y 
voit  pas  la  moindre  Inégalité  même  à l’Aide  des  meilleurs  Verres. 

Schwam- 


TABLE  LXXXV.  Le  Moucheron  dit  le  Coufin.  çr 

Schwammerdam  l’a  anatomifé  & fait  graver  à Cinq  Angles  *.  J’en  mets 
ici  la  Copie  g)  car  je  n ai  pas  encore  pu  parvenir  à en  faire  l’Experi- 
ment.  Schwammerdam  a cru,  que  ces  cinq  Angles  fervoient,  comme 
autant  d’Antènes  pointues,  à élargir  les  Pores  & par  leur  Mouvement 
répété  à rendre  le  Sang,  qui  eft  dans  la  plaie,  plus  propre  à monter  dans 
le  Tuïau.  L 'Aiguillon  n’a  pas  la  même  Grandeur  dans  tous  les  Mouche • 
rons.  Il  y en  a qui  l’ont  aufli  court , que  le  Pou  ; & les  Amateurs  des 
Recherches  naturelles,  n’ignorent  pas  qu’il  y-a  une  infinité  de  differen- 
tes Efpèces  de  ces  lnfeéfes.  Au  deffous  de  la  Tête  eft  le  Cou  h)  qui 
joint  le  Dos  i)  lequel  eft  garni  de  Poils  les  plus  fins.  Aux  deux  Côtés 
du  Dos  font  les  dîtes  k)  &au  deffous  les  deux  petits  Marteaux  1)  avec  les- 
quels ils  forment  leur  Bourdonnement  **.  Ils  font  blanchâtres  & fem- 
blent  être  gonflés  & tendus.  Le  Ventre  n)  a huit  Anneaux  & n’ eft  pas 
couvert  de  Blumes,  mais  de  Poil  o).  Les  fix  Fiés  m)  font  pareillement 
ornés  de  Poil  brun,  dont  les  Extrémités  font  armées  de  deux  Ongles 
crochus  fort  aigus.  Quelque  dangereux  que  l'Aiguillon  rende  cet  In» 
fette,  il  ne  lailfe  pas  d’être  très  divertiffant  au  Naturalifte,  le  Microfco- 
pe  à la  Main.  Il  n’en  faut  qu’une  Aile  pour  l’attacher  bien  long-tems. 
Il  n’y-a  pas  Plume  qui  foit  capable  de  décrire  toutes  les  Beautés  que  la 
Sageffe  infinie  répand  ici.  La  Membrane  del’aîle  entrelacée  des  Nerfs  & 
des  Pores  les  plus  fins,  l'Infinité  de  petites  Verrues,  dont  elle  eft  parfe- 
mée  & qui  font  ici  marquées  par  des  Points,  les  magnifiques  Plumes  qui 
décorent  l’Aîle,  Veulent  être  plûtôt  Vues,  que  lûes,  lorfqu’on  veut  fe 
former  une  Idée  de  la  Pompe  qui  y régné.  La  Planche  anatomique , com- 
me aufti  le  AJicrojcope  en  Forme  de  Compas , font  ici  d’un  très  grand  Ufage, 
pour  pouvoir  y mettre  tout  le  Moucheron,  ou  feulement  la  Tête  & 
i’Aîle  & les  examiner  à fon  Aife. 

M 2 TABLE 

* Bible  de  la  Nature  Tab.  XXXII.  Fig.  III. 

**  L’on  en  verra  davantage  dans  la  3,  Part,  à l’Explication  de  la  4*me  Tab. Fig.  A. 

B.  C.  D. 


TAB.  LXXXVI.  Singularité  du  Sable  de  Mèr  au  de  Coquillage* 
TABLE  L XX  XVI. 

Singularité  du  Sable  du  Mèr  au  de  Coquillage. 

M’  étant  mis  il-y-a  quelque  Tems  à trier,  pour  un  certain  Ufage, 
de  ces  Globiiles , qui  fe  trouvent  à Foifon  dans  le  Table  de  Mèr 
d’Arimini,  & les  aïant  jettes  dans  une  Glace  à Montre,  pour  les  netoïer 
de  la  Poufïière  avec  de  l’Eau,  où  je  n’avois  mêlé  que  trois  Goûtes  d’Eau 
forte  ;j’apperçus  tout  d’un  Coup  un  certain  Mouvement,  qui  fixa  mon 
Attention*  ]e  vis  même,  l’Oeil  nud,  qu’à  Mefure  que  je  verfois  de 
l’Eau-forte  dans  la  fraîche  , qui  êtoit  dans  la  Glace,  les  petis  Globules 
qui  y étoient  fe  mettoient  en  Mouvement.  Mais  ne  pouvant  rien  di- 
fiinguer  à Caufe  de  leur  Petitcffe,  je  le  mis  fur  la  petite  Table  fous  mon 
Ferre  Oeconomiquc,  ou,  fi  l’on  veut,  ma  Loupe , defignée  ici  Fig*  dj  & dans 
la  70me  Table  Fig.  a).  C’eft  par-là  que  je  découvris  un  véritable  Peu  d’ar- 
tifice fur  l’Eau  ; c’efi:  à dire  que  mes  Globules  firent  fur  l’Eau  le  même  Effet 
qu’y  font  les  Grenades  allumées,  avec  la  feule  Différence,  qu’au  Lieu  d’ 
Etincelles  de  Feu,  ce  n’étoit  que  des  Vapeurs  & des  Particules  d’Eau  qu’ 
elles  vomiffoient.  Si  ce  Speéïacîe  me  divertit,  je  ne  fus  pas  moins  fur- 
pris  des  violens  Entrechocs  de  ces  Globules  & de  la  Motion,  par  la- 
quelle l’Air  du  Dedans  les  portoit  avec  Impetuofité,  à caufe  de  leur  Fi- 
gure ronde  & de  leur  Subftance  Alcalique,  tantôt  en  haut  & fur  la  Sur- 
face de  l’Eau,  tantôt  dans  le  Fond  de  la  Glace  à Montre,  tantôt  du  Long 
tantôt  du  Large  &c„  Comme  l’On  voit  un  Ballon  ou  une  Boule  de  Fer, 
qui  étant  jettée  de  Force  contre  un  Fond  foiide,  rebondit  en  l’Air,  c’  eft 
ainfi  que  faifoient  mes  Globules  ; & cette  Comédie  dura  près  de  Demi, 
heure,  de  forte  qU’enfin  je  pus  les  deffmer  à mon  Aife  fous  le  Microfco- 
pe  compofé.  Cette  86me£il:ampe  répréfente  dans  a)  & b)  ces  Globules 
d’après  Nature  ; mais  c)  en  montre  un,  tel  que  le  préfente  le  Verre 
Geconomique  d).  Sous  celui  de  Marfchalpar  contre  un  de  ces  Globu- 
les non  lavé  fe  préfente  comme  dans  e)  & un  autre  purifié  dans  l’Eau 
avec  les  Particules  d’Air  & d’Eau  qu’il  vomit,  comme  dans  f)  grofiîspar 
la  Lentille  Nro  3.  Pour  la  Glace  de  Montre  grollie,  je  l’ai  répréfentée 

par 


TABLE  LXXXVI.  Singularité  du  Sable  de  Mer  ou  de  Coquillage.  9?  * 

par  g")  avec  tous  les  Globules  ou  Echinites  , autant  que  la  place  l’a  pu 
permettre. 

Mais  avant  que  de  paTer  à l’Explication  de  la  87nie  Eflampe,  je 
m’en  vai  communiquer  au  Leéleur  une  Lettre  que  m’a  fait  l’Honneur  de 
m’ecrire  Monfieur  Wagner  Confeiller  intime  & Premier  Médecin  du 
Serenifîime  Marggrave  de  Bayrcuth  & laquelle  fervira  beaucoup  à l’E- 
clairciifement  de  la*préfente  Eflampe. 

, Je  ne  faurois  prendre  pour  des  Herifïons  ( Ecbinus ) les  Globules 
de  la  Mer  Adriatique  d’Arimini  dont  Mr.  Janus  Plancus , mon  intime 
3,  Ami,  fait  Mention  dans  fon Traité  de  Conchis  minus  notis , dont  j’ai  l’hon- 
neur de  Vous  envoïer  un  Exemplaire  pour  Vos  Étrennes.  Et  bienque 
cette  Opinion  parodie  très  vrai  femblabie  à cet  illuflre  Savant  , je  ne 
puis  y entrer,  1)  parcequ’ils  font  ronds  & unis,  & qu’ils  n’ont  point 
de  Piquans  (caraélère  diftinclif  des  Heriflons  ( Echinus ) d’avec  les  au- 
tres Oftra-codermates ) ni  de  Soies  ; même  avec  les  meilleurs  Microfco- 
pes,  l’on  ne  peut  découvrir  les  Stigmes  ou  Bojjes  fur  lesquelles  ils  au- 
0 roient  repofé.  2)  Parceque  plufieurs  n’ont  point  du  tout  d’Ouvertu- 
5,  re,  & que  la  plupart  n’en  ont  qu’une,  au  Lieu  que  les  Heriïïons  en 
3,  ont  deux,  dont  l’une  répreTente  la  Bouche  & l’autre  l’Endroit  de  Y 
3,  Evacuation.  Je  ne  trouve  donc  à quoi  mieux  les  comparer  qu’aux 
,,  Oeufs  d’Efcargot.  Car  non  feulement  nos  gros  Efcargots  manduca- 
„ bks,  mais  encore  ceux  de  la  plus  petite  forte,  ont  de  petits  Oeufs  ronds, 
unis  & quelque  peu  oblongs  , dont  les  uns  font  de  la  Gr odeur  d’un 
petit  Pois,  d’un  Grain  de  Moutarde  & même  de  Pavot  blanc  ; ainll 
que  j’en  ai  ramaffé  de  differentes  fortes  dans  la  Terre  & deffus  la 
j,  Mouffe  ; parmi  lefquels  j’en  ai  trouvé  qui  avoient  de  petits  Trous. 

„ En  1738.  J’en  écrivis  mon  Sentiment  à Mr.  Jan.  Plane.  Mais 
J3  il  croit  toujours,  qu’il  n’y-a  que  la  Volaille,  qui  ait  des  Oeufs  à Coque , & 
„ que  le  Poiffon,  l’Ecrévide,  la  Moule,  l’I  fargot  & qu’en  un  Mot  tous 

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94  TABLE  LXXXV’II.  Deux  Sortes  de  Polypes  à Bouquet. 

si  les  Reptiles  n’oiu  que  des  Oeufs  mois  ou  tout  au  plus  cartilagineux, 
„ L’onpourroit  cependant  lui  prouver  le  contraire  par  ceux  du  O'oco- 
„ dite y du  Lézard , de  la  Tortue  & de  nos  Efcargots,  11  eft  vrai,  que  les 
„ Oeufs  de  l’Efcargot  & du  Lézard,  dés  qu’ils  font  pondus,  paroiflent 
„ n’avoir  qu’une  Pellicule  à Demi  tranfparente.  Mais  aufiitôt  qu’ils  font 
5,  fecs,  ils  prénent  une  Coque  opaque  & fragile,  qui  eft  d’une  épaiffeur 
„ aflfés  confidérable  dans  les  Oeufs  du  Crocodile.  Qr  puifqu’on  trouve 
„ dans  le  Sable  du  Rivage  d’Arimini  Quantité'  de  tre's  petits  EfcargatSy  & 
„ qu’en  pîufieurs  autres  Endroits  fur  les  Bords  de  la  Mèr  Adriatique, 
entre  autres  aux  Lacunes  de  Fenije  & à Comachio  il  s’en  trouve  des 
s»  Quantités  exhorbitantes,  je  n’ai  pas  de  Peine  à concevoir,  d’où  vient 
„ cette  Multitude  innombrable  de  Corpufcules  ronds.  Je  fuis  &c. 

Il  me  femble,  qu’il  n’y -a  gueres  rien  de  raifonnable  à oppofer  à des 
Penfées  fi  juftes  & fi  naturelles. 

TABLE  LXXXVII. 

Deux  Sortes  de  Polypes  à Bouquet. 

Mon  Deffein  n’aïant  pas  été  de  m’étendre  fur  une  Matière,  qui  a été 
fi  amplement  traitée  par  tant  d’autres  Naturalises  ; je  ne  puis 
cependant  refufer  à quelques  Amateurs,  qui  fouhaitent  que  je  touche 
tout  ce  que  j’ai  vû  & remarqué  fur  les  Polypes , de  conclure  mes  Obfer- 
vations  par  une  Defcription  & une  Répréfentation  des  prétendus  Poly~ 
pes  à Bouquet  & à Colonies,  ce  qui  va  faire  l’Objet  de  cette  Eftampe  & de 
la  fuivante. 

L’on  voit  donc  dans  cette  87me  Table  deux  Sortes  de  ce  qu’on  ap- 
pelle Polypes  à Bouquet,  Mr.Backer  les  nomme  les  Bêtes d Campanelle,  d’au- 
tres les  Polypes  à Manchettes  & encore  d’autres  les  Polypes  d Fleurs,  Or 
pour  montrer  la  Manière  la  plus  facile  de  tirer  ces  Créatures  de  l’Eau } 
j’ai  mis  a)  un  Urinai , dont  j’aime  mieux  me  fervir  que  de  tout  autre, 

parce 


TABLE  LXXXVIÏ.  Deux  Sortes  de  Polypes  à Bouquet, 

parce  que  lorfqu’  il  eft  plein  d’Eau,  fa  Figure  en  Boule  accafione  un 
Efpèce  de  Groifilfement,  qui  aide  à reconnoître  les  Animalcules  qui  s’y 
trouvent.  L’  on  y enfonce  le  petit  Tuïau  de  Verre  blanc  c)  & l’on  Pro- 
cède comme  il  a été  dit  dans  l’ Explication  de  la  LXXXIIme  Eftampe , & 
comme  on  a contume  de  faire  avec  chaque  Siphon,  Car  dès  qu’enlevant 
le  Pouce  b)  l’on  attire  l’Eau,  le  Polype  d)  qui  fe  tient  au  Fond  du  Verre 
ou  à l'Herbage  f)  entre  auffi  dans  le  Tuïau  ; après  quoi  on  le  peut  ver- 
fer  dans  un  Verre  plus  petit  mais  propre. 

Dans  cet  Urinai  a)  j’ai  répréfenté  d)  l’Efpèce  la  plus  commune  de 
Polypes  à Bouquet.  Pour  la  fécondé  Efpèce,  qui  eft  plus  rare,  & qui  fe 
diftingue  principalement  de  la  première, Jpar  fa  Demeure  ou  par  fon  Corps , 
elle  eft  definée  e)  & f ). 

Les  premiers  confiftent  en  deux  Parties  principales,  i)  le  Corps  & 
î)  les  Créatures  vivantes  qui  y font.  Je  ne  prétends  pas  décider,  filon 
peut  leur  donner  à jufte  Titre  le  Nom  de  Polypes  ? Si  l’on  prend  l’Etui  h) 
g)  pour  les  Polypes  & les  Animalcules  1)  n)  x)  w)  pour  leurs  Bras  ou 
leurs  Piés  ; cela  peut  s’entendre.  Mais  comme  je  fuis  perfuadé  que 
chacune  de  ces  Créatures,  ainfi  qu’il  fe  voit  dans  n)  & w)  peut  vivre, 
marcher  & nager  en  fon  particulier,  fans  qu’on  y remarque  la  moindre 
Trace  de  Bras  ou  de  Pié  ; il  refte  à favoir,  fi  ces  Etres  vivans  font  des 
Créatures  indépendantes,  ou  fi  elles  ne  font  que  des  Parties  d’un  autre 
Tout  ? & fi  ces  Tuïaux  bruns  g)  h)  H)  font  en  Effet  des  Corps  vivans, 
ou  feulement  des  Etuis  ou  des  Celules , que  ces  Créatures  n)  x)  à l’Imita- 
tion de  tant  d’autres  Animaux  fociables  , ont  ramaffées  & conftruites 
pour  leur  Demeure  ? Pour  moi,  je  crois  le  dernier,  bienque  Mr.  Trem- 
blai * & d’autres  foutiennent  avoir  vû  dans  ces  Celules  des  Inteftins,  qui 
montroient  un  Mouvement  périftaltique. 

Il  eft  vrai  qu’on  y voit  certaines  Parties,  que  peuvent  fe  prendre 

pour 

* Tremblai  Mémoire  III,  PI.  io.  fig.  p,  pag.  2 12, 


96  TABLE  LXXXVII.  Deux  Sortes  de  Polypes  à Bouquet. 

pour  des  ïnteflins.  Mais  feu  Mr.  Roeffel  & moi  avons  très  fouvent  ex- 
amine' ces  Parties,  fans  y avoir  jamais  pu  trouver  les  Qualités,  qui  de- 
fîgnent  p.  e.  un  Ejlomac  ou  un  Boïau.  Car  non  obflant  la  Voracité  des 
Polypes  à Fleurs , je  n’ai  dans  toutes  mes  Obfervations,  pu  appercevoir  le 
moindre  Aliment  dans  ces  fortes  de  Parties.  J’ai  donc  marqué  q)  & r) 
les  prétendus  ïnteflins  & par  p)  les  Alimens  bruns  & verds,  qui  defeen- 
dent  ordinairement  dans  le  Tuiau  principal  de  l’Etui,  h)  H)  lequel  pour- 
roit  bien  être  le  Magazin,  où  les  Polypes  ramaffent  leurs  Provifions. 

C’étoit  aufB  le  fentiment  de  feu  Mr.  de  RoefTel,  que  ce  Tronc  en  For- 
me de  Rameau  de  Corail,  n’étoit  que  la  Demeure  ou  l’Etui  des  Animal- 
cules à Fleurs  , divifé  en  plusieurs  Celules.  Suivant  cette  Opinion, 
que  je  ne  veux  obliger  perfonne  d’admettre  , ma  Divifion  de  çi-deffus 
pourra  avoir  Lieu* 

Quant  aux  Animalcules  mêmes,  ils  font  diflribués  en  differentes 
Colonies  dans  ce  Tronc,  comme  on  peut  voir  dans  i , & iis  ont  la  Fa- 
culté, de  pouvoir  fe  défaire  & fe  feparer  du  Tronc  principal,  pour  for- 
mer leur  Bouquet  ou  leur  Colonie  particulière. 

Par  Exemple  g)  marque  un  Tronc  de  trois  Colonies,  pris  d’après 
Nature  ; aucontraire  h)  en  a neuf,  examiné  par  Nro  p.  fous  le  Micro- 
feope  çompofé» 

La  Matière  dont  le  Tronc  lui  même  efl  compofé,  eft  très  limon* 
oeufe,  gluante  ou  aqueufe  & fe  fond  bientôt,  fi  on  la  met  dans  un 
Verre  fec.  11  paroît  n’être  fait  que  de  Limon,  de  Racines  pourries  & 
d’autres  femblables  Matières,  comme  l’Etui  de  l'Animalcule  à Tuïaux, 
ou  à Trompette,"  Cependant  il  efl  tranfparent,  & l’on  y peut  voir  fort 
diftinélement  defeendre  les  Alimens  & s’y  pofer,  tout  fon  Canal  étant 
fouvent  rempli  de  Matière  brune  & Verte,  qui  n’eft  que  la  Graine  des 
Lentilles  de  Marais,  qu’on  trouve  fous  la  Feuille  , & qui  efl  brune,  ou 
la  Fleur  des  mêmes  Lentilles,  qui  efl  verte,  & qui  pend  au  Bout  des 

Queues. 


TABLE  LXXXVII.  Deux  Sortes  de  Polypes  à Bouquet.  97 

Queues.  Avec  le  Secours  d’un  bon  Microfcope,  l’on  peut  voir  claire- 
ment, que  ce  Canal  en  renferme  un  autre  ; que  celui  de  dehors  eft  plus 
délié  &plus  tranfparent,  & celui  de  dedans  d’un  brun-clair. 

Ï1  confifle  encore  en  plulieurs  Rameaux  particuliers , dont  chacun 
a fon  Effaim  de  Polypes.  J’ai  delfmé  H)  un  pareil  Tronc  à quatre  Ra- 
meaux autant  groffi,  qu’on  le  peut  obferver  par  Nro  i.  Ces  quatre  Ra- 
meaux fe  préfentent  avec  leurs  Colonies  en  autant  de  Variations.  Cha- 
que Rameau  termine  fon  Extrémité  par  un  Anneau  ou  Collier  Voi  A)  A) 
A)  A),  qui  efl  bordé  par  en  haut  & par  en  bas  d’un  Orle  qui  refiemble 
à un  Poignet  de  Alancbette.  L’on  voit  d’abord  au-delTus  de  ce  Collier  les 

c> 

p 

Parties  q)  r)  qu’on  prétend  être  les  Inteflins.  Mr.  Roeflel  a crû  que  c 
étoit  le  Refervoir  aux  Excremens.,  C’eft  dans  cette  Efpèce  Collier,  que 
demeure  toute  la  Colonie  enfemble  ; & il  y-a  telle  Celule,  où  j’ai  com- 
pté 40.  ^o.  jusqu’  à 6 o.  de  ces  Créatures.  Quand  toute  une  Celule 
fort  à la  Fois  , & fait  une  Efpèce  de  Roue  de  Paon,  elle  refiemble  i la 
Figure  1)  mais  quand  elle  self  retirée  comme  dans  k)  l’on  voit,  comme  il 
eft  montré  dans  L)  en  haut  l’Ouverture  du  Collier  & au -défions  ces 
Créatures,  qui  s^y  font  enfoncées,  & qui  prîtes  feules,  reffemblent  afiTés 
à des  Anguilles  de  Colle  ou  à des  S.  S.  fe  préfentant  toute  fois  aufli  fous 
d’autres  Poftures  tortues  St  ferpentines.  Quand  elles  fe  pavanent  com- 
me dans  l)  elles  font  fouvent  un  fort  Tourbillon  dans  l’Eau  ; St  c’efl 
ainfi  qu’elles  attirent,  comme  par  un  Entonnoir  } les  Particules  les  plus 
déliées  des  Plantes  St  des  Grains  de  Semence, 

» 

Pour  les  chercher  il  faut  fc  tenir  extrêmement  coi  & tranquille  Sc 
ne  fe  pas  impatienter  ; car  au  moindre  Mouvement,  ils  fc  rétirent  dans 
leurs  Celules,  & puis  il  faut  allés  long-tems  attendre,  juiqu’  à ce  qu’ils 
reparoi  fient. 

Il  efl  aulîi  bon  de  pofer  le  Verre  à Gonferve  ou  la  Glace  de  Montre, 

dans  une  certaine  Elévation  , que  l’on  puifTe  examiner  par  delfous  les 

N Lentil- 


98  TABLE  LXXXVTIL  Deux  Sortes  de  Polypes  à Bouquet, 

Lentilles  de  Marais  avec  la  Loupe,  Car  ceux  ci  comme  les  autres  Ani- 
malcules de  Marais,  fe  pendent  pour  la  plupart  au  Fonds  ou  au  defious 
des  Lentilles,  parceque  c'eft  là  qu’eft  la  Graine , dont  ils  fe  nourrifTent  ; 
mais  fourtout  il  faut  prendre  garde  de  ne  pas  mettre  le  Verre  fur  une 
Table  ou  autre  Lieu  qui  branle  car  ils  ont  tant  de  Sentiment,  qu’ils 
s’apperçoivent  de  tous  les  Pas  que  l’on  fait  dans  la  Chambre. 

Le  Tems  le  plus  fur  d’en  trouver,  c’eft  Juin,  Juillet  & Août.  Quel- 
que-fois  ils  fe  pofent  contre  les  Parois  du  Verre,  quand  il  commence  à 
devenir  craffeux,  Ils  ne  fouffrent  pas  la  Diffeélion,  mais  ils  fe  parta- 
gent bien  eux  mêmes,  &.  ils  mettent  aufli  de  Jeunes  Troncs  bas. 

Leur  Couleur  efb  Blanche,  comme  du  FiL  fin  blanchi.  Ils  nagent 
dans  l’Éau  tant  feul  à feul,  que  par  Colonies  ; mais  au  moindre  Mouve- 
ment, ils  fe  retirent  enfembie  dans  leurs  Celules,  par  le  Tuïau  qui  eft 
dans  l’Anneau  ou  Collier,  & s’y  cachent  avec  toute  la  Promtitude  qu’ 
ils  peuvent. 

La  fécondé  forte  eft  bien  plus  difficile  à trouver,  que  la  Première; 
car  le  Tronc  brun  ou  le  Rameau  de  Corail,  qui  fait  connoître  les  Pre- 
miers, ne  fe  voit  pas  dans  ceux-ci  ; mais  à fa  Place  l’on  ne  voit  qu’un 
petis  Monceau  de  Limon  presque  rond  , d’un  brun  très  pâle  et  même 
fouvent  d’un  blanc  jaunâtre.  Voilà  ce  qui  conftitue  le  Corps  ou  la 
Struélure  de  l’Habitation  des  Polypes  à Fleur  de  la  Seconde  Efpèce. 
L’on  n’y  voit  ni  Bras,  ni  Bracelets,  mais  feulement  de  petits  Boutons 
faillans,  hors  defquels  ils  montrent  leurs  Bouquets,  ou  Pannaches.  Il 
n’y-a  que  Mr.  Roeffel , que  je  Sache,  qui  ait  décrit  cette  Efpèce  ; c’eft 
auifi  chés  lui  que  je  la  vis  pour  la  prémière  Fois  St  que  j’appris  à la 
connoître  ; j’en  ai  depuis  trouvé  tous  les  Ans  dans  le  Nonnen  Garten  (Jar- 
din des  Religieufes)  d-ns  P Etang  du  Couvent  de  Ste  Catherine . Leur 
Grolïeur  eft  marquée  dans  cette  87me  Ffîampe  Fig.  S)  S)  quoi  qu’un  peu 

au  de  là  du  Naturel.  Ils  fe  tiennent  la  plupart  du  Tems  ou  Fonds  du 

Verre 


TABLE  LXXXVII.  Deux  Sortes  de  Polypes  à Bouquet  99 

Verre  dans  le  Limon  , St  fi  l’on  n’a  pas  bien  de  la  Patience  pour  attendre 
qu’ils  fe  montrent,  on  rifque  de  les  manquer.  Leur  Corps  efi:  plus  opa- 
que au  Milieu,  que  dans  la  Circonférence,  & il  adivcrfes  Taches  comme 
on  Voit  dans  V)  mais  ce  n'eff  pas  dans  tous.  J’ai  pris  cej^Tachespour 
des  Ecofies  fuccées  de  leurs  Alimens.  Leurs  Pannaches  ont  aufii  tout 
autre  Façon,  que  ceux  de  la  première  Elpèce,  & forment  d’ordinaire 
une  Paire  d*  Ailes,  parfois  aufii  un  Paquet  de  Rubans  ou  de  Feuilles  blan- 
ches, des  Fois  même  une  Manchette  ou  un  Plumet , J’en  ai  delfiné  diver* 
fes  Figures,  telles  que  je  le*  ai  exaélement  obfervées  j comme  l’on  ver- 
ra t)  tt)  U;  & V). 

J’ai  marqué  feparément  d’un  W)  leur  Combinaifon  en  Forme  d’AL 
les  & d’un  X,  leur  Mouvement  & leur  Figure  individuelle.  Une  Aile 
1 une  double  Rangée  de  Tuîaux^  où  l’on  trouve  30  à 40,  de  ces  Créa- 
tures, 

Il-y-a  de  ces  Boules  qui  ont  îo,  à ïî.  Boutons  ou  Celules , j’en  ai  quel- 
quefois trouvé,  qui  n’avoient  que  trois  à quatre  de  ces  Habitations. 
Ils  fouffrent  aufii  peu  la  Difieélion  que  les  Premiers.  Quand  les  Ailes 
ou  les  Bouquets  font  retirés  en  dedans,  H Boule  elle-même  paroit  brun- 
obfcur  \ mais  quand  ils  font  étendus,  celle-ci  efi:  très  claire  & tranfpa- 
rente  , St  alors  on  peut  diftinguer,  que  ce  n’efi  qu’un  Compofé  de  pe- 
tits Grains , que  j’ai  marqués  ici  par  des  Points. 

Us  ne  mangent  point  d’Infeétes  ; mais  ils  vivent  uniquement  des 
plus  fines  Semences,  qui  font  cachées  dans  le  Limon.  11  efi  fort  difficile 
de  les  foumettre  à de  longues  Obfervations  St  Recherches  ; car  fi  on 
les  met  dans  l’Eau  claire  ^ ils  y meurent  bientôt,  St  s'  y fondent  pour 
ainfidire  tellement,  qu’on  n’en  trouve  plus  rien.  Que  fi  Vous  les  Iaif- 
fés  plus  de  huit  jours  dans  l’Eau  de  Limon,  ils  font  détruits  par  les 
plus  petits  Pons  d'Eau, 

N 2 - 


TABLE 


/ 


îqo  TABLE  LXXXVIII.  Encore  quelques  autres  Animalcules 


TABLE  LXXXVIII. 

autres  Animalcules  de  Limon, 


Encore 


connus  fous  le  Nom  de  Polypes  Sociables, 

’ eft,  à rrü*n  Avofs,  avec  auffi  peu  de  Raifon  qu’on  appelle  Polypes 


les  Créatures,  que  contient  cette  S8mc  Efcampe,  que  l’or,  a donné 
ce  Nom  aux  Animalcules  a Bouquet.  Ce  font  tous  des  Animalcules  de  Limon , 
dont  pas  un  n’a  un  feul  Fié,  bien  loin  d’en  avoir  pluflears.  Il  y en  a 
fort  peu  qui  aient  des  Queues,  les  autres  fe  tiennent  pour  la  plupart,  fur  les 
Queues  déliées  de  Rofeaux,  dont  ils  peuvent  fe  féparer  & s’y  rejoindre, 
ainfi  que  je  m’en  vai  le  montrer  clairement. 

Ces  Animalcules foeiatdes  on  Colonises  de  Limon  fe  voient  ordinaire» 
ment  comme  de  petites  Mafles  de  Limon  ou  de  Moifi,  qui  pendent  aux 
lentilles  de  Marais,,  à l’Herbage  & a la  Moufle  d’ Eau  , comme  l’on  peut 
voir  dans  a)  & b)  de  Figure  & de  Grofleur  naturelle.  11  fe  pendent  aufli 
à des  Créatures  vivantes  ; aux  plus  petits  Limaçon*  d' Eau  c.  i)  aux  Puces 
d’Eau  c.  ï.)  aux  Hannetons  d’Eau  c.  3.)  & il  les  exterminent  à force  de  les 
fuccer. 

Je  m’en  vai  commencer  par  P Animalcule  à Trompette  ou  zChalumau , qui 
a coutume  de  fe  tenir  entre  les  Lentilles  de  Marais  ;d)  le  montre  au  Natu- 
rel, & e)  grofll  par  la  Loupe.  11  me  faudroit  faire  tout  un  Volume,  Il 
je  vouiois  décrire  les  Propriétés  d’ un  chacun  en  Détail,  il  me  fuffira 
donc  de  les  deffiner  au  plus  jufte,  pour  les  faire  difeerner  au  Leéïeur. 
f)  & g)  Répréfentent  les  Animalcules  de  Limon  en  Forme  de  Majfue; 
c'eft  à dire  qu’  f)  en  montre  les  jeunes,  & g)  les  Vieux,  & la  Manière 
dont  iis  tirent  leurs  Alirqens  par  le  Tourbillon.  Us  habitent  aufîienfem- 
b'e  par  Colonies,  & l’on  en  voit  fouvent  des  centaines  en  un  Monceau, 
h)  En  répréfente  un  dans  fon  plus  haut  Point  de  Grofliflèment,  avec 
quelques  Graines  de  Lentille  de  Marais,  qu  il  a avalées  & trois  Points  rou- 
ges, dont  je  n’ofe  déterminer  l’Ufage,  L’on  prend  fouvent  les  Jeunes  f) 


pour 


T AB.  LXXXVIII.  de  Limon  connus  fous  le  Nona  de  Polipes&c.  ioî 

pour  les  Animalcules  ^Chalumeau , que  j’ai  defïinés  ici  bien  grofîis  i)  & k) 
& dont  l’Ouverture  de  la  bouche  eft  tout  au  Tour  garnie  de  Pointes  de 
Poil.  Ces  Animalcules  à chalumeau,  ont  aufo  la  Faculté  de  fe  concentrer 
& de  prendre  tout  une  autre  Forme  ; de  forte  qu’il  faut  bien  faire  At-> 
tention  de  ne  s’y  pas  méprendre  ; parceque 

l'Animalcule  1)  qui  relfemble  à une  Cloche  ou  à un  Gobelet , qui  aauf- 
fs  des  Pointes  de  Poil , relfembk  beaucoup' à Celui  à Chalumeau,  avec  cette 
Différence,  qu’il  tient  à une  Queue  particulière , de  laquelle,  de  même 
que  l'Animalcule  h Cornet,  ou  à Pic  de  Biche  m)  il  fe  peut  détacher  & con- 
tinuer fans  cette  Queue  fa  Marche  Spirale  V.  n). 

Tous  ces  Animaux  Colonises  St  les  autres  habitent  par  troupes 
enfemble,  comme  font  delfinés  o)  les  Animalcules  de  la  Figure  des  Baies 
de  Xcprun,  & dont  j’en  ai  marqué  un  Couple  p)  p)  avec  leur  Façon  de 
nager. 

Ceux  que  Mr.  de  Roelfer  nornfne  de  la  Figure  d’Epinevinette  qj  ceux 
qui  reffembknt  à des  Neffles  t)  & les  Animalcules  à Couvercle  vv)  habitent 
enfemble  d’une  autre  Manière  dans  des  Demeures  compofées  de  petits 
- Tuïaux,  dont  ils  fe  peuvent  feparer  r)  & abandonner  les  Queues,  f)  f) 
îefquelles  ils  peuvent  audi  trainer  après  eux  1)  m)  & v). 

Celui  qui  relfemble  à la  Neffle  change  fouvent,  comme  on  peut 
voir  t)  u)  v)  & il  a auffi  des  Pointes  de  Poil  au  Tour  de  la  Bouche,  de 
même  que  Celui  à Couvercle,  lequel  a la  Figure  d’un  Citron,  tant  qu’il 
efl  fermé  y).  Mais  quand  il  eft  ouvert,  il  en  fort  une  Efpèce  de  Piflille , 
lequel  eft  couronné  d’une  petite  Affiette , ou  d’une  Plaque  ovale  5 laquelle 
eft  pareillement  garnie  tout  au  Tour  de  Pointes  de  Po  l w).  Lorfque 
ly Animalcule  rétire  un  peu  cette  Ajfiette  en  dedans,  l’on  n’en  voit  que  les 
Pointes  de  Poil  & l’Embouchure  ronde  relfemble  alors,  à cmc*Cnuronne  cam - 
panée  x).  Mais  quand  il  la  retire  entièrement,  l’on  petit  regarder  de* 
dans,  comme  dans  un  Gobelet  z). 


11 


ïoi  T AB.  LXXXIX.  Les  Parties  Microfcopiques  les  plus  &c. 

Il  peut  de  même  que  les  autres  Animalcules-Colonîfles,  s’ôter  de 
fa  Queue  en  Forme  de  Tuïau  & s’y  remettre,  & même  la  trainer  après 
lui,  de  forte  qu’on  la  prendroit  pour  une  Partie  de  cet  Animal.  Pour 
les  Pointes  de  Poil,  qu’il  a au  Tour  de  la  Bouche  , il  les  remue  avec 
tant  d’ Agilité  & de  Vibration,  que  les  Yeux  en  font  éblouis. 

Les  Amateurs  qui  veulent  facilement  trouver  de  ces  Créatures, 
n’ont  d’abord  qu’  à tirer  hors  du  Verre  à Conferve  des  Infeéles  plus  gros, 
tels  que  de  petits  Efcargots,  des  Pucerons ,,  des  Porte~Grapes  &c.  & à vifxter 
ceux  qui  ont  ou  fur  le  Dos , ou  fous  le  Ventre ou  aux  Cotés , quelque  peu 
de  Limon  ou  de  Moifi  gris  attaché  , ainfi  que  le  montrent  les  Fig.  a) 
b)  & c i)  2)  3),  de  cette  Eftampe.  S’ils  prenent  donc  de  fembla- 
bles  Infeéles  aquatiques,  ils  peuvent  tenir  pour  certain,  que  ce  Point  gris^ 
auüi  bien  qu’aux  Lentilles  de  Marais,  ji’eil  autre  Chofe  qu’une  Colonie 
de  ces  Animalcules  fociables,  Mais  il  faut  de  la  Patience,  furtout  avec 
ics  Polypes  à Bouquet , ou  à Fleurs.  Vous  avès  'beau  rire,  Moqueurs  ! de 
cette  Inftruélion.  Je  fuis  toujours  perfuadé,  que  qui  fait  eonnoître  une 
Créature  inconnue,  pour  donner  Occafion  à l’Homme  de  glorifier  le 
Créateur,  dans  cette  Struélure  auili  merveilleufe  que  la  henne,  & d’ad- 
mirer cette  Toute  puiiTance  infinie,  emploie  mieux  fon  Tems,que  celui 
qui  s’efl  tué  à décider  l’incomparable  Queilion  : Dequelle  Etoffe  éto[t  fait  le 
Bonnet  de  Nuit  de  Alathufalem * 

TABLE  LXXXIX. 

Les  Parties  Microfcopiques  les  plus  remarquables 

du  Chardon. 

Quelque  trille  Figure  que  faite  le  Chardon  dans  les  Terres  incultes, 
les  Tertres,  les  Chemins  & les  Haïes  &c.  il  n’en  mérite  pas  moins 
l’Examen  & les  Obfervations  des  Amateurs  de  la  Phifique.  Il  a Nombre 
de  Parties  très  dignes  d’Attention,  & il  efl  du  moins  d’aiifîi  belle  Appa- 

rance, 


TABLE  XC.  Continuation  des  Particules  du  Chardon.  103 

rance,  furtout  Tous  le  Microfcope,  qu’il  eft  en  lui  même  utile  à l' Homme, 
Cette  Spme  Eftampe  préfénte  la  Copie  d’un  Chardon  commun,  qui  fe  trou- 
ve defliné  & décrit  dans  Tournefort.  Infl.  rei  verb.  Tom.  I.  Claf, ; XI/.  Seci. 
2.  Cen.  1.  & Tom.  3.  Tab. 2f  3.  & dont  Mr,  le  Chevalier  Linneus  a fait  Men- 
tion dans  fon  Hcrt.  Clif.  Sous  le  Nom  Spécifique  : Carduus  foliis  fwuatis  de- 
currentibus  margine  fpinojis  fioribus  folitariis  nut antibus. 


11  confifte  dans  le  Bouton  de  Fleury  a)  les  Piquans  qui  l’environnent 
b),  la  Queue  h la  Laine,  d)  qui  fe  trouve  tant  fur  les  Feuilles  qu’au  Tour 
de  la  Queue,  & les  Feuilles  avec  leurs  Piquans  b).  Je  donnerai  encore  une 
ou  deux  Tables  fur  cette  Matière*  Ici  je  me  contente  de  dire,  que  c) 
répréfente  un  Piquant  ou  une  Epine  de  l’Extrémité  d’une  Feuille,  groflî 
par  Nro.  1.  dont  la  Grofleur  naturelle  fe  trouve  marquée  par  b)  à la 
Feuille.  Par  contre  l’on  voit  dans  e)  quelques  Brins  groflis  de  la  Laine, 
qui  tient  aux  Feuilles  & à la  Queue  & qui  eft  marquée  au  Naturel  par  d) 
L’on  trouve  aufii  ici  une  Particule  de  la  Queue  coupée  en  Rond,  dont  la 
Moille  eft  fort  Spongieufe,  comme  celle  du  Sureau  & du  Jonc  fort  grof- 
fie  & à laquelle  la  Laine  tient.  Cette  Laine,  quand  elle  eft  fraîche,  paroît 
toute  gonfle  dans  le  Microfcope  ; Mais  quand  onia  confidére  deflechée, 
fes  Brins  reflemblent  à la  Moille  des  Tuïaux  de  Plume  d’Oïe,  & ne  pré- 
fentent  jufqu’  à la  Pointe,  que  des  Divifions,  qui  reflemblent  à des 
Vejfies, 


TABLE  XC. 

Continuation  des  Particules  du  Chardon. 

Voici  une  feule  Plume  de  ce  qu’on  nomme  le  Pappus  ou  Pappo,  qui  orne 
l'Emprion  comme  un  Pannache,  & qui  fert  d’Aïles  à la  Graine  pour 
la  tranfporter  partout.  Le  plus  habile  Pinceau  ne  fauroit  exprimer  la 
Beauté  des  Nuances  d’Arc-en-Ciel , qui  y brillent,  outre  le  magnifique 
Changement  en  Or  & en  Argent.  Chaque  Grain  de  Semence  eft  décoré 
d’un  Pannache,  compofé  de  pareilles  Plumes  & qui  forment  enfetnble  une 

Queue 


104  T AB.  XCL  La  Moelle  de  laTige  & de  la  Queue  du  Chardon. 

Queue  de  Paon.  Mais  chaque  Plume  prife  individuellement,  paroît  être 
formée  ci  une  Quantité  de  Filets,  Filamens,  ou  Tuïaux  creux,  fembla- 
bles  aux  Tuïaux  Capilaires  de  Verre,  & reffemble  à un  Bouquet  de  Plu- 
mes de  Verre  de  Venifie. 

La  Figure  a defigne  de  Groffeur  naturelle,  & c)  dans  le 'plus  haut 
point  de  Grofliffement  par  Nro  o.  une  feule  Plume  de  tout  le 
Pappus  du  Grain  de  Semence  b).  Cette  Obfervation  fe  fait  avec 
le  plus  d: Agrément  le  Soir  à la  Lueur  d'un  Couple  de  Chaa- 
deles. 


TABLE  XCL 


La  Moüle  de  la  Tige  & de  la  Queue  du  Chardon. 

e Phificien  k furtout  le  Botanifle  ne  trouvera  pas  ce  petit  Rondeau 


1 1 de  Moide  de  Chardon ^ dont  la  GfoiTeur  naturelle  fe  voit  a)  un  Objet 
indigne  de  fon  Examen.  Cette  Moiîle  à beaucoup  de  Rapport  avec 
celle  du  Sureau  k du  Jonc,  & elle  reffemble  à une  Grille^  Rezeau,  ou 
Tiffu  artiffement  enlacé,  corapofé  d’ Hexagones  3 dont  les  Parties  appro- 
chent de  Petites  VeJJies.  Il  y- a au  Milieu  du  Rondeau  le  Trouy  b)  pareeque 
la  Tige  efl  toute  creufe,  La  Bordure  eft  garnie  de  Conduits  à Seve  & à 
diry  marqués  par  des  Figures  en  Forme  de  Globules.  Mais  au  dehors  l’on 
voit  au  Tour  de  l’Ecorfe  pendre  une  Faine  blanche  très  fine,  dont  j’ai 
marqué  dans  la  89'lie  Eftampe  un  feul  Poil  ou  Brin  e)  bien  grofii. 

Or  comme -ces  Poils  de  Laine,  quand  ils  font  frais  fur  la  Tige,  font 
un  autre  Effet  dans  le  Microfcope,  que  quand  ils  ont  perdu  leur  Suc, 
j’en  tépréfenté  Fig.  c)  quelques  uns  dans  le  prémier  Cas,  c’eft  à dire 
frais,  où  leur  Suc  interne  les  gonfle  & les  arrondit  comme  des  Bdiaux , 
fans  qu’on  y apperçoive  ni  Jointures  ni  Divifions.  Mais  dés  que  le  Suc 
commence  à s’évaporer  & à fe  deffêcher,  l’on  apperçoit  dans  ie  Micro- 
fcope, qu’ils  prennent  des  Jointures  ou  des  Noeuds  d)  , lefquels  fe  préfen- 


tent 


TAB  XCIÏ.  Les  Etamines & autres  Parties  anthériques  du  Chardon.  io* 

tent  très  diftinélement  à l’Oeil,  quand  ils  font  tout  à fait  Secs.  Alors 
ils  relfemblent,  ainfi  qu’il  a été  dit  ailleurs,  à la  Moille  fêche  d’un  Tuïau 
de  Plume  ; ce  que  la  Figure  e)  de  la  préfente  Eftampe  montre  le  plus 
diftinitement. 

TABLE  XCII. 

Les  Etamines  & autres  Parties  anth  Tiques  du 

Chardon. 

Quoi  encore  des  Chardons  ! quel  Dégoût  ! Oui,  Leéleurs,  vous  avés  Rai- 
fon  d’y  trouver  à dire.  Mais  pouvés  vous  me  répondre,  qu’il 
n’y  aït  point  de  Cas  dans  le  Monde,  où  il  faille  faire  quelque  chofe  mal- 
gré foi,  pour  ne  pas  palfeitpour  greffier  ou  impoli  ? Voilà  jugement  le 
Cas  où  je  me  trouve.  Je  fuis  cependant  pleinement  convaincu,  que 
cette  dernière  Répréfentation , que  je  donne  du  Chardon,  ne  fera  pas 
absolument  fuperflue.  Outre  que  ce  font  les  Parties  effencielles  de 
cette  Fleur,  il  me  femble,  qu’il  fera  afl'és  indifférent  à un  Amateur  du 
Microfcope,  d’y  conlidérer  telle  ou  telle  Curiofité  de  la  Nature  : D’ail- 
leurs il  y- a toujours  plus  d’avantage  à examiner  autant  de  Parties  d’une 
feule  Fleur,  qu’on  en  peut  découvrir,  qu’à  fe  faire  un  Amufement  d’En- 
fant  à les  palfer  fimplement  en  Revue  dans  le  Microfcope. 

C’eft  dans  cette  Vue  que  la  Figure  a)  préfente  encore  une  Fois  la 
Tête  du  Chardon,  qu’on  voit  entière  dans  la  89  ne  Eftampe,  mais  ce  n’en  efl 
ici  que  la  Moitié  coupée  par  le  Milieu  de  haut  en  bas,  pour  répréfenter 
comment  les  Parties  anthériques  fe  joignent  à l'Ovaire  ou  aux  Embrions . 

Je  crois  inutile  d’avertir,  que  la  Fleur  du  Chardon  appartient  à la 
Claife  de  celles  qu’on  nomme  Flores  Flofculi , c’eft  à dire  compofées  de 
plufieurs  petites  Fleurs  particulières  , ou  qu’on  dehgne  aufîi  par  Fleurs 
portant  Fleurs,  Ainfi  la  7 'été  du  Chardon  porte  Quantité  de  petites  Fleurs , 
répréfentées  par  f)  g)  h)  i). 


O 


Chacune 


30 6 TÀB.XCIL  Les  Etamines  & antres  Parties  anthériques  Chardon. 

Chacune  de  ces  dernières  eft  encore  compofée  de  plufieurs  Parties, 
lotit  comme  les  grandes  Fleurs  , c’eft  à dire  d’un  Calice,  d’ Anthères , d'un 
Pifiille^  de  Filamens,de  Poujfiere  anthérique  ou  jecondmte  & de  Fruit. 

11-y-a  fur  l’Embrion  ou  le  Fruit  Quantité  de  Poils  fins  & îuifans,  qui 
environnent  le  Pifiille  & forment  le  Papous,  dont  la  Tab.  XC.  répréfente 
un  feu \ filet.  Je  m’en  vai  donc  rendre  tout  cela  plus  clair  par  l’Explica- 
îiorï  de  cette  5>2:ne  Eftmpe. 

a)  eft  une  leur  flofculeufe  de  Chardon  coupée  en  long  par  le  Milieu, 
pou-r  montrer  les  Flofcules  qui  tiennent  enfemblc  a),  fe  joig- 
nent à l’Ovaire  b), 

e)  £c  d)  font  deux  des  Epines  qui  environent  r Ovaire  par  dehors, 
deftinêes  un  peu  au  de  là  du  Naturel,  dont  l’une  cj  fe  préfente 
par  dehors  &:  l’autre  d)  par  dedans  ; tandifque  e)  la  fait  voir 
un  peu  plus  grollie  par  Nro  fi.  La  vue  de  ces  Epines  me  fît 
dire  en  moi  même  : 11  faut  bien  que  ces  pauvres  Chardons  foient 
les  Favoris  de  la  Nature,  puifqu’elle  en  préferve  & garantit  îe 
Fruit  avec  tant  de  Soin  &par  des  Paliftàdes  fi  piquantes,  j’ai 
répréfenté  dans  f)  g)  h)  i)  quelques  unes  des  petites  Fleurs 
qui  compofent  la  Tête  du  Chardon,  telles  que  la  Loupe  ou  îe 
Verre  oeconomique  les  font  voir  par  dedans  & par  dehors  3e 
félon  toutes  leurs  Parties,  Le  Calice  eft  entrecoupé  cinq  fois 
en  forme  de  Couronne,  dont  les  coupures  defeendent,  jufques 
vers  îe  Tiers.  C’eft  là  qu’eft  le  Pifiille lequel  eft  encore  envi- 
ronné de  4.  Anthères  jointes  enfemble  h).  Il  pénètre  jufqu’ 
au  Fruit  Y)  & eft  entouré  du  Pappus  k)  Tout  cela  fe  préfente 
encore  plus  diftinélement  dans  le  haut  Point  de  GrolîifTement 
par  le  Nro  1.  du  Verre  Anglais  contenu  dans  cette  Eftampe. 
Poiés  m)  n)  o). 

Dans  ce  Calice  découpé  en  forme  de  Couronne  m)  l’on  voit  des 
Millions  de  Globes  à Sève,  qui  reifembient  aux  Globules  de  Sang.  Les  An- 


TABLE  XCIIÏ.  Ecaille  d’Anguilte.  i 07 

thères  n)  font  pareillement  pleines  de  ces  Globules  à Sève , St  Ton  y voit 
fort  diftinélement  les  Grains  de  Pouflière  anthérique,  de  même  qu’au 
Piftille  0)  ainfi  que  je  les  ai  très  clairement  copiés  d’après  le  plus  hau-t 
Point  de  Groffiffement  p)  & que  j’ai  trouvé  être  des  Boules  rondes  gar- 
nies en  tout  & par  tout  d’une  infinité  d’autres  Globules  plus  petits  St 
armés  de  Pointes  très  fines.  Je  n’ai  jamais  pu  voir  PouJJière  anthérique 
ou  fécondante  auffi  bien  St  auffi  clairement  que  celle-ci.  Et  je  fuisper- 
fuadé  queees  Globes  p)  contiennent  des  fubflances  huîleufes  St  d’autres 
fluides,  lefquelles  crevant  lorfque  les  Globes  p)  fe  font  joints  znP.ftilleo) 
qui  eft  l'Organe  de  la  Fécondation  , la  Sève  pénètre  par  les  Pores  du  Pi. 
ftille  6)  & k)  pour  procurer  à l'Lmbrio.n  1)  fon  entière  Groffeur,  £à  Ma- 
turité & fa  Perfeélion. 

TABLE  XCÎIÎ. 

Ecaille  d’ Anguille». 

Quelle  Bénédiction  pour  nous  autres  Chrétiens  ! que  le  Juifs  ne  man- 
gent point  d’Anguilles  comme  nous  en  mangeons  ! L’on  devroit 
fe  faire  Confcience  d’apprendre  à ce  Peuple  reprouvé,  que  l'Anguille  a des 
Ecailles  & qu’elle  ne  fauroit  être  mife  au  Nombre  des  Poiÿbns  dont  Moïfe 
a deffendu  rUfage  aux  Enfans  d’Ifraël  dans  leChap.  ii.v,  10.  du  Leviti- 
que  St  dans  leChap.  14.  v,  10.  du  Deuteronome. 

Car  fi  les  Hebreux  fe  mettoient  à manger  ejes  Anguilles,  ils  les  fe- 
roient  certainement  enchérir  de  la  Moitié. 

Mais  eft-il  bien  Jdr  que  l'Anguille  ait  des  Ecailles  ? me  demanda,  il  - y - a 
quelques  Années , un  de  mes  Amis  ; à qui  je  répondis  qu’  Oui , fondé 
fur  les  Ecrits  de  Lewenhoeck  *.  Mais  un  Jour  qu’il  m’invita  à manger 
un  Pâté  d’Anguilles,  il  me  prouva  le  contraire.  Je  demeurai  du  de- 
puis dans  une  Incertitude  léthargique  là  deffus,  n’aïant  ni  le  Tems  ni 

O a l’Occa- 

* Ontledtngen  en  Ontdekkingen  van  de  onfigtbare  verfcorgenthsndc  St:,  tôt  Lcydea 
168  s.  pag.49. 


icg  TABLÉ  XCIII.  Ecaille  d’Anguille. 

l’Occafion  d’en  faire  des  Recherches  exaéles.  En  un  Mot  je  n’ypen- 
fai  plus. 

Mais  le  Hazard  m’aïant  mis  il  - y - a quelques  femaines  , entre  les 
Mains  une  Vieille  Peau  d’une  Anguille  de  deux  Livres  ; ce  Rencontre 
m’a  rappelle'  la  Difpute  que  j’avois  eüe  avec  mon  Ami  en  mangeant  fon 

Pâté, 

J’entrepris  donc  d’examiner  curieufement  cette  Peau,  pour  voir  fi 
elle  avoit  des  Ecailles  ou  non.  D’abord  en  l’Examinant  en  Bloc,  je  ne 
pus  rien  appercevoir,  qui  eût  du  Rapport  avec  C Ecaille . 

Il  me  vint  dans  la  Penfée,  que  /’ Anguille  pourroit  bien  n’avoir  pas 
été'  a des  groiTe  ; puis  je  pris  la  Loupe  ; mais  avec  auflî  peu  de  Succès; 
jufqu’  à ce  qu’enfin  j en  mis  un  Morceau  de  la  Largeur  d’un  Pouce  fous 
le  Microfcope  compofé  de  Mufchenbrock,  quoique  ce  ne  fût  que  par  le 
î>Tro  6.  qui  elt  bien  le  moindre  Grondement,  pour  examiner  tout  à la 
Fois  ui\e  fi  groiTe  Pièce,  j’y  vis  cependant  plufieurs  Raies,  qui  alloient 
de  Tort  & de  Travers,  Fig.  b)  & ce  là  me  fit  conjeèïurer,  qu’il  pourroit 
y avoir  une  Peau  qui  couvrît  toute  la  Couche  d’Ecaiiles  *. 

Mon  Idée  ne  me  trompa  point.  Car  aïant  laide  un  peu  de  Peau  une 
Heure  dans  l’Eau,  l’aïant  enfuite  raclée  avec  un  Canif,  & puis  aïant  expofé 
ce  peu  de  Peau  avec  la  Loupe  à la  Lumière,  je  le  vis  couvert  de  Taches 
brunes  & de  petits  Points  c).  Pour  la  Couleur,  elle  êtoit  Paille.  QueL 
que  peu  que  je  fuife  fatisfait  de  ce  Speétale,  je  ne  laidai  pas  de  pouder 
ma  Pointe.  Je  îe  retrempai  dans  l’Eau  , & l’en  aïant  reforti  au  Bout 
d’une  Heure,  & l’aïant  purgé  du  nouveau  Limon,  qu’on  y voïoit  ; je 
découvris  enfin  les  petites  Ecailles,  qui  faifoient  reifembler  ce  peu  de 
Peau  à un  Morceau  d’Yuoïre  blanche  d).  Que  il  on  laide  un  peu  fêcher 

cette 

* 1.  w -nhoeck  a pris  :ss  Raies  qui  vont  à Tort  & à Travers,  pour  des  Vaiffeaux  nés 
fins,  qui  font  tout  Je  Volume  de  !a  Peau  visqueufe  extérieure.  C’«n  font  auflî, 
St  tout  Amateur  peut  le  découvrir  par  le  Gro/Mement. 


T.  XCIV.  Obfervations  mierofcopiques,faites  fur  des  Langues  &c  io? 

cette  Peau , les  Ecaille i s’en  lèvent  d’clles-mémes  en  l’Air,  fans  que 
pourtant  on  les  en  puiffe  tout  à fait  détâcher , fans  les  rompre 
on  déchirer  ; il  faut  plûtôt  les  mettre  encore  humides  ou  mouillées 
entre  les  2.  Verres  du  Porte-Objet , afin  de  les  y pouvoir  étendre  ; car 
autrement  elles  fe  recourbent  comme  de  la  Corne.  Le  Leéleur  verra 
a)  une  de  ces  Ecailles  d’Anguilie  de  Groffeur  naturelle,  & e)  telle  que 
mon  Nro  1.  me  1’  a fait  connoître , couverte  d’une  Infinité  de  gros  & 
petits  Eculfons  de  Figure  ovale.  Voilà  donc  Lewenhoek  jufiifié , mon 
Ami  vaincu  & avec  lui  tous  les  autres  Adverfaires,  & Preuve  fuffiifante, 
que  l’Anguille  n’eft  pas  du  Nombre  des  Poilfons  deffendus  dans  le  3.  & 
5.  Livres  de  Moïfe.  Si  l’Anguille  eft  un  Manger  fain,  ou  non  ? C’efi:  ce 
que  je  lahfe  à difeuter  à ceux  , qui  font  obligés  par  Etat  à décider  de 
pareilles  Queftions, 

Pour  moi  à qui  elle  n’a  jamais  fait  mal,  fi  l’on  venoit  aujourd’hui  à 
me  faire  Préfent  d’une , je  nVembarralferois  fort  peu  de  la  Superflition 
judaïque,  & encore  moins  renverrois  - je  un  Morceau  aufli  cher  & aufli 
friand. 

TABLE  XCIV. 

Obfervations  microfeopiques,  faites  fur  des  Langues 

de  veau  & de  Boeuf. 

Malpighius  **  m’  a fourni  l’Occafion  d’examiner  par  le  Microfcope 
la  Langue  cet  Organe  du  Goût , & j’y  ai  trouvé  tant  de  Parties  re- 
marquables, que  je  ne  faurois  les  placer  toutes  dans  cette  Partie  de  mes 
Amufemens,  mais  que  je  referverai  pour  un  Temps  plus  commode  & 
pour  une  autre  Occafion  **. 

je  ferois  charmé  de  pouvoir  fuivre  l’Avis  amical,  qui  m’a  été  donné 
dans  la  3.  Partie  des  gefeUfcbaff'thcben  Erzaehlungcn  Contes  familiers)  lequel 
je  reçois  avec  bien  des  Remercimens,  & ne  faire  aucune  Mention  des 

O 3 Ecrits 

* Marcel  Malpig.  Exercit.  Epiftolica  de  ling.  1664.  in  Oj*er,  Malpighii, 

* * Voies  Tab.  V 111.  de  la  3.  Partie. 


si o TÂB.  XCIV.  Obfervationsrmcrofcopiques,  faites  fur  desLangues 

Ecrits  des  Sçavans,  pour  me  renfermer  uniquement  dans  les  Operations 
microfcopique-s.  7 

Mais  me  voïant  à la  Fin  de  ma  2mc  Partie  ; je  ne  fuis  pas  bien  aife 
de  changer  de  Méthode  ; & dans  la  “Suite  je  ne  donnerai  plus  à quelques 
Leéleurs  dequoi  fe  plaindre  de  moi,  Car  j5ai  Quantité  d’ Amateurs  de 
Confide'ration,  qui  étant  fans  Etudes,  ne  font  pas  fâchés  de  trouver  dans 
ces  Feuilles  quelque  chofe  du  Régné  de  l’Erudition,  qui  fût  à leur  Por- 
tée & leur  fît  connoître  les  Caufes  de  certains  Effets  , pour  en  avoir 
d autant  plus  de  Sujet  d’en  louer  & admirer  la  Sageffe  & la  Toute-puif- 
fance  de  Dieu.  Cependant  pour  faire  voir  efficacement  le  Cas,  que  je 
fais  de  ce  bon  Avis,  j’ai  déjà  commencé  dans  cette  Pièce,  d’examiner 
autant  qu’il  m’a  été  poffiblc  les  Obfervations  de  Lewenhoeck,  &deMai- 
pighius,  en  laiffant  au  Public  impartial  à juger,  qui  des  Anciens  ou  des 
Modernes,  méritent  la  Préférance,  & à prendre  la  Peine.,  de  confronter 
& de  comparer  les  Ecailles  à* Anguille  de  Lewenhoeck,  & les  Deffeins  des  Lan- 
gues de  Malpighius  avec  mes  Eftampes  $ 3.94.  & la  fuivante. 

Ainfi  pour  tâcher  de  fatisfaire  tout  le  Monde,  je  m’en  vai  dire  deux 
Mots  des  Caufes  du  Gont  avant  que  d’ entrer  dans  l'Explication  de  la 
94ms  Eftampe. 

La  Langue  confifte  en  differentes  Pièces , & il-y-a  deux  manières  de 
l’examiner  ; 11110  par  fes  Parties  externes  ; 1^°  par  les  internes  ; l’une  & 
l’autre  font  d’excellens  & dignes  Objets  pour  le  Microfcope,  & donnent 
affés  d’Occupation  aux  Amateurs  de  la  Phifique. 

Suivant  la  première  Obfervation,  l’on  voit  fur  la  Surface  de  la 
Langue  { je  parle  de  Langues  de  Veau  & de  Boeuf)  trois  fortes  de  petites 
Eminences , reffemblant  à des  Crochets,  à des  Verrues,  & à des  Champi- 
gnons, On  les  appelle  Papilles . 

Celles  à Crochets  couvrent  pour  la  plupart  le  Bout  & la  plus  grande 
Partie  de  la  Langue , & l’on  en  fent  ï Elafticité  & le  Gr alignement , en 
paffant  feulement  la  Main  depuis  la  Racine  de  la  Langue  , jus- 

qu* 


TABLE  XCIII,  de  Veau  & de  Poeuf.  nx 

au’  au  Bout.  J'en  donnerai  la  Caufe  avec  plus  de  Détail,  quand  j’en  dé- 
crirai la  Figure, 

Les  PapHJes  ronds  ont  leur  Siège,  au  Milieu,  aux  Côtés  & même  à la 
Peau  du  deflbus  du  Bout  de  la  Langue  ; de  forte  que  parle  Microfcope, 
ils  reffemblent  à des  Champignons  ; & il  ont  toute  la  Surface  couverte 
de  petits  rares.  Sur  le  Derrière,  vers  la  Racine  de  la  Langue,  eft  la  troifiè- 
roe  Efpèce , affés  differénte  des  deux  premières,  & enfoncée  dans  un 
Anneau,  qui  forme  comme  une  TafTe  tout  au  Tour.  Elles  femblent  être 
formées  de  Cinq  Feuilles  ou  Parties,  comme  une  Rofe  fermée,  & elles 
ont  une  petite  Enfonçure  au  Milieu. 

Voilà  ce  que  refiemble  la  Peau  fuperiéure  ou  le  Seran  de  la  Langue. 
Dés  que  l’on  ôte  celle-là,  on  trouve  la  Peau  gluante  dans  laquelle  Ion 
peut  voir  les  Conduits  vers  les  Pointes  en  Forme  de  Cornes.  Au  deffous 
de  celle  ci,  il  y en  a encore  une  autre,  en  Forme  de  Réfeau  & tranfpa- 
rente,  aïant  beaucoup  de  Rapport  à la  Subfiance  pelliqueufe  du  Citron 
& de  l’Orange,  Après  celle  ci  vient  une  Pellicule  mince  & délicate  entre- 
lacée de  très  petites  Venes  ; & enfin  vient  la  Chair  compofée  de  Fibres, 
de  Nerfs  & deMufces  ; laquelle  eft  autre  au  Bout,  autre  au  Milieu,  & 
autre  au  Derrière  de  la  Langue . 

Tous  ces  Organes  fervent  pour  la  plupart  à procurer  le  Goût , quoi- 
qu’il y en  ait  qui  caufent  les  differens  Mouvemens,  Plis  & Tournemens 
de  la  Langue.  Car  que  nous  goûtons , & éprouvons  tant  de  Diverfité 
dans  les  Goûts,  cela  vient  des  Papilles  & du  Suc,  qui  eft  caché  en  elles  & 
qui  délie  les  Corps,  que  nous  portons  fur  k Langue. 

Or  comme  le  Goût  ne  vient  que  du  Tafl  ; de  même  que  tous  nos 
autres  Sens,  qui  femblent  fe  réduire  tous  à un,  qui  eft  le  Sentiment , aulîi 
eft  ce  par  le  Taü , que  les  Se!s  opèrent  le  Goût  fur  k Langue. 

Tout  Corps,  qui  n’a  point  de  Sel,  lorsqu’il  eft  diffous,  ne  fait  pas 
plus  d’Eftetfur  1%  Langue,  qu’il  en  fait  fur  la  Main  & furies  autres  Parties 


ii2  TAB.XCIV.  Obfervations  microfcopiques,  faites  fur  des  Langues 

de  la  Peau.  Nous  difcernons  à la  Vérité  le  Poids,  là  Preffion,  la  Dou- 
leur, laFineffe,  la  Dureté  & la  Rudeffe,  le  Froid,  le  Chaud  &c-  Mais 
dèfque  les  Corps  faleux  touchent  nôtre  Langue , il  en  naît  ce  Senti- 
ment, que  nous  nommons  Goût  & qui  elL  different  de  tous  les  autres 
Tacts , 

Mais  cela  ne  vient  pas  du  Selfeul;  car  l’Humidité  qui  eft  dans  les 
Papille*  de  nôtre  Langue,  & que  nous  appelions  Salive  y a aufîi  Part. 

. Car  qu’on  mette  fur  la  Langue  un  Morceau  fec  de  Sel,  d’Alun,  de 
Salpêtre  &c.  l’on  îj’en  fentira  le  Goût,  que  lorfqu’  il  fera  forti  de  la  Lan - 
gue  autant  de  Salive , qu’il  en  fayt  pour  le  diffoudre,  & pour  pénétrer 
enfuite  les  Pores  de  la  Papille. 

Que  les  Sels  aient  des  Particules  fi  extraordinairement  petites,  qu* 
elles  puiffent  .s’infinuer  dans  les  moindres  Ouvertures,  c’cfl:  ce  que  nous 
ont  appris  les  Obfervations  microfcopiques,  que  nous  avons  faites  juf- 
qu’  ici  fur  la  Diffolution  de  differens  Sels. 

Plus  il  s’en  dilfout  de  tout  le  Corps,  plus 'il  en  peut  entrer  dans  les 
Papilles , & plus  le  Goût  eff  fort. 

11  y en  a qui  croient,  que  ce  font  les  differentes  Formes  & Figures 
des  Sels,  qui  caufent  les  Changemens  & la  Diverfié  des  Goûts  ; mais  les 
Sels  n’operant,  que  quand  ils  font  diffous,  & dans  la  Diffolution  ne  con- 
fervant  d’autre 'Figure,  que  des  Particules  entièrement  Ovales,  tant  que 
la  Diffolution  efl  fluide  ; d’ailleurs  le  Sel  mort  & infipide  confèrent  fa 
Figure  ; il  y- a Lieu  de  douter  de  la  Vérité  de  cette  Opinion  *. 

Les  Sels  opèrent  différemment  fur  la  Langue  & dans  les  Papilles , c’efl 
à dire,  ou  fur  une  feule  Partie  » ou  ils  prennent  toute  la  Papille  ; & ainfi 
ou  ils  pénétrent  outre  en  outre  jufqu’  aux  Nerfs , ou  ils  ne  font  que  ré- 
tirer la  Surface.  S’ils  pénétrent  jufqu’  à 1a  Racine  des  Nerfs  , l’on  fent 

une 

• Prin.  lin,  Phyfiolog.  Cap.  XV,  de  Mr,  de  Haller, 


TABLE  XCIV.  de  Veau  & de  Boeuf*  11$ 

une  Douleur  jointe  au  Goûr.  En  Revange  le  Goût  eft  beaucoup  plus 
doux,  quand  il  n’y-a  que  la  Surface  de  la  Papille  de  pénétrée. 

Or  il  eft  palpable  que  tout  Goût  ne  pénétre  point  jusqu’aux  Nerfsy 
en  ce  que  fouvent  il  pafle  bien-tôt  ; mais  & s’il  alloit  jusqu'  à la  Peau 
des  Nerfs  $ il  feroit  bien  de  plus  longue  Durée. 

,,  Ou,  pour  m’exprimer  d’après  d’excellent  Hamberger , P Operation 
M s’en  fait  ou  extérieurement,  ou  intérieurement.*  Extérieurement 
„ par  /jdhéjion,  lorsque  les  Particules  de  Sel  ne  s’attachent  qu’à  la  Peau 
,,  de  la  Langue , & intérieurement,  lorsque  s’êtant  mêlées  avec  la  Salive, 
„ elles  retirent  les  Foffettes  en  Forme  d’Anneau  des  Papilles  nerveu- 
j,  fes.  Car  alors  la  Papille  devient  plus  courte  & plus  petite  & le  Nerf 
,,  fe  retire  & fe  bande,  ce  qui  doit  naturellement  caufer  plus  de  Senti- 
„ ment. 

Mais  les  Goûts  ne  font  pas  les  mêmes  dans  tous  les  Hommes  ; car 
il  eft  autre  dans  les  Enfans  & autre  dans  les  Adultes  & les  Gens  avan- 
cés en  Age.  C’eft  ainfi  que  les  Prenneurs  de  Tabac,  les  Buveurs  deVin, 
de  Bierre  & d’Eau,  ne  refîentent  pas  non  plus  le  même  Effet  de  ce  Sens* 
L’on  dit  en  Proverbe:  De  guftibus  non  eft  dijputandum.  A l’un  on 
peut  facilement  tout  trop  faler  , & à l’autre  jamais  aiîés.  Ainfi  ce  qui 

ragoûte  l’un,  dégoûte  fouvent  l’autre, 

^ • 

Il  eft  encore  Queftion  de  favoir,  quelle  Partie  de  la  Langue  eft  la 
plus  affeftée  par  le  Goût,  Je  n’ai  Garde  de  rapporter  ici  toutes  les  dif- 
ferentes Opinions,  qu’on  a là  deffus.  Je  me  contente  de  dire  en  peu  de 
Mots,  qu’après  bien  des  Experimens  il  s’eft  trouvé,  que  l’Affeélion  eft 
plus  forte  au  Bout  de  la  Langue  & de  plus  de  Durée  au  Milieu  ; c’  eft 
ce  que  Hamberger  a fouvent  exprimenté  avec  des  Tu'iaux  Capilaires  fur  di- 
verfes  Perfonnes , auxquelles  il  mettoit  une  petite  Goûte  d' Fjfence  de 
Pinpimlle  ou  d’Arcanum  Tartan , fur  la  Racine,  le  Milieu  & le  Bout  'de  la 

P Langue  y 

* D.  Geo,  Erh,  Hamberg,  Phy  fiol  medic,  Jcn,  1751.  C,  XI,  Seû,  II. 


ii4  TAB.XCIV.  Obfervationsmicrofcopiques,  faites  fur  des  Langues 

Langue^  lesquelles  font  toutes  demeurées  d’Accord,  que  le  Goût  avoit 
été  plus  fort  au  Bout  & de  plus  longue  Durée  au  Milieu.  Différence, 
qui  ne  peut  s’attribuer,  qu’  à la  differente  Struéhire  des  Papillis. 

Enfin  il  eft  certain  que  le  Goût  varie  extrêmement  ; je  ne  ferai  Men- 
tion que  des  plus  ordinaires,  qui  font 

i)  l’aigre,  2)  l’alkalique,  3)  le  falé,  4)  le  doux,  5)  l’amer, 
6)  Purineux,  7)  l’Epicé,  S)  l’âpre,  y)  le  rude,  10)  le  cor- 
rompu, u)  le  mort,  12)  le  fpirîtueux  & tant  d’autres. 

La  charitable  Nature  en  a fait  une  fage  Diilribution , principalement  a- 
fin  que  le  Bétail  eût  le  Moïen  de  difeerner  les  Alimens,  qui  lui  font  pro-1 
pies  d’avec  ceux,  qui  lui  font  nuifibles.  Et  voilà  aufii  pourquoi,  il  a 
des  Papilles  beaucoup  plus  groffes  & plus  fortes,  que  nous  autres 
Hommes.  D’où  il  refaite  que  le  Goût  des  Animaux  eft  beaucoup  plus 
fort  que  le  nôtre.  Et  de  là  vient,  qu’ils  ont  des  Langues  fi  dignes  d’Ad- 
miration,  puis  qu’ils  mangent  des  Herbes  , & des  Racines,  dont  les  Par- 
ticules de  Sel  font  les  plus  mordantes.  Quelle  Toute-puiffance  ! quelle 
Profondeur -de  la  Sageffe  divine,  ne  nous  éclairé,  t-  elle  pas  dans  cette 
feule  Confédération! 

Quel  mille  ri  eux  Laboratoire  de  Chimie,  quelle  furprenante  Fabri- 
que  d’Elemens,  s ouvre-t-elle  ici  à nos  Yeux  ! llclas  ! nous  n’en  pou- 
vons  voir  que  l’Hombre  ; car  du  Refte  comment  il  eR  poffible.  que  la 
Salive  ou  f Humidité  qui  fort  des  Papilles,  délie  fi  promtement  & en 
moins  de  rien  les  Parties  faleufes,  pour  les  faire  opérer  fur  toute  la 
tangue  ? c’ed  ce  qui  fera  toujours  un  Millère  caché  à nos  Yeux,  & qui 
nous  fait  écrier. 

O quantum  efl  quoi  nefeimusf 

Aveu,  qui  ne  doit  faire  Honte  à aucun  Mortel. 

Expli- 


TABLE  XCIV.  de  Veau  &c  de  Boeuf.  n$ 

Explication  de  la  XCIV.  Table 

Fig.  A)  re'preTente  une  petite  Langue  de  Veau  bouillie , fiir  laquelle  on 
voit  a)  les  Papilles  qui  font  à la  Racine  de  la  Langue,  vers  les  deux  Cô- 
tés du  Foramen  coecum , & qui  font  comme  entourées  d’un  Foffé  ; Elles 
ont  Parties  en  Forme  de  Feuilles  comme  une  Rofe  fermée  & au  Milieu 
une  Enfonçure  marquée,  telle  qu’on  montrera  groffie  dans  la  98me  Eftam- 
pe,  qui  fuit  Fig.  I.  Elles  s’étendent  fur  la  plus  grande  Partie  de  la  Lan - 
gue  jufqu’  à.  e)  ; puis  fuivent  les  Papilles  à Cr-ochets , ou  relfemblant  à un 
Seran  b)  que  fig.  a)  répréfente  au  Naturel  & B)  groffies.  c)  Répréfente 
la  fécondé  Peau  avec  les  Trous,  où  tenoient  les  Crochets « Pour  d)  c’eft 
la  troifième  ou  la  Subfiance  réticulée , dont  on  voit  Fig.  C)  un  petit  Bout 
fort  groffi.  Et  e)  fait  connoître  la  quatrième  Peau  & la  plus  fine  ; mais 
qui  eft  très  difficile  à feparer  de  la  Chair , Elle  eft  entrelacée  des  Vcnes 
les  plus  délicates  & les  plus  déliées  ; & .c’eft  fur  le  Bout  de  la  Langue,  qti’ 
on  apperçcit  la  troifième  Efpèce  de  Papilles  en  Forme  de  Champignon, 

Je  la  répréfenterai  auffi  dans  l’Eftampe  prochaine  dans  fon  Groffif- 
fement. 

Fig.  B)  eft  le  Groffiffiement  d’un  petit  Morceau  a)  du  Seran  d’une 
Langue  de  Boeuf  fraîche,  lequel  on  a coupé  perpendiculairement  avec 
un  bon  Rafoir,  auffi  mince  qu’on  a pû,  en  prenant  cependant  un  peu 
de  Chair  ib)  marque  les  prémièrcs  Papilles  à Crochet,  qui  grattent  quand 
on  paffe  la  Main  deffus  Elles  reflemblent  à des  Dens  de  Cochon,  & 
elles  font  fort  élaftiques,  de  là  vient  qu’elles  ne  fe  caffent  point,  quand 
meme  on  les  frotte  à Rebours  avec  la  Main  } mais  qu’elles  fe  redreffient 
tout  auffitôt  que  la  Main  a paffé. 

C)  Defigne  le  Milieu  de  ces  Papilles  à Crochet  ou  leurs  Tuïaux,  qui 
enfoncent  plus  de  trois  fois  autant  dans  la  Peau,  qu’elles  fortent  fur  La 
Surface.  Ces  Tuïaux  font  très  tranfparens  & clairs  ; mais  en  bas  vers 
leurs  Racines,  l’on  voit  de  petites  Vénes  d)  y monter  de  dedans  la  i hair. 
Peut-être  eft-ce  ces  petites  Fines  qui  font  que  l’Extrémité  de  ce  s Papilles 

P 1 h Cro~ 


x 


né  T AB,  XCiV.Obfer  varions  microfcopiques, faites  fur  des  Langues. 

a Cbrocbet  paroît  fouvent  rouge  comme  du  Sang,  & peut-être  font  elles 
les  Organes  qui  préparent,  & qui  conduifent  jufqu’  aux  dernières  Poin- 
tes des  Papilles  cette  Seve,  qui  opère  le  Goût  & produit  la  DifTolution 
des  Particules  de  Sel.  Enfin  elles  tiennent  en  bas  à la  Racine  par  Nombre 
de  Filarnens,  de  Nerfs  & de  Fibres  très  déliées  e)  & f)  que  l’on  peut 
fort  bien  voir  & diftinguer  ça  & là  dans  la  Chair  & à de  petits  Mufcles» 
en  Partie  par  des  Enlacemens  & des  Arcs  ferpentens,  qui  fe  furmontent 
les  uns  les  autres,  en  Partie  s’entortillant  à Tort&  à Travers  très  confu- 

a 

fément  les  unes  dans  les  autres.  , 

Fig.  C)  fait  voir  un  petit  Morceau  fort  groffi  de  la  Peau  en  Forme  de 
Jiézeau,  dont  la  Gr odeur  naturelle  efl  e)  & que  j’ai  examiné  par  Nro  2. 
du  Verre  Anglois.  C’eft  la  Peau  à laquelle  tiennent  les  Racines  des  Pa- 
pilles c)  de  la  Fig.  B.  J’y  ai  vû  deux  fortes  d’Enfonçures , grandes  & peti- 
tes les  Grandes  a)  font  les  Cavités  qu’y  ont  laifsé  les  Papilles , quand  on 
les  en  a arrachées  ; les  Petits  b)  je  les  tiens  pour  les  Pores.  J’ai  encore 
remarqué  très  difiinélement  quelques  Papilles  d Cbrocbet  5 dont  l’Ecorce 
brillante  de  dehors,  s’étoit  levée  avec  la  première  Peau  de  Langue,  c) 
Elles  refiembloient  à des  Cornes  de  Boeuf,  dont  on  auroit  aüfii  ôté  la 
première  Ecaille.  L’on  pourra  me  demander  encore,  Ji  les  Papilles  en 
Champignon  n’ont  peint  laijfé  de  Trous  après  elles  ? J’avoue,  que  je  n’oferois 
affirmer  pofitivement  cette  Queftson,  Puisque,  au  Lieu  de  Trous,  j’ai 
vû  plûtôt  des  Eminences , caufées  par  la  Peau  de  leurs  Têtes,  qu’elles  y 
avoienf  îaiffée.  Cela  me  fait  conjeéfurer,  que  les  Papilles  en  Champignons 
tiennent  par  leurs  Fermes  ou  Tètes  charnues  ferme  aux  Nerfs,  auxquels 
elles  font  attachées,  & qu’elles  n’en  abandonnent  que  la  première  Peauj 
comme  l’on  peut  clairement  apperçevoir  par  les  deux  Peaux  de  Papille  d) 
d).  Si  le  Leèteur  vent  fe  donner  la  Peine  d’examiner  de  plus  près  ces 
Morceaux  par  le  Microfcope  folaire,  je  lui  en  promets  d’avance  des 
Fruits  très  agréables.  Les  Papilles  d Crochet  fe  préfentent  tout  autres  à 
la  Paroi  blanche  Sr  l’on  reccnnok  beaucoup  mieux  leur  Stru&ure  , qui 
jparoît  compofée  de  Millions  de  Globules.  Je  les  ai  moi  même  le  mieux 

< 4 . ' & 


T.  XCV.  Continuation  des  Obiervations,  faites  fur  la  Langue  &c.  117 

& le  plus  diffcinéïement  examinés  par  Nro  du  Verre  Anglois  , dans 
un  Eloignement  de  à 6.  Pas,  de  la  longueur  de  4.  Piès  & d’un  de  Lar- 
geur. C’efl  là  qu’on  peut  découvrir  bien  des  chofes,  qu’on  ne  fauroit 
rendre  ni  par  la  Plume  ni  par  le  Burin. 

TABLE  XCV. 

Continuation  des  Obfervations,  faites  fur  la  Langue 

de  Boeuf, 

Pour  pouvoir  mieux  montrer  le  Sie'ge  des  Papilles  en  Champignon,  voi- 
ci un  Bout  de  Langue  fraîche  préfenté  par  deflus  & par  deffous. 
La  Figure  D)  fera  connoître  comme  ces  Papilles  ou  Verrues  font  plantées 
en  trois  Files  prèfque  tout  au  Tour  de  la  Langue,  tant  par  deffus,  que, 
fuivant  Fig.  E)  par  aelfous.  J’ai  bien  auffi  marqué  les  Taches  noires 
parfemées  ça  & là  ; mais  je  ne  puis  déterminer  d’où  elles  proviennent. 
Pour  reconnoître  tout  cela  plus  clairement,  l’on  voit  Fig.  D)  dans  a)  les 
Papilles  d Nerfs , dans  b)  les  Taches  noires,  dont  je  ne  fais  ni  1 Origine  ni 
le  But,  c)  font  les  Fibres  les  Nerfs , qui  font  d’abord  au  deffous  de  la 
Première  Peau,  & qui  forment  comme  un  large  Ligament  de  Nerfs  , au 
deffus  de  la  Chair  de  la  Langue  d).  Fig.  E)  préfente  la  Partie  toute  unie 
du  Deffous  du  Bout  de  la  Langue  e)  avec  les  Verrues  ou  les  Papilles  en 
Champignons  f)  tout  à l’entour. 

Fig.  F)  répréfente  le  Ligament  de  Nerfs  groffi  par  la  Lentille  de 
Streicher  Nro  6.  avec  les  Fibres  de  Chair  & les  petits  Mufcles,  qui  font 
entre  deux  ; comme  auffi  les  Papilles  en  Champignon  g)  &c  les  Nerfs  h)  ; le 
tout  examiné  par  le  Microfcope  compofé. 

Nro.  I.)  efî  une  Papille  de  la  Partie  du  Derrière  k de  celle  du  Mi- 
lieu de  la  Langue,  pareillement  examinée  fous  le  Microfcope  de  Mar* 
fehaî,  dont  la  Grolfeur  & Figure  naturelle  fe  voit  a)  & fon  Groififfement 
par  Nro  3.  b).  J’ai  déjà  remarqué,  que  cette  première  Efpèce  de  Papil- 

P 3 le 


iî8  T.XCV.  Continuation  des  Obfervatioras,  faites  fur  la  Langue  &c. 

les  reftemble  aux  cinq  Feuilles  qui  renferment  le  Bouton  d’une  Rofe,  les- 
quelles font  au  Milieu  une  petite  Ouverture  & qui  ont  une  petite  Folfe 
tout  au  tout,  dans  laquelle,  les  Papilles  s’enfoncent.  Voila  ce  qui  doit 
faire,  que  le  Sentiment  des  Particules  de  Sel  dilfoütes,  qu’  elles  attirent 
par  leur  Mouvement  attraélif,  ou  le  Goût , dure  plus  Icog  tems  que  dans 
les  autres  Verrues,  qui  font  au  Bout  de  la  Langue,  tant  delfus  qwe  def- 
fous. 

Nro  II.)  font  au  contraire  les  Ferrites  en  Champignons  ou  les  Papilles 
à Nerfs,  qui  fe  trouvent  mêlées  au  Bout  de  la  Langue  parmi  les  Papilles  à 
Crochets.  Dans  b)  elles  fe  préfentent  de  Groffeur  naturelle , avec  leurs 
Nerfs  e)  lefquels  d)  & e)  font  voir  Groffis.  Chacune  a fa  Tête  de 
Verrue  f)  f ) f ) laquelle  eft  comme  criblée  de  Pores,  & elle  a fon  Nerf 
particulier.  Toutes  les  trois  & même  quelque  fois  4.  & f.  Portent  de 
la  même  Tige  principale,  qui  fe  perd  dans  la  Clair  de  la  Langue,  & qui 
a,  comme  l’on  vient  de  dire,  les  fêtes  de  Ferme  fur  fes  Rameaux.  Ces  Ver- 
rues & leurs  Nerfs  cachés  fous  la  Peau  ne  s’obfervent,  qu’avec  bien  de 
la  Peine  & de  la  Patience.  C’eft  ici  qu’il  faut  ufer  d’Induftrie.  Souvent 
tous  les  Microfcopes  n’aboutiifent  à rien.  Le  Mierofcope  en  Forme  de 
Compas  et  le  Compofé  rendent  de  bons  Services,  dès  qu’on  a eu  le  Bon- 
heur de  féparer  de  la  Chair  ces  Fermes  avec  leurs  Nerfs.  Mais  pour  les 
voir  dans  la  Chair  au  travers  de  la  Peau  , il  ne  faut  que  la  Main  & un 
Verre  Médiocre,  tel  que  Nro  4.  Avec  cela  l’on  fe  tourne  en  plein  Jour 
vers  la  Fenêtre  ou  de  Nuit  vers  la  Lumière  ; l’on  coupe  un  bon  Mor- 
ceau de  Chair  de  la  Langue,  de  la  Fefan.teur  de  quelques  Onces , & après 
en  avoir  tiré  la  Peau,  on  l’examine  d’aufli  près  qu’on  y peut  parvenir  par 
la  Lentille  & par  la  Main.  Je  donnerai  d’autres  Eciaircilfemens  dans 
quelque  autre  Endroit.  * 

TABLE 


* Dans  la  3.  Part.  Tab.  VIII.  & XX. 


TABLE  XCV.  Conclufion  des  Obfervations  fur  la  Langue.  119 


TABLE  XC  VI. 


Conclufion  des  Obfervations  fur  la  Langue. 

près  avoir  fait  voir  par  dehors  la  Peau  aux  Papilles  delà  Langue,  au- 


XjL  tant  que  l’Efpace  l’a  pu  permettre  ; qu’il  me  foi  t permis  de  la 
montrer  par  dedans,  en  quoi  elle  ne  donnera  pas  un  Speéfale  moins 
agréable  à voir.  Il  faut  pareillement  de  l’AddrelTe,  pour  y trouver  les 
Couleurs,  que  j’y  ai  répréfentées.  La  Peau  une  Fois  feparée  de  la  Chair, 
ce  qui  eft  bientôt  fait  dans  une  Langue  de  Boeuf  cuite  , l’on  peut  exa- 
miner un  peu  la  Langue  écorchée.  Et  combien  d’Objets  dignes  d’Atten- 
tion  n’y  trouvera  pas  un  Phificien  diligent  ? Il  y verra  des  Centaines  de 
Tuïaux  ou  de  Verrues  Couleur  d’Argent,  plantées  à la  Ligne  ; cela  fait,  il 
pourra  palier  plus  avant  dans  la  Chair  & confidérer  cette  admirable 
Structure  de  Fibres,  de  Nerfs  & de  Mufcles.  Cependant  la  Peau  aux 
Papilles , fe  delïechera  un  peu  & deviendra  propre  aux  Obfervations. 
Quand  elle  paroît  brun-noirâtre,  on  la  met  pareillement  contre  le  Jour  ; 
d’abord  on  regarde  le  Dedans  de  cette  Peau  avec  une  bonne  Loupe 
Nro  & 4.  laquelle  en  tient  un  peu  élevée  afin  qu’on  puiffe , par  le 
Moien  du  Verre,  confidérer  les  Trous  par  dclTous,  Voilà  pourquoi  j’ai 
deffiné  & répréfenté  ici  cette  Peau  tournée  par  en  haut  & par  en  bas, 
ainfi  qu'elle  préfente  fon  Dedans  des  deux  Façons  à travers  le  Micro- 


feope. 


Fig  G)  la  montrera  donc  la  Pointe  en  bas,  de  la  Façon  qu’elle  fe 
préfente  à l’Oeil  nud  avec  fes  Papilles,  fes  Pores,  & fes  Taches  noires, 
avec  une  Rangée  de  Papilles  à Crochets  a)  la  Pointe  en  l’Air. 

H)  en  efi:  un  petit  Morceau,  qui  fe  préfente  I.  groffi  par  Nro.  4.  avec 
quelques  PapiHes  à Crochets  a\  Aïant  apperçu  ces  Verrues  à Crochets 
en  Partie  caifées,  j’ai  crû,  qu’il  ne  feroitpas  hors  de  Propos,  d’en  répré- 
fenter  les  Bouts  h de  les  faire  connoître  fous  tout  une  autre  Figure, 
qu’elles  ne  paroilfent  dans  l’Eftampe  94.  Fig.  B.  J’en  vis  donc  ici  com- 


me 


• / 


no  TABLE  XCVÏL  Parties  microfcopiques  du  Caffée. 

me  une  Haie  ou  Bande  blanche  & large,  dont  la  Peau  n'êtoit  point  tran- 
fparente,  parce  quelle étoit  bouillie,  voi  b).  Les  unes étoient  entières,  c) 
d’autres  n’avoient  perdu  que  la  Pointe  d)  le  Relie  étoit  tout  mutilé,  & 
il  y manquoit  plus  de  la  Moitié  e),  C’eft  en  celles-ci  que  je  remarqua?, 
qu’elles  étoient  creufes,  à moins  que  l’Ombre  ne  m’eût  trompé,  & qu’il 
ne  s’y  fût  mêlé  quelque  Fallace  Optique.  Car  dans  le  Milieu  je  ne  vis 
point  de  Tuïau  qui  allât  d’outre  en  outre  ; mais  je  vis  feulement  en 
haut  une  Tache  noire  ronde,  qui  s’enfonçoit  dans  l’Ombre  & qui  ref- 
fembloit  parfaitement  à un  Trou.  Dans  f)  la  Peau  efl  defiinée  par  de- 
dans avec  fes  Pores  ; fur  laquelle  font  g)  les  gros  Trous  des  Racines  des 
Papilles  en  Champignons  \ dont  les  Prémières  m’ont  paru  fous  leMicrofcope 
de  Figure  Ovale,  & de  Couleur  moitié  Or,  moitié  Orange,  & les  fécondés 
rondes  & brun-jaunâtre.  Que  l’on  tourne  cette  Peau  de  forte  qu’on  en 
tienne  la  Pointe  en  haut,  ainfi  que  montre  Fig.  L.  Les  Trous  des  Pa- 
pilles fe  préfentent  aufii  à rebours  & la  Couleur  d’Orange  & de  Feu  , qui 
fe  voioit  en  bas  fe  voit  ici  en  haut , tandisque  la  jaune  fe  préfente  à la 
Moitié  inférieure  de  ces  Trous  I).  Les  Trous  des  Verrues  rondes  en  Cham- 
pignon K)  demeurent  brun -jaunâtre.  Ces  Couleurs  peuvent  s’attri- 
buer avec  certitude  aux  Raïons  delà  Lumière,  & de  là.  on  peut  inférer, 
que  fi  les  Papilles  a Crochets  ne  font  pas  creufes,  elles  font  du  moins  bien 
tranfparentes,  puisque  le  jour  les  peut  tellement  pénétrer.  Si  le  Bout 
de  la  Langue  K)  a été  répréfenté  par  dehors,  ce  n’a  été  que  pour  le  faire 
voir  aulîi  de  ce  Côlé  là  ; mais  fi  l’on  en  veut  voir  les  Trous,  comme  ceux 
de  la  Fig.  L.  il  eft  naturel,  qu’il  faut  auffi  le  faire  par  le  Dedans,  & en 
tenir  la  Pointe  élevée,  ainfi  qu’il  a été  dit, 

TABLE  XCXVIÏ.  & XCVIII. 

Parties  microfcopiques  du  Caffée. 

Le  Leéleur  pourroit-il  trouver  mauvais,  qu’avant  que  de  finir  entiè- 
rement cette  fécondé  Partie,  j’aie  l’Honneur  de  lui  fervir  le  Caffée ? 

Et 


T ABLE  XCVII.  Parties  microfcopiques  du  Cafféei  ni 

Et  n’obligerai- je  abfolument  qui  que  ce  Toit,  en  Juifaifant  voir  comment 
eft  conditionné  le  Fruit,  dont  on  lui  prépare  une  Bojffon  û agréable  ? Je 
ne  veux  p*s  cependant  croire,  que  ceci  donne  à Perfonne  Sujet  de  mér 
prifer  ce  Neétar  ; ainfi  que  vouloit  faire  dernièrement  une  jolie  Dévote, 
lorsque  je  lui  racontai  ou  le  Caffée  croiffoit,  Helas,.  cher  Çoufin,  me  di- 
foit  elle  toute  effraiée , ckés  des  Cens  noirs  ; eh  ce  font  des  Turcs  qui  mangent- 
les  Blancs  ! Dieu  me  préferve  de  boire  â l’avenir  du  Caffée  ! Je  brûlerai  de  l’Orge 
c$  des  Amandes  enjemble,  & ainfi  je  /aurai  que  reprends  du  Caffée  chrétien.  Mais, 
entre  nous  , elle  fît  comme  cette  Femme  , qui  étant  pour  la  prémière 
Fois  en  Travail,  vouloit  abfolument,  que  l’on  fortît  de  la  Chambre  les 
Chauffes  de  fon  Mari  ; mais  qui,  heureufement  délivrée  d’un  joli  petit 
Garçon,  changea  à l’Inftant  de  Sentiment,  &c  fe  mit  à crier  à fa  Servante, 
qui  etoit  occupée  à executer  fcs  Ordres  : Pour  le  Coup  vous  les  pouvés  bif- 
fer là.  Quant  à nôtre  Caffée , nous  lui  faifons  une  Efpèçe  d’injure  de  le 
qualifier  de  Fève,  Il  n’en  a que  quelque  petite  refTemblance  ; car 
même-faConflitution  intrinféque  eft  fort  differente  de  celle  de  la  fève, ainfi 
que  je  ferai  voir  plus  bas. 

U-y-a  dans  plufieurs  Jardins  confidérables  de  l’Allemagne  Quantité 
d’Arbres  ou  plutôt  d’Arbriffeaux  de  Caffée.  Dans  le  magnifique  Jardin 
de  Monfeigneur  la  Marggrave  de  Bayreuth  feul,  il  y en  a je  fai  combien 
de  très  belle  Apparence  ; c’efî:  auffi  de  là  que  j’ai  eu  le  Rameau,  que  j’ai 
deffiné  ici  d’après  Nature  ; mais  il  étoit  fans  Fleur.  Ce  Deffein  montre 

tout  diftinélement  la  Fleur,  le  Fruit  & les  Feuilles  comme  autant  de  Pro- 

- ■ . . ' ' ' ' - ■ ■ • • * 

priétés  particulières  au  Caffée.  L’Arbriffeau  eff  verd  non  feulement  tout 
l’Eté  ; & tout  l’Hiver  (chés  nous  dans  des  Serres;  mais  en  Arabie,  enPerfe 
8c  dans  les  Indes  en  pleine  Campagne)  mais  il  porte  auffi  fur  fes  Ra- 
meaux toujours  Fleurs  St  Fruit  enfemble.  Autre  fois  cet  Arbre  n’étoit 
connu  que  dans  le  Roïaume  d’ Terne  dans  l’Arabie  hûreufe,  & furtout  aux 
Environs  de  la  Mêque  ; mais  aujourd’hui  l’on  nous  en  apporte  de  Bata- 
via, de  la  Martinique,  de  S.  Domingue,  de  Bourbon  Scd’autrres  Iles,  où 

il 


I 


itî  TABLE  XC  VII.  Parties  micrôfcopiques  du  Caffée. 

il  croît  en  pleine  Campagne,  & dont  1 Arbre  y pouffe  fa  Tige  jufqu’  à 40. 
Pies  de  haut,  tandis  que  parmi  nous  elle  parvient  à peine  à 6.  Sa  Groff 
feur  peut  avoir  dans  ces  Pais  là  f . Poûces  de  Diamètre  ; mais  dans  nos 
Jardins,  elle  n’en  a que  deux.  Cette  Tige  eft  garnie  jusqu’  à la  Cime  de 
Rameaux,  qui  croiffent  vis  à vis  les  uns  des  autres  en  Forme  de  Croix, 
Les  Feuilles  ont  auffi  beaucoup  de  Rapport  avec  celles  du  Laurier , & 
elles  croiffent  auffi  feule  à feule.  C’efl  entre  ces  Feuilles  que  fe  préfen- 
te la  Fleur  ; qui  eft  blanche  & reffemble  au  Jafmin.  Elle  a cinq  Etamines 
avec  leur  piftille  & donne  une  Odeur  très  agréable.  Le  Fruit  qui  en 
provient,  reffemble  à un  Bigarreau  & la  Chair  en  eft  d’un  Goût  déli- 
cieux. Quand  on  ouvre  une  telle  Cerife  de  Caffée  , l’on  y trouve  deux 
ftoïauXy  que  nous  appelions  Fèves  de  Caffée.  En  Arabie  & dans  tous  les 
pais  etrangers,  le  Fruit  pend  à l’Arbre  jufqu’  à ce  qu’il  s’ouvre  de  lui 
même.  Les  Arabes  de  la  Campagne  ramaffent  enfuite  ces  Noïaux  ou  fe- 
mences  de  Caffée  & les  livrent  fur  des  Chameaux  dans  les  Villes.  On  le 
nomme  diverfement,  les  Arabes  l’appellent  Bon  ou  Ban,  Bunnn  & Buncbos; 
]es  Egiptiens  Caova  ; les  Anglois  Coffetrée  ; ailleurs  & chés  nous  on  l’ap- 
pelle Coffea,  Coffy,  Caffée.  Je  laiffe  au  Leéhur  à fupputer  combien  ce 
Fruit  fait  fortir  d’Argent  comptant  d’Allemagne  ; le  Caffée  y étant  de 
nos  Jours  fi  commun,  que  le  moindre  Mendiant  en  fait  cuire  des  Potées 
en  Place  de  Soupe,  & que  nos  Païfannes  du  Marché  aux  Herbes  le  boi- 
vent suffi  bien  que  les  Bourgeois  les  plus  notables.  Encore  paffe  , fi 
l’on  n’alloit  pas  ju  qu’  à vendre  Lit  & Nipes  pour  en  avoir  ! Etrange  Ef- 
fet, & cependant  encore  hier  une  pauvre  Fiîeufe  de  Laine  engagea  à une 
de  mes  Voifines  une  feule  bonne  chemife  quelle  avoit,  pour  avoir  de- 
quoi  s’en  faire.  Envie  d’ Enragé,  terrible  Paffion  î Mais  les  Suites  en 
font  trop  connues,  pour  m’arrêter  plus  long-tems  à en  parler.  Je  paffe 
donc  à l’Explication  de  cette 

XCVII.  Eftampe, 

dans  laquelle  a)  eft  le  Bois  dur  du  Rameau  ; b)  le  Jet  tendre  ; c)  les  Feuilles 

avec 


TABLE  XCV1I.  Parties  microfcopiqaes  du  Caffée.  ia* 

avec  leurs  Cotes  ; D)  un  nouveau  Rameau  qui  fort  d’entre  les  deux  Feuilles; 
d)  la  Fleur  & fes  Boutons  ; e)4a  Fleur  deflïnée  un  peu  au  delà  du  Naturel  ; 
f . la  même  ouverte,  pour  faire  voir  les  s*  Filamens  avec  leurs  Etamines 
tenant  aux  f,  Feuilles  ; ff  une  des  f.  Feuilles , qui  montre  comment  & 
en  quel  Endroit  eft  attaché  le  Filament,  c’ eft  à dire  tout  au  Tour  du 
Giron  de  la  Fleur  ; g)  le  Piftille  ou  le  Style,  aïant  à fa  Cime  deux  Stygmes 
ou  Verrues  faifant  une  Efpèce  de  Fourche  aux  Becs  recourbés,  & au  pie 
l’Ovaire  h).  Le  Piftille  g)  & l'Ovaire  h)  font  envelopés  par  le  long  Tuïau 
cylindrique  de  la  Corolle  $ & celui-ci  eft  au  bas  dans  un  petit  Calice  à 
quatre  Pointes  en  forme  de  Couronne  Les  Filamens  en  Forme  d’ Alêne 
a*  font  plus  courts  que  les  Etamines  qui  flottent  par  deflus  ÿ,  qui  font 
d’abord  d’un  jaune  pâle  & puis  gris.  Les  f.  Feuilles  font  coupées  jufqu' 
au  Tuïau,  elles  fe  plient  par  en  bas,  elles  font  blanches  comme  Nége,  & 
donnent  une  Odeur  aufli  douce  & auflï  agréable , que  le  Jafmin.  Le 
Germe  ou  l’Ovaire  h)  va  toujours  en  grofliflant  avec  fes  deux  & même 
quelque  fois,  quoique  très  rarement,  fe  trois  Embrions,  qui  deviennent 
dans  la  Suite  les  Fèves  de  Cape.  D’abord  la  Couleur  de  ce  Fruit  eft  verte, 
& il  eft  appîatipar  deflus  & par  deflous  comme  l'Orange  ; mais  à mefure 
qu’il  meurit,  fa  Couleur  devient  rouge-clair  i)  puis  rouge-foncé  k)  & enfin 
rouge  prefque  noir  1).  Quand  il  eft  trop  mûr,  il  s’ouvre  de  lui  même  & 
laifle  tomber  fa  Graine  qui  eft  le  Caffée.  Plus  ces  Cerifes  mûriflent,  plus 
elles  prennent  de  Rides,  & l’on  voit  aux  deux  Côtés  uneEfpécede  Sillon 
enfoncé,  allant  perpendiculairement  depuis  la  Queue  jufqu’  à la  Fleur, 
lequel  vient  de  l’interftice,  qui  eft  entre  les  deux  Grains,  qui  font  de- 
dans. La  Peau  en  eft  très  fine  ; mais  la  chair  du  Dedans  qui  eft  jaune, 
molle  & mince,  eft  d’une  Douceur  dégoûtante  & entrelardée  de  beau- 
coup de  Fibres.  En  ouvrant  une  de  ces  Cerifes,  l’on  y trouve  les  deux 
Grains  de  Semence,  enveloppés  dans  une  Pellicule  jaune  très  fine.  Mr. 
le  Confeiller  Trew  a lui  même  trouvé  trois  Fèves  dans  une  Cerife . Leur 
Pofttion  dans  la  Cerife  fe  montre  ici  de  deux  Façons  dans  Q & j).  Quand 


?H4 


T AB  XCVII.  & XCVIII.  Germe  du  Caffée. 

on  les  fort,  l’on  voit  ces  précieux  Grains,  que  nous  appelions  Téves  de 
Cape , dont  la  Figure  eft  eliptique-hemifpberique , ainfi  qu’on  voit  1)  & m). 
Quoi  qu’il  y en  ait  deux  dans  chaque  Cerife,  chacun  ne  laide  pas  d’avoir 
fon  Germe,  qui  eft  au  Bas  du  Dos,  d’abord  à la  Fente  n)  ainfi  que  le 
marque  la  petite  Etoile.  Si  l’on  met  une  Fève  quelques  Heures  dans  de 
l’Eau  tiède  >ou  même  froide,  le  Germe  fe  produit  de  lui  même  o)  & fil’on 
coupe  Un.peu  du  Bas  du  Dos,  on  le  voit  diftin&ement  dans  fon  Affiet- 
te  p).  La  même  Chofe  fepeutobferveren  coupant  en  travers  laFéveq) 
où  l’on  trouvera  tant  à la  -Partie  de  defïus  qu’à  celle  de  dcdous  le  Germe  * 
coupé  en  deux.  Par  r)f)t)  &v)  il  fe  voit,  que  les  F.ves  de  Cape  n’ont  pas 
■deux  So'iaux  enfermés  l’un  dans  l’autre,  aind  que  Leeuwenhoek  1*  a pré- 
tendu, mais  qu’il  n’y  a au  Milieu  qu’une  Efpèce  de  Moile  dure,  laquelle 
eft  à la  Vérité  enveloppée  dans  une  Peau  brune,  mais  qui  enfin  s’unit  au 
Noiau  exrerieur  par  une  Marche  Spirale  ou  à F'is.  Enfin  x)  eft  le  Germe 
d’un  Noïau  de  CafFée,  pris  au  Naturel,  lequel  fe  trouve  dans 

la  XCV111.  Eftampe 

Fig.  b)  deffiné  dans  fon  GroffilTement  par  Nro  i.  du  Verre  An- 
glois,  & dans  a)  d’après  Nature  Leeuwenhoek  du  Tems  duquel  le  Cape 
etoit  une  Production  très  inconnue,  puisqu’il  ne  favoit  pas  même  fi  c’ 
étoit  une  Production  de  la  Terre,  m’a  donné  Matière  à cette  Obfervation. 
ij’en  avois  trouvé  une  Défcription  & un  DefTein  dans  fes  Lettres..  Mais 
mes  Experimens  ne  rencontroient  pas  avec  fes  Deffeins  pour  ce  qui  re- 
garde le  Germe . Il  le  peignoit  avec  3.  Feuilles  3 mais  moi  je  n’en  voïois 
jamais  que  deux  & un  Lien  qui  bordoit  ces  deux  Feuilles.  Leeuwen- 
hoek a auffi  trouvé  à la  Pointe  des  Feuilles  les  Figures  des  Fleurs , mar- 
quées ici  par  des  Etoiles , dont  je  n’ai  non  plus  rien  apperçu.  Quoiqu’il 
ait  remarqué,  qu’il  avoit  vû  quelquefois  les  mêmes  Figures  dans  d’au- 
tres 

* Continuatio  epiflolarum  dararum  ad  longe  celeberrimam  Regiam  Societatem  Lon- 
dinenfem  ab  Ant.  Leeuwenheek,  Lugd.  Eat.  1689.  in  Epift.  de  9.  Maji  16S7.  de 
ïabis  diflis  CofE, 


TABLE  XCVIïI.  Germe  du  Caffée. 


iif 

très  Objets.  Peut  être  falloit  il  les  attribuer  à la  Poulftère  ou  à de  PEau 
corrompue,  puis  qu'il  infirme,  qu’il  avoit  laide  long-tems  la  Caffée  dans 
PEau.  Leewenhoeck  n’a  fait  aulîi  aucune  Mention  des  Globules  de  Sève, 
qui  remplirent  par  Millions  tout  le  Germe , & que  j’ai  marqués  ici  au- 
tant que  j’ai  pû,  avec  quelques  Cotes , qui  traverfent  les  Feuilles  du  Germe . 
Je  m’étonne  qu  il  n’ait  pas  non  plus  examiné  & répréfenté  la  Pellicule 
.brune,  qui  enveloppe  la  Partie  interne  du  Germe,  J’ai  dit  plus  haut,  que 
le  Caffée  fe  diflingue  particulièrement  de  la  Fève  par  fa  Subftance  inter* 
ne.  Voilà  ce  que  Leewenhoeck  a recherché,  & qui  m’a  excité  à imiter 
fes  Recherches.  Elles  ont  été,  autant  que  j’en  puis  juger,  faites  avec 
clarté  et  Juftelfe,  & je  m’en  vai  lailfer  au  Leéteur  à décider,  fi  j’en  ai 
approché.  J’ai  aulîi  découpé  un  No'iau  de  Caffée  & j’en  ai  ôté  avec 
une  Lancette  bien  aiguifée,  la  Particule  c)  prife  en  Travers.  Au  Lieu 
que  la  Fève  eft  composée  de  Corpuscules  farineux  & ghbuleitx ; la  Stru- 
cture du  Noïau  de  Caffée  eft  en  Forme  de  Rézeau  d;  & approche  de  1’ 
Eponge  de  Mèr  , dont  les  Interftices  font  remplis,  pour  la  plupart,  de 
Particules  huileufes,  Voi.  Fig.  }).  Leeuwenhoek  afllire,  qu’il  n’a  trouvé 
cette  fubftancc  , que  dans  l'Os  de  Palme.  J’ai  aulîi  aperçu  plufieurs 
Tuiaux  qui  traverfoient  , marqués  e)  e)e)e)  mais  je  n’oferois  dire, 
qu’ils  foie'nt  creux , n’aïant  pû  parvenir  à cette  Certitude.  Pour  l'Huile y 
on  voit  & l’on  fent  très  diftinélement  , qu’il  y en  a dans  les  Interftices 
de  ce  Pvézeau,  & de  là  vient  aulîi,  qu’on  n’en  peut  faire  de  la  Farine, 
qu’on  ne  lui  ôte  premièrement  ces  Parties  huileules  par  le  Feu,  qu’en 
féchant  & rotilfant  ces  Parties  rameufes  on  ne  le  rende  propre  à être 
broïé. 

Mais  comme  les  N diaux  de  Caffée  ont  encore  par  dedans  une  Pellicule 
brune  f)  qui  garantit  la  Moiile  de  la  Fève  (fi  je  puis  la  nommer  ainli) 

& que  Leewenhoeck  n’a  pas  daigné  en  faire  Mention,  je  l’ai  trouvé 
d’autant  plus  digne  d’Attention,  quelle  a été  jusqu’ici  moins  dépeinte 

Q-J  fui» 


ll6 


TABLE  XCVIII.  Germe  du  Caffée. 


fuivant  le  Microfcope.  Elle  embrafie  tout  le  Milieu  du  Noïau,  St  on  1a 
voit  même  fe  produire,  en  Filets  bruns  par  la  longue  Fente  ou  la  Coupu- 
re perpendiculaire , qui  prend  toute  la  Longueur  du  Noïau,  ou  de  la 
Fève  de  Caffée.  Que  fi  l’on  coupe  un  Rondeau  bien  mince  d’un  Noïau 
de  Caffée  détrempé,  l’on  coupera  toujours  auffi  une  Particule  de  cette 
Peau , laquelle  paroît  dans  le  Microfcope  comme  la  Bandelette  brune  f). 
J’en  ai  donc  pris  un  petit  Brin,  dont  la  Groffeur  eft  répréfentée  g,  & 
l’aïant  examiné  par  Nr.  i.  du  Verre  AngloLs,  je  l’ai  trouvé  couvert  d’ 
une  Infinité  d’Ecailles  h)  lesquelles  fe  terminoient  en  Pointe  par  les 
deux  Bouts.  Voiés  en  une  feule  i)«  Les  petits  Points  qui  s’y  trou- 
vent font  ou  des  Globules  à Sève  ou  des  Pores  h Evaporation , dont  je  con- 
t jeéhire  plûtôt  le  dernier;  la  Pellicule  étant  trop  déffêchée  pour  pouvoir 
examiner  cela  par  le  Microfcope. 

Je  viens  encore  à une  Obfervation  de  Leevvenhoeck , qui  a auffi 
Befoîn  d’Eclaircjffement.  Il  prétend,  que  le  Noïau  de  Caffée  connfte 
en  deux  parties  bien  diftinéfes,  comme  p,  e.  les  Amandes,  les  Noifettes 
& autres  femblables  Fruits.  * Mais  c’eftune  Erreur,  s’il  entend  parler  d* 
un  Noïau  de  Caffée  proprement  dit,  & non  point  de  tout  le  Fruit  renfer- 
mé dans  fon  Enveloppe  charnue;  dans  laquelle,  ainfi  qu’on  a dit,  il  s* 
eft  trouvé  jusqu’à  trois  Noïaux.  L’on  n’a  qu’  à ouvrir  tout  doucement 
un  tel  Noïau  au  Milieu , où  eft  la  Fente  ou  la  Coupûre,  ce  qui  fe  fait 
}e  plus  facilement,  quand  le  Noïàu  a trempé  quelques  Heures  dans  1* 
Eau;  l’on  trouvera,  il  eft  vrai,  au  Milieu  une  Partie  plus  ferme,  en- 
velopée  d’une  Peau  brune,  mais  qui  a une  continuité  Spirale  & en  Pis, 
qui  l’attache  abfolument  à la  Coquille  extérieure  du  Noïau;  & que  par 
conféquent,  elle  n’en  eft  point  du  tout  feparée,  & quelle  ne  fait  point 
un  Noïau  à Part,  comme  I4  Noix  ou  Y Amande, 

Mais 

6 1.  c.  pa.  ij.  eft  nux  fiue  cortex  in  quo  ordinario  dus  Coffi  fabæ,  fepimento  quo- 
dam  feparatae,  jacent,  fed  eam  faham  nos  fimplicem  efte  faham  putamus  ex  dua- 
bus  diftinftis  confifterc  fabis,  optiœe  comperi  8cc.  prout  in  Aroigdalo,  nuce  Avel- 
2ana.  pomo  armenico  &c„ 


TAB  XCIX.  Configuration  & Criftaux  de  la  Solution  de  1 Argent.  ï 17 

Mais  pour  avoir  bien  facilement  le  Germe,  il  n’ya  qu’à  mettre  trem- 
per dans  une  TalTe  à Thée  avec  de  l’Eau  fraîche,  quelques  Noïaux  des 
plus  gros  & des  plus  beaux  (J’ai  trouvé  le  Caffée  de  Bourbon  le  plus 
propre  à cet  Ufage)  jusqu’  à ce  qu’au  Bas  du  Dos  de  h Fève  il  fe  montre 
un  petit  Point  blanc,  ou,  comme  il  arrive  fouvent,  que  le  Germe  forte 
de  lui  même  & qu’il  nage  dans  la  TalTe.  Que  fi  on  veut  le  voir  dans 
fon  Gite,  l’on  peut  fe  fervir  avec  Succès  d’un  bon  Canif,  avec  lequel 
on  va  toujours  on  découpant  le  Dos  de  la  Fève,  jusqu’à  ce  que  le  Germe 
fe  montre. 

L’on  trouve  un  Mémoire  plus  étendu  & plus  détaillé  du  Fruit  du 
Caffee  dans  le  dernier  Tome  du  Commerce  Littéraire  de  17^4.  Tab.  111.  & 
IV.  pag.  417.  écrit  par  Mr.  le  Confeiller  Trevv.  Boerhave,  JuJJieu  dans  le 
Livre  de  Botanique  de  Blackvvel,  & d’autres  en  parlent  auffi  c’eft  là 
que,  pour  abréger,  je  renvoie  le  Leéleur,  qui  voudra  en  favoir  da- 
vantage. * 


TABLE  XCIX, 
Fig.  r. 


Configuration  & Criftauxde  la  Solution  de  l’Argent* 


ne  Perfonne  de  Qualité  avoit  envoié  dernièrement  à Monfieur  le 


Confeilïer  Belius  d’Erlang,  un  très  beau  DefTein  d'argent  dijjous 
dont  les  Chimiftes  préparent  la  Pierre  infernale  ; & cet  illuftre  Ami  a eu 
la  Bonté  non  feulement  de  me  communiquer  ce  Dejfein , mais  aufli  de 
m’envoïer  deux  Sortes  de  Solution  dy  Argent , dont  la  première  étoit  du 
plus  fin,  8c  l’autre  avoit  quelque  peu  d’Alliage  de  Cuivre;  afin  que  j’ 
examinafie  ces  deux  solutt  ns  aulïi  exa&ement.  que  je  pourrois  par  le 
Microfcope.  Celle  de  l’Argent  bien  fin  m’a  fait  voir  les  plus  belles 
Répréfentations;  parmi  lesquelles,  j’ai  trouvé  la  préfente  Configura- 


tion, 


• L’on  en  verra  encore  quelque  chofc  Part.  3,  Tab.  IX,  8c  X, 


i2g  TAB.XCIX.  Configuration  & Criftaux  delà  Solution  cl  TArgenta 

lion,  la  meilleure  & la  plus  digne  d’être  defîinée  & communiquée  à 
mes  Lecteurs,  Les  Solutions  d' l'Argent  allié  avec  du  Cuivre , donnent  dans 
le  Verâ  & font  plus  de  Criftaux  que  celles  d’Argent  fin.  J’ai  éprouvé 
dans  cette  Occafion  qu’il  faut  ufer  de  Tours  & d'une  Induflrie  par- 
ticulière, lorsqu’on  veut  tirer  de  beaux  Crifiaux  de  cette  Solution.  Ra- 
rement la  prémière  Goûte  qu’on  mettra  dans  le  Verre  en  produira,  mais 
les  Configurations  n’en  font  que  plus  belles  &plus  délicates.  Si  l’on  met 
par  eontre  encore  une  Goûte  fraîche  par  deiïiis  celle  de  la  Configura- 
tion déjà  defiechée, c’efi  alors  que  fe  produiront  les  plus  beaux  Criftaux 
tels,  qu’on  peut  les  voir  ici  f)  g)  & h)  lesquels  répréfentent  par  Fois 
des  Rameaux  de  Romarin , comme  f ) ou  aufiî  de  magnifiques  Sapins  & 
d’autres  Arbres  de  Forêts  g)  h)  J’ai  tiré  les  Cri(lauxy  dont  je  viens  de 
parler  du  Dejfein  qui  m’a  été  communiqué;  Mais  pour  ceux  que  j’ai 
vus  moi  même,  ils  font  répandus  ça  & là  dans  le  Corps  de  la  Configura- 
tion; & l’on  voit  ici  a)  la  Goûte  dans  le  Verre  de  Grolfeur  naturelle. 

b)  Préfente  les  differens  Criftaux  fur  les  Bords,  c)  & e)  quelques 
belles  Configurations  en  particulier,  formées  d’une  Ligne  perpendiculai- 
re, dont  le  Bout  fe  termine  par  une  Efpèce  de  Fl^he,  par  differentes 
autres  lignes  horifontales , qu’elle  jette,  au  defius  & au  defious  des- 
quelles montent  & descendent  encore  d’autres  Finues  en  Ligne  perpen- 
diculaire, de  forte  que  le  meilleur  Géomettre,  ne  les  fauroit  mieux 
ddïiner  à l’Aide  du  Campas  & de  la  Régie. 

v Fig.  2. 

Observation  particulière  faite  fur  des  Pois  où  l’on 

a trouve  une  Eipèce  b’Efcarbot  à Cro;X. 

Il-y  a environ  un  Mois,  qu’un  de  mes  Amis  m’a  envoié  de  Nuremberg 
un  Couple  de  Pois , en  me  marquant,  „ qu’il  en  avoit  reçu  toute 
„ une  pleine  Boite  de  Jüoheme;  que  ce  qu’il  - y - avoit  de  fingulier  à 
s,  remarquer,  étoit , que  chaque  Pois  renfermoit  un  petit  Efcarbot  en 
,,  Vie;  que  tout  le  Champ  en  étoit  empétré,  & que  la  Manducation 
, ; •>  de 


TAB.XCIX.  Pois,  ou  l’on  a trouvé  une  Efpêce  d’Efcarbot.  i 

„ de  ces  Pois  avoit  été  nuifible  & même  mortelle  à Quantité  de 
j,  Gens  &c. ,, 

Je  ne  les  eus  pas  plutôt  reçus  que  je  les  examinai  par  dehors* 
Je  remarquai  d’abord  en  chacun  une  petite  Tache  ronde  de  Couleur 
grife,  qui  relévoit  un  peu  comme  un  Couvercle.  J’ouvris  fubtilement 
cette  Tache  avec  un  Canif;  & je  n’avois  pas  encore  feparé  ce  petit  Cou- 
vercle du  Pois , que  l’Hôte  qui  étoit  caché  deflous,  pafla  dehors  fa  Tête 
brune  & fes  longues  Antènes  ; & enfin  au  Boût  d’une  Demi -minute, 
il  eut  entièrement  quitté  fa  Prifon,  & tout  de  fuite  déplorant  fes  Ailes 
fur  ma  Main,  il  fe  difpofa  à prendre  l’Eflor.  Mais  comme  cet  Etran- 
ger m’étoit  trop  agréable  pour  le  laifler  fitôt  partir,  je  l’enfermai  dans 
un  petit  Verre  à Coiaferve,  pour  l’examiner  à Loifir, 

J’envolai  l’autre  Pois  à mon  Ami  Mr,  le  Profeffeur  Arnold  avec  un 
Billet,  où  je  le  priois  de  l ou vrir,  & il  y trouva  le  même  Hôte  noirâtre. 

Quelque  confiant  qu’il  fût,  qu’il  y -avoit  des  Efcarbots  dans  ces 
deux  Pofi,  je  ne  laiflois  pas  de  douter  fi  je  devois  compter  fur  cet  Eve* 
nement.  Je  favois  bien  que  les  Chenilles  deviennent  des  Efcarbots , & que 
l’on  trouve  par  Fois  de  petites  Chenilles  dans  les  Gonfles  de  Pois  ver  As. 
M ais  je  n’avois  jamais  vu  ni  lû  leur  Métamorphofe.  Outre  cela» 
dans  ces  deux  Pois  ii  manquoit  la  Dépouille  de  la  Cbryfalidc  ou  l 'Ecaille  de 
l'Escarbot,  qui  auroit  dû  fe  trouver  dans  la  Cavité  de  ces  Pois.  J’ecri 
vis  donc  mes  Idées  au  recommandable  Ami  , qui  m’avoit  envoie'  le 
Pois,  & lui  découvris  mes  Doutes,  en  le  priant  de  m'en  envoïer  encor- 
un  feul.  Et  voici  ce  qu’il  me  répondit: 

,,  L’Hifloire  des  Pois,  que  je  Vous  ai  communiquée,  porte  fur  la 
„ pure  Vérité.  De  plus  de  Cent,  je  n3en  ai  trouvé  que  deux  qui 
„ fuflent  Exemts  de  pareils  Hôtes.  Pour  ce  qui  regarde  les  Exu~ 
5,  viac,  dont  Vous  êtes  en  peine,  il  efl  confiant,  que  cette  Clajfis 

R „ Infe - 


2 3©  T AB.  XCIX.  Pois, où  Ven  a trouvé  uneEfpéce  d’Efcarbot. 

„ InjSorum  fe  métamorphofe  ex  ovulo  in  vermem  plerumquc  monftruo- 
„ jiwif  pertenui  putamine  cinüum  &c,  dont  la  Peau  de  la  Chryfalideeft 
de  beaucoup  plus  molle  et  plus  délicate  que  celle  du  Papillon, 
„ & par  conféquent  ad  quemvis  teue  attiïtum,  elle  fe  change  en  Pous- 
„ fière,  telle  qu’il-y-en  avoit  dans  le  Creux  des  Pois  que  j’ai  trou, 
„ vé  vuides.  Aurefle,  je  Vous  envoie  encore  un  Pois,  & j’y  en 
„ joindrois  davantage,  fi  je  ne  les  avois  déjà  tous  diflribués  ici. 
„ Je  fuis  &c. 

Cette  Penfée  me  parût  fort  plaufibîe  , & dés  que  j’eus  lû  la  Let- 
tre, j’envoiai  le  troifième  Poh,  à un  autre  de  mes  Amis  pour  qu’il  i’ 
ouvrit,  lequel  le  trouva  vuide  & fans  EJcarbot . Cela  occafionna  de  nou- 
veaux doutes,  et  comme  le  Savant  qui  avoit  eu  la  Bonté  de  m’envoïer 
les  Fois  vouloit  qn’©n  tût  fon  Nom,  j’avois  pris  la  Refolution  de  met- 
tre toute  cette  Recherche  de  Côté  ; lorsque  je  ra’avifai  de  confuker 
encore  là  delîiis  mon  incomparable  Ami  Mr.  le  Confeiller  Trtvv.  Et  j’ 
eus  le  Bonheur  d’en  recevoir  le  Reponfe  fuivante,  auffi  fatisfaifante 
que  détaillée, 

Î\  m’eft  tombé  entre  les  Mains  quelques  uns  de  ces  Pois  de 
Boheme,  que  j’étois  fur  le  Point  de  Vous  envoier,  quand  Mr. 
s,  Vôtre  Entrepreneur  m’a  appris,  que  Vous  en  aviés  reçu  de 
„ Mr.  le  Confeiller  de  Cour  D.  B.  Des  trois  que  j’en  ai,  il  y en  a 
^ un,  dont  i’Infeéle  s’eft  déjà  fait  fait  Jour5  & un  autre,  où  l’on 
„ apperçoit  diftinélement  la  Tache  bluâtre  par  laquelle  il  va  per- 
„ cer.  Si  Vous  pouvés  en  faire  Ufage , je  Vous  les  enverrai. 
„ Aïant  trouve  dans  le  Voiage  de  PAmerique  Septentrionale  de 
,,  Mr.  Pierre  Kaîrn  une  Relation  circonflantiée  de  cet  Infeéfe  des 
s>  Pois,  je  fuppofe,  qu’elle  Vous  fera  Plaifir;  c’eil  pourquoi  je  i’ 
„ ai  fait  copier  Mot  à Mot,  en  y joignant  quelques  PalPages  des 
„ Ecrits  du  Chevalier  Linnéus  , par  où  Vous  pourrés  voir  que 
„ Vous  ne  devés  pas  faire  Difficulté  de  mettre  au  Jour  Vos  Ob- 

fer- 


»> 


TAB.XCIX  Pois  où  Pou  a trouve  une  Efpèce  d’Efcarbot,  131 

,,  fervations,  qui  ne  pourront  qu’être  bien  reçues  du  Public.  Je 
„ n’ai  pas  pû  encore  regarder  dans  les  Ecrits  de  Mrs.  Rotflel  & de 
„ Reaumur  , s’ils  ont  eu  Connoiflance  de  cet  InfeCte.  11  fe  fait  b 
„ Leipzig  une  nouvelle  Traduétion  du  Voïage  de  Kalm  J’en  ai  la 
„ première  Partie  ; mais  je  ne  puis  dire  fi  la  Seconde  paroîtra  à 
„ cette  Foire  &c. 

Nuremberg  ce  f.  Avril  1761.  Chr,  Jac.Trew  Dr. 

Je  crois  que  cet  Extrait  va  faire  autant  de  Plaifir  eu  Leêteur,  qu’il 
m’en  fait  à moi-même»  & dans  cette  Confiance,  je  vai  le  mettre  ici  tcut 
du  long. 

Extrait  de  la  Defcription  du  Voiage  que  Mr.  Pierre  Palm,  Profef- 
feur  en  Oeconomie  à Aabo  & Membre  de  l’Academie  Roïale 
des  Sciences  de  Stockholm  a fait  dans  l'Amérique  feptentrio- 
nale,  par  Ordre  de  la  dite  Academie  & aux  De'pens  du  Public. 
Seconde  Partie.  Traduction.  A Goettingue  aux  De'pens  de  la 
Veuve  d’Abram  de  Sore  1758.  8vo, 

Note*. 

Cejî  le  Titre  entier  de  la  iome  partie  du  Recueil  des  Volages  nouveaux  & rc*> 
marquables  de  Mer  & de  Terre , qui  a été  publié  à Goettingue.  V Original  eft  en 
Langue  SuedoiJJè , il  a été  imprimé  à Stockholm  en  1758*  en  8 vo  ; mais  Air. 
Kalm  a fait  fes  Mémoires  en  1748* 

„ A prefent  l’on  féme  peu  de  Pois  en  Penfilvanie.  Autrefois  cha- 
,,  que  Païfan  en  avoit  un  petit  Champ.  C’elt  ce  que  témoignent  de 
„ Vieux  Suédois.  11  en  eft  de  même  de  la  Nouvelle  Jerfey  & de  la 
„ Nouvelle-Jork  dans  fa  Partie  méridionale  ; la  Semaille  des  Fois  y aïant 
„ e'té  autrefois  de  beaucoup  plus'  forte,  qu’elle  ne  l’ eft  aujourd’hui. 
„ Mais  au  Septentrion  de  cette  dernière  , aux  Environs  d’Albany  & 
„ dans  tout  le  Canada  pofledé  par  les  François,  l’on  s’y  appliquoit  ex- 

ît,  2 ,,  tremé- 


i3i  T AB,  XCIX.  Pois  où  l’on  a trouvé  une  Efpèce  d’Efcarbot. 

„ tremément,  & la  Récolté  en  reüffilfoit  très  bien.  Mais  un  petit  vil 
,,  Infecte  a contraint  cés  Colonies  d’abandonner  une  Culture  fi  profitable. 
s,  llétoit  anciennement  prefqu’  inconu;  mais  dans  ces  dernières  Années, 
S)  il  s’eft  énormément  multiplié  & engrainé.  Il  s’apparie  en  Eté,  vers  le 
„ Tems  que  les  Pou  fleùritfent  & qu’ils  commencent  à gonfler > alors  il  fait 
,,  un  petit  Oeuf  prefque  dans  chaque  tendre  Pois  verd . Quand  on  les 
5,  a battus,  l’on  n’y  peut  rien  remarquer  par  dehors  ; mais  fi  on  les  cou- 
9,  pe  par  le  Milieu,  on  y trouve  ordinairement  un  très  petit  P'erwijfeau; 
s,  lequel,  s’il  n’eft  pas  inquiété,  y demeure  tout  l’Hiver  & une  Partie 
,,  du  Printems,  vivant  de  la  Mode  de  fon  Pois  ; de  Sorte  qu’au  Mois  d’ 
3î  Avril,  il  n’en  refie  que  la  Peau.  Enfin  ce  Ver  fe  change  en  un  Infecte 
écaillé,  qui  fort  par  le  Trou  .qu’il  fait  dans  cette  Peau  & s’en  vole, 
9,  pour  aller  chercher  quelque  autre  Poifière,  où  il  puifle  s'apparier  & 
,,  pourvoir  fa  Race  d’une  Nourriture  convenable, 

,,  Ce  pernicieux  înfeéle,  en  quittant  la  Penfilvanie,  a toujours  plus 
„ tiré  vers  le  Nord.  Car  fi  - y- a douze  à quinze  Ans,  que  les  Environs 
5,  de  la  Nouvelle- Jork  n’en  avoient  encore  point  ; & qu’on  y femoit 
„ annuellement  Quantité  de  Fois , qui  y réliffiffoient  fort  bien.  Mais  in- 
, fenfiblcment,  cette  Engeance  y a tellement  pris  le  deffus,  qu’enfin  les 
Habitans  fe  font  vu  contraints  d’abandonner  cette  Culture.  Le  Cam* 
pagnard  des  Environs  d’Albani  a encore  à préfent  la  Confolation  de  ne 
,,  pas  voir  fes  Poifières  mangées  de  cette  Vermine  ; mais  il  eft  dans  des 
Craintes  continuelles  ; voïant  que  le  Mal  approche  tous  les  Ans  de 
plus  en  plus  de  leurs  Quartiers.  » 

je  ne  fais,  comment  cet  Infeéfce  pourroit  fubfifler  en  Europe; 
,,  du  moins  crois-je  que  les  Hivers  de  Suede  feroient  mourir  ce  Ver, 
„ quelqn’  enfeveli,  qu’il  fût  dans  la  Terre.  Mais  dans  la  Nouvelle- jerk, 
où  il  le  tient  de  nos  Jours,  il  fait  bien  aufir  froid  que  chés  nous,  & 
,,  cela  ne  i’empêchc  pas  de  s’y  multiplier  & même  de  tirer  toujours  plus 
,9  vers  le  Nord.  J’ai  failli  moi-même  porter  ce  Fléau  en  Europe,  fans 

le 


Si 


TAB.XCIX.  Pois  où  l’on  a trouvé  une  Efpèce  d’Efcarbot.  133 

„ le  favoir.  Car  à mon  Départ  d’Amerique,  j’avois  pris  un  petit  Cor- 

net  de  Papier  plein  de  Pois  gourmans.  Ils  paroifïbient  bien  verds  & 
j,  bien  frais  ; cependantà  mon  Arrivée»  Stockholm  en  17^0.  le  1.  Août* 
„ aïant  ouvert  mon  Cornet,  je  trouvai  tous  mes  Pois  creufés  ; de  cha- 
„ cun  defquels  un  Infeéle  fortoit  la  ïête  ; il-y  en  avoit  même,  qui  en 
j,  fortirent  tout  à fait,  pour  éprouver  le  nouveau  Climat*  Je  me  hâtai 
,,  donc  de  refermer  mon  Cornet,  pour  empêcher  la  Fuite  de  cette  En- 
„ geance  pernicieufe.  j’avoue,  que  la  Vue  de  cet  Infeéle  me  fit  plus 
,,  frémir,  que  fi  j’avois  vû  fortir  une  iïpèrc  de  mon  Papier  j fachant 
„ tout  le  Mal,  qu’en  auroit  eu  ma  chère  Patrie  , pour  peu  qu’une  Paire 
j,  de  ces  Infeéles  fe  fût  envolée.  La  Poflérité  en  plufieurs  Générations 
„ & en  diverfes  Provinces  auroient  eu  tout  Lieu  de  me  maudire,  comme 
„ l'Auteur  de  ce  Défaire.  J’envoïai  enfuite  quelques  uns  de  ces  Infe. 
„ êtes,  bien  gardés,  à Monfieur  le  Conte  de  Dejfin  & au  Chevalier  Linnéus3 
j,  avec  un  Mémoire  fur  le  Mal  qu’ils  font.  Monfieur  Linnéus  en  a déjà 
„ donné  une  Defcription  dans  une  Differtation  Academique,  du  Mal 
„ que  font  les  Infectes,  à laquelle  il  a pré  fi  dé.  Il  y nomme  le  mien  le  Bru - 
„ chus  de  l'Amtrique  Septentrionale.  * Ce  qu’il  y- a de  particulier,  c’eÛ  que 

R 3 ,,  dans 

* Pag.  l$.  Cette  Difïert3tion  de  Infeïïorum  noxa  fe  trouve  dans  le  Recueil  intitulé: 
Car 01.  Lin.  btc.  Amoenil.  Academie ae  feu  Dif/'ertatîones  varias  pltijxae,  medicae, 
botanicae  antehac  feorfim  editae&c.  Vol,  III.  Holmiae  1756.  en  grand  8vo,  Nro 
XLV.  P-33J'  Suiv.  Je  n ai  pas  trouve  le  Mot  de  Bruclms  dans  cette  Diffetta- 
tion  ; mais  j’y  ai  trouve  p,  «47.  eclui  de  Curculio  helvulus , lequel  Mr.  te  Chevalier 
décrit  ainfi  : 

Curculio  piforuni  gerit  corpus  fufeum,  magnitudine  cimicis  maioris , adfperfum  pttnïïis 
albis  vagis  ; Ehjtra  obtufffima  apice  nigfa  abdomine  longe  breviora  ; Torax 
tranfverjim  ovalis  ; caput  parvutn  acuminatum  ; Antennae  clavatae,fufcae  ; Ab- 
domen a tergo  ubi  apice  nudum , mavula  alba  trilobés  notatim  ; Pçdes  cinerei. 

II  y a une  autre  Defcription  du  Curculio  dans  la  Fauna  Suède.,  Lugd.  Bat.  ig+6.  in 
gvo  pag.  158  n.402.  & comme  elle  diffère  affés  grandement  de  celle,  que  je 
viens  de  rapporter,  il  me  femhle  que  le  Chevalier  Linnéus  ne  tienne  l’Infefle 
Américain,  que  pour  une  Variété  de  celui-ci  ; puisqu’il  les  cite  l’un  avec  l'autre. 

Dans 


154  TA  B,  XCIX.  Pois  qù  l’on  a trouvé  une  Efpèce  d’ Efcarbot, 

„ dans  tout  le  Cornèt,  il  ne  s’eft  pas  trouvé  un  feul  Pois  qui  n’ait  été 
»,  creufé. 

Remarque  : 

Pendant  que  cette  dernière  Feuille  étoit  fous  la  preffe,  je  reçus  de 
Mr.  Wagner  Confeiller  intime  & Médecin  ordinaire  du  Margrave  de  Bay- 
reuthla  Lettre  fuivante,  dont  la  Communication  fera  d’autant  plus  agré- 
able au  Leéleur,  qu’elle  donne  plus  de  Jour  à l'Infeüc  de  Pois, 

Monfieur  ! 

,,  T orfque  j’  eus  dernièrement  le  Plaifir  de  Vous  voir  à Erlang  & de 
-®— ^ 5,  parcourir  Vos  Occupations  microfcopiques , Vous  eûtes  la 
,,  bonté  de  me  montrer,  entre  autres  Nouveautés,  une  Efpèce  particu- 
„ lière  de  Pois  de  Bohème,  dans  chacun  defquels  étoit  caché  un  petit 
»,  Efcarbot » qui  en  fortoit  par  une  petite  Ouverture  ronde,  munie  d’un 
,,  petit  Couvercle,  & qui  avoit  aux  deux  Ailes  de  delfus  quelques  petits 
»,  Points  blancs , & fur  le  Derrière  du  Corps  une  petite  Croix  blanche.  Je 
,,  Vous  dis  d’abord  qu’il  étoit  affés  ordinaire  de  trouver  dans  la  plûpart 
„ des  Plantes  legumineufes  des  Vers,  qui  s’engendroient  dans  leurs  Goujfes , 
»,  qui  en  mangeoient  le  Fruit  & qui  enfin  fe  métamorphosaient  pour  la 
,,  plûpart  en  Efcarbot  s à Trompe,  ainfi  que  je  Pavois  remarqué  dans  i’Oro- 
„ te,  l'Fpurge  des  Près,  la  Feffe  & autres  Legumes.  Aïant  donc  eu  Oc- 
»,  cafion  d’en  trouver  aulTi  dans  le  Genre  de  Fois,  je  n’ai  pas  voulu  maru 

» quer 

Dans  la  Fauna  Suevica , 51  compte  33.  F.fpèc^s  de  Curculio,  depuis  Nro  44*.  jus- 
qu’à 447  8c  dans  les  Amoenitates  le  il  en  compte  encore  6.  Le  mot  d s Bruchus 
ne  fe  trouve  ni  dans  Tune  ni  dans  l’antre.  S’il  fetrouve  dans  /’ Original  cité  par 
Mr.  Kalm,  c’eft  ce  que  j’ignore,  ne  l’aïant  pas  en  mon  Pouvoir  ; car  malgré  tous  les 
Soins  que  je  me  fuis  donnés,  je  n’ai  pûjjarvenir  jusqu’ici  qu’à  très  peu  de  Dif- 
fertations  Suedoifes.  Cependant  il  n’eli  pas  douteux,  que  l’InJtUe  Américain  de 
Mr.  Kalm  8c  celui  de  Mr.  Linnéus  ne  foient  le  même,  quoi  qu’ils  different  de 
• Nom.  Car  l’on  fait  que  Mr.  Linnéus  change  fouvent  les  Noms  Generiques & les 
Spécifiques.  Le  Rapport  que  peut  avoir  l’infefle  de  la  Boheme  avec  la  Defcrjp* 
don  de  celui  de  l’Amérique,  fe  verra  le  plus  au  juRc  par  un  Examen  exaâ. 


TA  B.  XCIX.  Pois  où  Ton  a trouvé  uneEfpèce  d’Efcarbot.  t n 

$ 

,,  quer  de  Vous  en  faire  Part,  & de  Vous  envoïer  dans  une  Boëte  bien 
„ conditionnée  quelques  Pois  & quelques  Ecarbots , qui  reflemblent  par- 
„ faitement  aux  Vôtres.  Ils  viennent  d’un  Pais  bien  éloigné  de  la  Bo- 
,,  heme,  c’eftàdire  de  Provence.  Je  reçus  la  Semaine  paffée  de  quelques 
„ ConnoifTances  que  j’ai  à Avignon  un  petit  Paquet  de  Graines , dans  le- 
„ quel  étoit  auffi  un  Papier  plein  de  Pois , fur  lequel  étoit  écrit  : Pois 
,,  gourmans . Quand  je  l’ouvris,  tout  y fourmilloit  de  ces  Ejcarbots , qui 
,,  marchoient  fort  vite,  & dont  quelques  uns  s’envolèrent.  J’en  ramaf- 
,,  fai  une  bonne  Quantité  dans  un  Vetre,  où  j’eus  bien  de  la  Peine  à les 
,,  contenir,  à caufc  de  leur  Agilité  à courir  & à voler,  & je  m’apperçus 
„ en  même  Tems  que  tous  les  Pois  étoient  ou  creufés  ou  dumoins  en- 
„ core  remplis  de  l'infecte , qui  y étoit  caché  & qui  fortoit  peu  à peu  en 
,,  levant  ie  Convercle  rond.  Or  comme  la  Lettre  portoit,  que  ces 
„ Pois , quoique  creufés,  ne  laifToient  pas  d’être  bons  à femer,  j’en  exa. 
„ minai  la  Caufe  & trouvai,  que  le  Ver  epargnoit  toujours  le  Germe  du 
,,  Pois  & ne  mangeoit  & ne  perçoit  que  jufqu’au  Milieu  du  Côté  oppofé, 
„ les  deux  Lobes  de  la  Graine  ; ce  qui  n’empêche  pas  les  Pois  de  germer 
,,  & de  fortir.  C’eft  encore  ici  que  le  Créateur  a très  fagement  pour- 
vu  à la  Confervation  de  fes  Créatures,  en  mettant  dans  un  Ver  h mé- 
„ prifable  & dépourvu  de  Sens . l’Inftinct,  d’entamer  le  Fruit  qui  doit 
,,  lui  lervir  de  Nourriture,  par  l’Endroit,  qui  n’entraine  pas  après  lui 
,,  fon  entière  Delbruélion.  Vous  verrés  aulli,  Monfieur,  que  tous  ces 
„ Efcarbots  n’ont  pas  la  Croix  blanche.  Peut-être  efl  ce  la  Marque  fpe- 
,,  cifique  de  leur  Sexe , ce  que  je  n’ai  pas  eu  le  Tems  d’examiner.  Je 
fuis  avec  une  véritable  Confideration.  &c. 

Bayreuth  ce  26.  Avril  1761.  Dr.  P.  C.  Wagner. 

Explication  de  la  II.  Figure  de  la  99^  Eftampe. 

a)  b)  font  des  Pois  avec  leurs  lâches  bludtres  })  ]) ,)  telles  qu’on  les 
peut  voir  l’Oeil  nud.  A)  B)  en  eft  le  GrollilTement.  c)  Un  autre,  le 
Couvercle  levé,  d’où  VEfcarbot  eft  déjà  forti.  d)  Encore  un  d’ où  fort  le  pe- 
tit Efcarbot  de  Grolfeur  naturelle,  e)  L’ infeüe  pris  d’après  Nature  du 

Côté 


ï3^  TABLE  C.  L’Efcarbotà  Croix  des  Pois  grofli,  avec  fes  Parties, 

Coté  du  Dos  & f)  du  Côté  du  Ventre,  g)  Un  Efcarbot  forçant,  avec 
fon  Pois , deiliné  fur  une  bonne  Loupe . h)  Le  Pois  vuide  grolîi , ou  l’on 
voit  un  Tijjii  blanc  & au  Fond'  un  peu  de  Paujfière  noire,  qui  étoit  apa- 
ramment  les  Refies  de  la  Chryfalide,  & que  j’ai  ici  marquée  d’une  Etoile. 
Aïant  fouvent  trouvé  dans  les  Pois  Perds  i)  la  petite  Chenille  k qui  péné- 
troit  dans  le  Pois  encore  tendre  1),  je  n’ai  pas  voulu  manquer  d’en  faire 
Mention  ; pour  mettre  le  Leéleur  » même  de  découvrir  la  Métamor- 
phofe  de  la  Chenille  en  Efcarbot,  & de  garder  pour  cet  Effet  de  ces 
fortes  de  Gouffes  de  Pois. 

TABLE  C. 

L’  Efcarbot  à Croix  des  Pois  groflî,  avec  fes  Parties. 

* 

Cet  Infeéle  dont  la  Grofleur  naturelle  revient  à celle  de  la  Punaife , a 
piufieurs  Parties  dont  la  finguiarité  mérite  d'être  examinée  par  le 
Microfcope,  Mais  avant  que  de  les  indiquer,  je  veux  décrire  fa  Figure 
en  général,  Ceft  un  Efcarbot  de  la  Claffe  des  Efcaborts  à Croix  de  Cou- 
leur brun-foncé,  aïant  à chaque  Aîle  trois  Points  blancs,  & là  où  elles 
finiffent,  c’eft  à dire  à l’Extrémité  du  Dos,  une  Crcix  blanche  très  aifée  à 
diftinguer.  Sous  1 t Ventre  il  eff  brun-noirâtre  ; il  a 6.  Piés  la  vers  Poitrine, 
qui  eft  d’un  Noir  luifant.  Le  Ventre  eft  partagé  en  c.  Anneaux  eu  Jointu- 
res. Sous  les  deux  Mies  de  deffus,  il  en  a deux  de  deffous,  qui  font  plus 
longues  & tranfparentes.  Il  a la  7 été  pointue,  petite  & d’un  brun  foncé 
avec  deux  gros  Yeux  jaunes  qui  en  fartent,  deux  longues  butènes  & deux 
courtes,  & une  Mâchoire  en  Pinces  bien  aigues.  Sur  le  Cou, il  a un  lar- 
ge Ecuffon  ou  une  Fraife  tirant  vers  le  Dos,  lequel  a un  Point  conique  blanc 
au  Milieu,  joignant  les  Aîles.  Chaque  Pié  a 6.  Jointures , & deux  fortes 
Serres  au  Bout.  Il  eft  fort  agile  à courir.  Que  fi  on  le  confidère  fous 
le  Microfcope,  tout  le  Corps  eft  couvert  de  Poil  long  & les  Taches  blan- 
ches paroiffent  alors  d’un  Brun  - clair,  & elles  ne  font  en  Effet  qu’un 

Poil  beaucoup  plus  clair  que  l’autre.  Le  Ventre , la  PoBrine  & les  Piés  pa- 
roiffent 


TA  B.  C.  L’Efcarbot,  à Croix  des  Pois  grofli,  avec  fes  Parties.  137 

roiflent  à la  Vérité  plus  unis  ; mais  ils  font  cependant  parfcmés  ça  & 
là  de  Poil  ; pour  la  Tête  & l'EcuJfon  ils  en  font  tout  heri/fés. 

Fig.  A.  marque  le  Côté  du  Dos  & Fig.  B.  celui  du  Centre  & la  7>of« 
trwt  avec  tAile  de  dejjbus,  dans  les  deux  Figures,  a)  marque  la  Tête  en  gé- 
néral, b)  les  deux  longues  Antènes  a 12.  Jointures,  c)  Les  2.  courtes , 
qui  n’ont  que  4.  Divifions,  & que  je  prends  pour  des  Crochets  pour  s’at- 
tacher, d)  la  Mâchoire  ou  Pinces , e)  les  gros  Yeux  perlés,  f)  les  f.  Fiés, 
g)  la  Croix  blanche  fur  le  Dos  à l’Extrémité  des  Aîles,  h)'  comme  les  ç, 
Piés  tiennent  à la  Poitrine,  i)  le  Centre  de  l’Ffcarbot,  k)  les  Aîles  mem- 
braneufes  de  deifous  , l)  les  Aîles  de  deifus  velues  & comme  de  Corne, 
fur  chacune  defquelies  font  les  4.  Points  blancs  de  Figure  ovale,  m)  une 
Amène  ou  Noeud  de  Barbe  grolîi  dont  les  4,  Jointures  vers  la  Racine  font 
unies  & tranfparentes  & relfembîent  à des  Creufets,  le  Cul  en  Pointe,  & les 
Ç.  d’enhaut  font  opaques,  velues  de  Couleur  brun  foncé  & formées 
comme  des  Feuilles  de  Figue  d'Inde,  n)  un  PF  avec  fes  6.  Jointures,  & 
fes  Griifes  o),  qui  joignent  enfemble  comme  les  Serres  d’une  Ecrevijje . 

Fig.  C,  eft  la  Mâchoire  en  Pinces  encore  plus  groflie,  ou  l’on  voit  p) 
les  Veux  bruns,  jaunâtres,  compofés  d’une  Infinité  d’autres,  comme  le  font 
ceux  du  Moucheron  ; q)  les  deuxprémières  Jointures  des  longues  An- 
tènes s r)  les  deux  courtes  Antènes , comme  quand  P Efcarbot  accroche 
quelque  çhofe  ; f)  f)  la  Mâchoire  ou  fes  deux  Parties  reffemblant  à des 
Forces  ; t)  la  L \ngue  ou  l'Aiguillon,  qu!il  tire  quelque  fois,  laquelle  defeend 
dans  le  Gofier  comme  un  Tuïau,  jufqu’  à u)  & qui  a au  Milieu  du  Cou 

un  Crochet  recourbé  de  chaque  Côté  xx);  y)  eft  la  Fraife  ou  l’Ecufbn  de 

/ 

l’Efcarbot,  entre  le  Coû  & les  Aïles  avec  fon  Point  conique  ; & enfin  z) 
font  les  4 premières  Jointures  des  Antènes.  qui  fe  diftinguent  des  g.  au- 
tres Divifions,  par  leur  Tranfparence  & leur  Figure,  ainfi  qu’il  a été  dit. 

Je  finis  en  répondant  à la  Queftion,  fi  le  Mtfentère  de  la  Souris  eft  tran - 
/parent,  comme  celui  de  la  Grenouille , duquel  nous  avons  traité  dans  la  première 

S Table 


35g  TABLE  C.  L Efcarbot  des  Pois  groffi. 

Table  de  la  prémière  Partie  de  ces  Amufemens  ? J’en  ai  fait  l’Expef-iment  fur 
une  Souris  qui  avoit  ^.Embrions  dans  le  Corps,  & j’ai  trouvé  le  Méfen- 
tère  fort  tranfparent,  & qu’on  y peut  voir  très  diftinéïement  la  Circu* 
lation  des  Humeurs  dans  tous  les  Vaifleaux  \ mais  qu’il  n’y- a que  la 
Figure  des  Globules,  qu’on  ne  peut  diftinguer,  les  Vaiffeaux  étant  eux 
memes  trop  épais  & trop  forts  , pour  qu’on  puilfe  rien  diftinguer  au 
travers  de  la  Peau  extérieure. 

Je  brife  ici  faute  de  Place  & rends  mes  juftes  Aétions  de  Grâces  au 
Leéleur  de  l’Accueil  favorable,  qu’ii  a bien  voulu  faire  à ces  Bagatel- 
les. Encore  plus  en  rends-je  au  ToutpuifTant , mon  Créateur  & Con- 
fervateur,  comme  celui  de  toutes  les  Créatures  grandes  & petites,  vi- 
ables & invifibles,  de  ce  que  non  obftant  me  grande  Maladie,  il  m’a  fait 
la  grâce  de  pouvoir  achever  cette  Cinquantaine. 

Oui  c’eft:  Toi  feul , Seigneur,  qui  és  digne  de  recevoir  la  Louan- 
ge, la  Gloire  & la  Force  ; car  c’eft  Toi  qui  as  créé  toutes  chofes,  & c’eft 
par  ta  Volonté,  qu’elles  ont  l’Etre  & qu’elles  ont  été 
créées  ! Amen. 


Avis  au  Public. 

On  aura  foin  de  publier  la  troifeme  & dernier  e.  Partie  de  cet  Ouvrage , avec  un 
appendix,  en  quatre  mois , c'eft  à dire  dans  la  foire  de  pàques  de  Leipfic 
P An  1767, 


TABLE 


Table  des  Matières. 


Table 


LI.  Le  Nerf  obtique  d’un  Veau.  — . — 

LU.  La  Punaife.  — — — — 

LUI.  LJne  Aîle  de  Mouche.  — — — 

LIV.  Fig.  i»  Un  Bout-  de  Dentelle  fine  de  Brabant.  — 

Fig.  2.  La  Moitié  d’une  petite  Toile  d’Araignée,  — - 

LV.  La  Peau  de  l’Homme  & fes  Pores.  — — 

LV1.  Un  peau  de  la  Cornée  d’un  Oeil  de  Hanneton.  — 

LVII.  Des  Criflaux  de  l’Alun.  — — — - 

LVIII.  La  Configuration  de  l’Alun.  • — — . 

LIX.  Une  petite  Ecaille  de  Merluche.  — — 

LX.  Une  petite  Goûte  de  Lait  de  Carpe.  — — 

LXI.  Un  peu  de  l’Ovaire  d’une  Carpe,  ■ — — 

LXII.  Etincelles  de  Feu  tirées  de  l’Acier.  — — 

LXIII.  Une  Punaife  qui  ne  fait  que  d’éclore,  — — 

LXIV.  & LXV.  Graine  du  Sapin-rouge  & la  Chenille,  qui  la  de 

trait,  avec  fa  Métamcrphofe  en  Tigne.  — 

LXVI.  Plumes,  de  la  même  Tigne.  — 

LXVII.  Les  Polypes  à Bras.  — — — 

LXVIII.  L’Infeéle  qui  fe  trouve  dans  la  Graine  du  Pin,  & un  Rameau 


Pag. 

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32. 

34- 
37- 
42. 


de  Méléfe.  - — . — — - _ 

LX1X.  La  Configuration  & les  Criflaux  du  Mercure  fublimé,  — 
LXX,  Diffcrens  Verres  Oeconomiques  & Microfcopes  manuels, 
LXXI.  Les  Polypes  bruns  à longs  Bras,  *=—  — 

LXXII,  Un  peu  de  Moufle  de  Limon.  — — 

LXXIil.  Efpèce  fingulière  d’Animal  aquatique  à Coque3  ou  Je  Pu. 

ceron  en  Forme  de  Roignon.  — — 

LXXIV.  Petit  Efcargot  de  Limon  ; ou  une  Corne  d’Ammon,  — 


- 46, 

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— 51* 
13' 

57- 

58- 
60. 

Table 


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TABLE 

LXXV.  Fig.  i L’Arlequin,  Infe&e  d'Eau  marécageufe,  ou  le  Mou- 
cheron dit  le  Cou  fin  — — — 

Fig.  2.  Le  Puceron  Yerd  ou  le  Monocle,  — — 

LXXVI.  Une  Antène  de  Papillon  de  Ver  à Soie  & les  Animaux 
Spermatiques  de  ce  Papillon,  — — 

LXX'/ÎI,  Les  Etamines  de  la  Rofe.  — — — 


Pag. 


64. 

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69, 


LXXVIII.  L’Eau  du  Sang  ou  le  Sérum.  — 70, 

LXXSX.  Le  Moucheron,  le  Coufm,  Infeèle  d’ !■  au  limonneufe.  — 7 a, 
LXXX.  Les  Epines,  Piquans  le  Piflile  avec  l’Ovaire  &c,  de  la  Rofe, 
LXXXf.  Miroir  d’une  Aile  de  Papillon,  — — 77 

LXXXH.  Continuation  des  Polypes,  — * «—  — - 79 

LXXXIII.  Trois  Efpèces  d’Animalcules  d'Eau  limonneufe,  — 8^. 

LXXT1V.  Deux  Efpèces  de  Sangfues  Microfcopiques,  — $7* 

LXXXV.  Le  Moucheron  dit  le  Coufm.  — — » — 50. 


LXXXVÏ,  Singularité  du  Sable  de  Mèr  ou  de  Coquillage.  < — 92. 

LXXXV-II,  Deux  Sortes  de  Polypes  à Bouquet.  — — 94. 

LXXXVh’I.  Encore  quelques  autres  Animalcules  de  Limon,  con- 
nus fous  le  Nom  de  Polypes  Sociables.  — — 10c. 

LXXXIX.  L es  Parties  Microfcopiques  les  plus  remarquables  du 

Chardon,  — — — * — ioî. 

XC  Contin  nation  des  Particules  du  Chardon.  — — 103, 


XCI,  La  Moiile  delà  Tige  & delà  Queue  du  Chardon.  — 104. 

XCI1,  Les  Etamines  & autres  Parties  anthériques  du  Chardon,  ioc, 
XC1II.  Ecaille  d’Anguille.  — r-  — — 107, 

XCIY,  Obfervations  microfcopiques,  faites  fur  des  Langues  de 

Veau  & de  Boeuf.  — — — '09. 

XCV.  Continuation  des  Obfervations,  faites  fur  la  Langue  de  Boeuf,  117. 

XCVI.  Condufion  des  Obfervations  fur  la  Langue,  — 119. 

XCVII.  & XCVI1I.  Parties  mic  rofcopiques  du  Caffée,  — — 120. 

XCIX.  Fig,  r.  Configuration  & Criflaux  de  la  Solution  de  l’Ar- 
gent. — — — — ^ 127. 

Fig,  2.  Obfervation  particulière  faite  fur  des  Pois  où  l’on 
a trouvé  une  Efpèce  d’Efcarbot  à Croix.  — 12g. 

C,  L’Efcarbot  à Croix  des  Pois  grodi  avec  fes  Parties,  — 13 6. 


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